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    Le Monde de Sophie et l’État d’Israël


    Par Jostein Gaarder
    lundi 14 août 2006

     Jostein Gaarder est un éminent écrivain norvégien. Il est notamment l’auteur du best-seller « Le Monde de Sophie », dont vingt-cinq millions d’exemplaires ont été vendus dans le monde entier, en cinquante-trois langues.

    « Nous ne reconnaissons plus l’ Etat d’Israël. C’est une décision sans appel. L’Etat d’Israël a violé la reconnaissance du monde, et il n’obtiendra pas la paix tant qu’il ne déposera pas ses armes. L’Etat d’Israël, sous sa forme actuelle, appartient au passé », écrit Jostein Gaarder.

    Il n’y aura pas d’appel. Il est temps de retenir une nouvelle leçon : nous ne reconnaissons plus l’Etat d’Israël. Nous n’avons pas reconnu le régime d’apartheid en Afrique du Sud, et nous n’avons pas non plus reconnu le régime des Taliban en Afghanistan. Puis il y eut beaucoup de gens qui ne reconnurent pas le régime de Saddam Hussein en Irak, ou l’épuration ethnique perpétrée par les Serbes (sic ! ndt). Il faut nous habituer à cette idée : l ’Etat d’Israël, sous sa forme historique, appartient désormais au passé.

    Nous n’adhérons pas à la notion d’un peuple « élu de Dieu ». Le caprice de ce peuple nous fait marrer, mais nous pleurons devons ses méfaits. Se comporter en « peuple élu de Dieu », c’est être non seulement stupides et arrogants, mais c’est commettre un crime contre l’humanité. Cela s’appelle le racisme.

    La tolérance a des limites

    Notre patience atteint ses limites, et notre tolérance n’est pas infinie. Nous ne croyons pas aux promesses divines en tant que prétextes pour occuper le territoire d’autrui et pratiquer la discrimination raciale. Nous avons laissé le Moyen Âge derrière nous. Ceux qui croient que le dieu [qui a créé]

    la flore, la faune et les galaxies aurait choisi un peuple, entre mille, pour en faire son chouchou et [lui] aurait remis ses idioties de tables, de buissons ardents et de permis de tuer nous font marrer, mais pas vraiment de gaîté de cour.

    Nous appelons un massacreur de bébés « massacreur de bébés », et nous n’ accepterons jamais qu’un peuple tel celui-ci ait reçu on ne sait trop quel mandat divin, ou même [simplement] historique, qui excuserait ses exactions. Nous disons, simplement : toute forme d’apartheid, toute forme d’épuration ethnique et toute forme de frappe terroriste contre des civils, que ce soit par le Hamas, le Hizbullah ou l’Etat d’Israël sont honteux !

    Un art de la guerre dénué de tout scrupule

    Nous reconnaissons et nous assumons la profonde responsabilité de l’Europe dans le calvaire des juifs, avec notamment le harcèlement pitoyable, les pogromes et l’Holocauste dont ils ont été les victimes. Il était nécessaire, historiquement et moralement, que les juifs obtiennent leur propre pays. Toutefois, l’Etat d’Israël, avec son art de la guerre dénué de tout scrupule et ses armes atroces, a massacré sa propre légitimité. Cet Etat a constamment violé le droit international, les conventions internationales et d’innombrables résolutions de l’Onu, dont il ne peut par conséquent plus escompter que cette organisation continuera à le protéger. Il a bombardé en tapis la reconnaissance du monde entier.

    Mais ne craignez plus ! Les Tribulations vont bientôt prendre fin. L’Etat d’Israël a désormais connu son Soweto. Nous sommes aujourd’hui arrivés au bord de la chute d’eau. Impossible de retourner en arrière. L’Etat d’Israël a violé la reconnaissance mondiale, et il ne connaîtra aucune paix, tant qu’il n’aura pas déposé les armes. Sans aucune défense, dénudé y compris de sa peau Puissent l’esprit et le logos faire tomber les murs d’apartheid d’Israël.

    L’ Etat d’Israël n’existe pas. Il est aujourd’hui sans défense, il est dénué y compris de sa peau. Puisse maintenant le monde avoir pitié de la population civile ; car notre prophétie de désolation ne bien entendu nullement les civils en tant qu’individus. Nous souhaitons le bien au peuple d’Israël, rien d’autre que le bien.

    Mais nous nous réservons le droit de ne pas manger d’oranges provenant de Jaffa aussi longtemps qu’elles auront un goût de sang et qu’elles seront empoisonnées. On s’est abstenu, durant quelques années, de déguster les raisins bleus de l’apartheid, et nous avons survécu.

    Ils célèbrent leurs triomphes

    Nous ne pensons pas qu’Israël se lamente autant pour les quarante enfants libanais tués qu’il le fait au sujet des quarante années passées dans le désert, voici trois mille ans. Nous relevons que beaucoup d’Israéliens célèbrent ce genre de triomphes de la même manière qu’ils fêtèrent jadis les plaies [envoyées par le] Seigneur en guise de « punition méritée » du peuple d’Egypte (dans ce récit, le Seigneur Dieu d’Israël s’avère un sadique insatiable.) Nous nous interrogeons : la plupart des Israéliens pensent-ils vraiment qu’une vie israélienne vaut plus que quarante vies palestiniennes, ou libanaises ?

    En effet, nous avons vu les photos de petites filles israéliennes inscrivant des messages de haine sur les bombes qui allaient être déversées sur les populations civiles du Liban et de la Palestine. Ces petites filles israéliennes ne sont pas mignonnes, quand elles ont les yeux brillants de haine sadique en pensant à la mort et à la torture que déverse leur pays de l’autre côté des deux fronts.

    Représailles et vengeances sanglantes

    Nous ne reconnaissons pas le discours de l’Etat d’Israël. Nous ne reconnaissons pas la spirale des représailles et des vengeance sanglantes dans la lignée de l’adage « oeil pour oeil, et dent pour dent ». Nous ne reconnaissons pas le principe de dix ou mille yeux arabes pour un oeil israélien. Nous ne reconnaissons pas les punitions collectives, ni l’ éclaircissement des populations en guise d’armes politiques. Deux mille ans se sont écoulés, depuis qu’un rabbin juif a critiqué la doctrine archaïque « ’oeil pour oeil, et dent pour dent ».

    Ce rabbin juif a dit : « ’Faites à autrui ce que vous voudriez qu’ils vous fît. » Nous en reconnaissons pas un Etat fondé sur des principes anti-humanistes et sur les ruines d’une religion archaïque nationaliste et belliqueuse. Ou, comme l’a dit Albert Schweitzer : « L’humanitarisme consiste à ne jamais sacrifier un être humain pour une quelconque cause. »

    Compassion et pardon

    Nous ne reconnaissons pas l’antique Royaume de David comme modèle pour la carte du Moyen-Orient au vingt-et-unième siècle. Le rabbin évoqué plus haut a affirmé, voici deux mille ans, que le Royaume de Dieu n’est pas la restauration manu militari du Royaume de David ; le Royaume de Dieu est en nous, et au milieu de nous. Le Royaume de Dieu est compassion et pardon.

    Deux mille ans ont passé, depuis que le rabbin juif a désarmé et totalement humanisé la vieille rhétorique guerrière. Mais, déjà de son temps, les premiers terroristes sionistes étaient agissants.Israël n’écoute pas Depuis deux mille ans, nous avons révisé l’abécédaire de l’humanisme, mais Israël n’écoute pas. Ce ne sont pas les Pharisiens, qui ont aidé cet homme abandonné au bord du chemin, après avoir été la victime de voleurs. Non. C’était un Samaritain. Aujourd’hui, nous dirions : un Palestinien. Nous sommes hommes, en premier. Ce n’est qu’en second lieu que nous sommes chrétiens, musulmans, ou juifs. Mais, comme l’a dit notre rabbin juif : «  Mais si vous n’honorez que vos frères, alors, que faites-vous de plus (de mieux) que les autres ? » Nous n’acceptons pas que l’on kidnappe des soldats. Mais nous n’acceptons pas, non plus, la déportation de populations entières ou l’ enlèvement de parlementaires démocratiquement élus et de ministres.

    Nous reconnaissons l’Etat d’Israël de 1948. Pas celui de 1967. C’est l’Etat d’Israël lui-même, qui ne reconnaît pas, qui ne respecte pas, qui ne se conforme pas à l’Etat internationalement reconnu qu’est l’Israël de 1948. Israël veut plus - plus d’eau, et plus de terres. Pour obtenir cela, il en est qui envisage, avec l’assistance de Dieu, prétendent-ils, une solution finale au « problème palestinien ». « Les Palestiniens disposent déjà de si nombreux pays », ont osé arguer certains hommes politiques israéliens ; « or nous, nous n’en avons qu’un. »

    Les Etats-Unis, ou le monde entier ?

    Ou, comme le dit le principal protecteur de l’Etat d’Israël : « Puisse Dieu continuer à bénir l’Amérique ! ». Une petite fille remarqua ceci. Elle alla voir sa mère et lui demanda : « Pourquoi le Président termine toujours ses discours en disant : « Que Dieu bénisse l’Amérique ! » ? Pourquoi ne dit-il pas : « Que Dieu bénisse le monde ! » ? » Et puis, il y avait aussi un poète norvégien qui avait laissé échapper ce cri du cour apparemment enfantin : « Pourquoi l’Humanité est-elle si lente à progresser ? » C’est ce même poète qui a écrit magnifiquement sur le thème de l’Homme juif et de la Femme juive. Mais il a rejeté la notion du peuple élu de Dieu. Personnellement, il aimait se qualifier lui-même de musulman.

    Sérénité et miséricorde

    Nous ne reconnaissons pas l’Etat d’Israël. Pas aujourd’hui, pas en écrivant ceci, pas à l’heure du deuil et de l’affliction. Si la nation israélienne toute entière doit un jour tomber, victime de ses propres procédés, et si une partie de sa population doit fuir ses territoires occupés vers une nouvelle diaspora, alors, nous dirons : « Puissent leurs nouveaux pays demeurer sereins et faire montre de miséricorde à leur égard. » C’est un crime éternel, sans aucune circonstances atténuantes, que de porter la main sur un des réfugiés apatrides.

    Paix et libre circulation, pour les évacués, pour les civils ne bénéficiant plus de la protection d’un Etat. Ne tirez pas sur les fugitifs ! Ne les prenez pas pour cibles ! Ils sont désormais totalement vulnérables - comme des escargots sans coquille. Ils sont vulnérables, comme les lentes caravanes des réfugiés palestiniens et libanais, aussi désarmés que les femmes, les enfants et les vieillards de Cana, de Gaza, de Sabra et de Chatila. Donnez un abri aux réfugiés israéliens ; donnez-leur du lait et du miel !

    Qu’aucun enfant israélien ne paie [les crimes de l’Etat sioniste] de sa vie. Car trop d’enfants et de civils ont d’ores et déjà été assassinés.

    par Jostein Gaarder in Aftenposten (Norvège), 5 août 2006, Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft

    http://altermonde-levillage.nuxit.net/article.php3?id_article=6600

    un journal : la plan B !!!

    Je recommande vivement la lecture d'un journal qui réconcilie avec les journalistes...
     
    "Le plan B"
     
    Pour les contestataires... ceux qui refuse l'ordre établie,  ceux qui décidèment ne peuvent plus retourner dans "la matrice" et qui sont de moins en moins dupes...

    Israel !! israel !! Que fais tu ?

    Assassinat ciblé


    Reçu de Maritza

     

     " Opération aérienne de liquidation à Gaza : Hamdi Aman, 28 ans, perd sa mère, son épouse et son jeune fils. Sa petite fille est sous assistance respiratoire, complètement paralysée. Pareil pour son oncle."

    Pas un muscle n’a bougé dans le visage des présentateurs du journal télévisé, samedi soir, il y a deux semaines, au moment d’annoncer qu’il y avait encore eu un « assassinat ciblé à Gaza ». Pas un muscle n’a bougé dans le visage du commandant de la force aérienne, le général Eliezer Shkedi, quand il a déclaré, le lendemain, avec une insensibilité terrifiante, qu’il fallait « encore examiner » de quoi étaient mort exactement les membres de la famille Aman lors de cet attentat ciblé. Que voulait dire au juste le général ? Que peut-être ce n’est pas le missile de son pilote qui a massacré la famille ? Que c’était peut-être - que dire ? - un météorite ?

    Pas un muscle n’a bien sûr bougé dans le visage du pilote, parmi les meilleurs, qui a poussé sur le bouton et lancé le missile meurtrier en direction d’une rue bondée au cœur de la ville de Gaza, un samedi après-midi, missile destiné à liquider Mohamed Dahdouh, du Jihad Islamique, mais qui a massacré quasi toute une famille, la grand-mère, la mère et son petit garçon, et blessé grièvement deux autres membres de la famille, un adulte et une petite fille de trois ans et demi.

    Hamdi Aman avec son fils Mouaman. Sur les affiches, Mouhand, le fils de sept ans qui a été tué. (Photo : Miki Kratsman) Seul le visage de Hamdi Aman est livide, pendant que les larmes coulent de ses yeux. C’est en vain qu’il essaie de contenir ses pleurs. C’est un homme de 28 ans. Il boîte à cause des éclats qu’il a reçu dans la jambe. Il a perdu Mouhand, son fils de sept ans ; Naima, son épouse de 27 ans ; et Hanan, sa mère de 46 ans. Sa petite fille Maria est hospitalisée dans le département des soins intensifs de pédiatrie de l’hôpital Sheba à Tel Hashomer, complètement paralysée et sous assistance respiratoire. « Je ne hais pas les Israéliens », dit cet homme qui a grandi dans le marché Carmel de Tel Aviv et dont Israël a anéanti la famille, « Faites seulement juger le pilote ».

    C’est dans la maison de la famille Aman, dans le quartier de Tal al-Hawa, à Gaza, que ces mots lui sont comme arrachés. Sinon, le silence oppressant n’est rompu que par les pleurs étouffés de Hamdi, ses larmes coulant à terre, dans le sable de l’entrée de la maison. Il serre dans ses bras Mouaman, son petit garçon de deux ans, rescapé de l’enfer mais dont le petit dos a aussi été blessé par un éclat, un petit enfant qui pleure en appelant sa mère qui n’est plus. Sa sœur Maria lutte contre la mort loin d’ici, à Tel Hashomer, et son père n’est pas autorisé à se rendre à son chevet. A l’hôpital Ikhilov de Tel Aviv se trouve aussi l’oncle de Hamdi, Nahed, inconscient et lui aussi complètement paralysé, à cause du missile.

    Le premier petit tour de la famille dans la Mitsubishi Lancer d’occasion achetée deux heures plus tôt - huit personnes dans une Mitsubishi, cinq adultes et trois petits enfants - s’est achevé dans un « attentat ciblé », tellement ciblé qu’il a tout détruit. Un instant avant l’arrivée du missile, Maria dansait, debout sur les genoux de sa mère assise à l’arrière de la Mitsubishi. L’instant d’après, elle gisait près du corps de sa mère, se débattant entre la vie et la mort. Les autres membres de sa famille étaient étendus près d’elle, perdant leur sang. La force aérienne examine ce qui s’est passé.

    Qu’y a-t-il à examiner ici ? Il n’y a rien à examiner. C’est comme ça quand un pilote lance un missile « intelligent » dans une rue bondée. C’est comme ça quand on assassine depuis les airs, et même pas une « bombe à retardement » [expression appartenant au jargon officiel et militaire israélien pour désigner quelqu’un qui serait clairement sur le point de commettre un attentat - NdT] - personne ne parle plus de « bombes à retardement » - mais simplement quelqu’un du Jihad qui était recherché et qui se rendait à l’hôpital pour voir son épouse qui venait d’accoucher, et dont deux frères ont déjà été assassinés par l’armée israélienne.

    La Mitsubishi blanche roulait à hauteur de la camionnette visée. Le pilote ne l’aurait-il pas vue ? A-t-il vu mais pas pensé ? A-t-il vu, pensé mais pas pris en compte ? Etait-ce encore un pilote automatique ? A-t-il pensé quelque chose, au moins après ? Regrette-t-il quelque chose ? Pas de bombe à retardement, seulement un petit tour en famille s’achevant en une terrifiante catastrophe dont bien sûr personne en Israël ne s’est ému. « C’était un attentat », dit Hamdi dans son maigre hébreu appris sur le marché ; on peut et il faut le dire autrement : c’était encore un crime de guerre.

    L’après-midi, ils avaient acheté la Mitsubishi au marché des voitures d’occasion de Gaza. 17 000 dinars jordaniens, à peu près 45 000 shekels [environ 7 700 €]. Avant ça, dans la matinée, ils avaient travaillé à ajouter un étage à la modeste maison familiale, un appartement pour Naima, Hamdi et leurs trois petits enfants. On entendait dans le ciel le bourdonnement d’un drone tournant pendant des heures au dessus de Gaza. Dans l’après-midi, Hanan, la grand-mère, a demandé à aller avec tout le monde dans la voiture, pour rendre visite à sa fille, en ville, dans le quartier Gargash. Tout le monde s’est entassé dans la nouvelle voiture. C’est l’oncle Nahed qui conduisait avec le cousin Imad à ses côtés et, assis à l’arrière, Hamdi, Naima, Hanan et les trois petits enfants. Ils roulaient lentement dans la rue Sanayeh, la rue « industrielle » de la ville. Maria dansait. Dans la voiture, l’ambiance était à la fête. Jusqu’à ce que le ciel leur tombe dessus.

    Ils ont senti un choc violent du côté gauche de la voiture au moment précis où la camionnette Magnum les dépassait. Il y a eu un bruit énorme puis, comme toujours dans les attentats, un silence encore plus terrible. Imad est le premier à avoir recouvré ses esprits, prenant le volant de la voiture et amenant celle-ci à s’arrêter. Nahed, qui conduisait, était blessé et inconscient. Imad est sorti le premier de la voiture, puis Hamdi aussi. Imad raconte que Hamdi était en état de choc. Il tournait dans la rue, en boitant et en marmonnant « qu’est-ce qui s’est passé ? qu’est-ce qui s’est passé ? ».

    Sur le siège arrière, c’était l’horreur : Naima était étendue morte, et aussi le petit Mouhand et Hanan, la grand-mère. Maria semblait elle aussi avoir perdu la vie mais il est apparu qu’elle avait seulement perdu conscience. Du sang coulait de son cou. Elle et son oncle Nahed étaient grièvement blessés à la colonne vertébrale. Le petit Mouaman a été dégagé de la voiture avec une blessure dans le dos. Près d’eux, la camionnette Magnum brûlait avec à son bord l’homme recherché, Mohamed Dahdouh, tué sur le coup. Cette semaine, lorsque nous sommes passés près de l’endroit de l’assassinat, nous avons vu de jeunes enfants vendant des djoumas, fruit du figuier sycomore, qu’ils tenaient dans des seaux, et aussi la maison du ministre palestinien des Affaires étrangères, Mahmoud A-Zahar, qui a vue sur la scène de l’attentat depuis quelques dizaines de mètres.

    Deux jours plus tard, Maria a été transférée à l’hôpital Sheba mais avec interdiction pour son père de l’accompagner. Le frère de son grand-père est le seul à avoir été autorisé à se joindre à la fillette blessée et il s’occupe d’elle. Le lendemain, on a également transféré Nahed à l’hôpital Ikhilov, et son frère Maher qui habite Jaffa s’occupe de lui. Au début de la semaine, on pensait déjà les ramener tous les deux à Gaza : il n’y a pas grand-chose à faire pour eux. Ils resteront paralysés à vie. La porte-parole de l’hôpital Sheba, Anat Dolev, a déclaré : « La fillette souffre d’une atteinte grave à la colonne cervicale. Avec pour conséquence qu’elle se retrouve avec une paralysie générale et sous assistance respiratoire, bien qu’elle soit consciente. Dans quelques jours, elle rentrera à Gaza ».

    Hamdi, Imad et le petit Mouaman ont tous été blessés par des éclats toujours fichés dans leur corps, dans les jambes, la poitrine, le dos et le cou. Hamdi boite, avec une blessure profonde au pied. La famille a été enterrée, les uns à côtés des autres, dans le cimetière de Sajayah. Imad a travaillé 30 ans comme ouvrier pour l’entrepreneur Yaakov Barazani. Hamdi a grandi comme garçon porteur au marché Carmel de Tel Aviv. « Nous n’avons jamais été ni Fatah ni Hamas. Nous voulions seulement ramener à manger à la maison », dit Imad.

    Dix jours plus tard, l’armée israélienne se demande encore si des civils ont été tués dans l’opération : « Le samedi 20 mai, l’armée israélienne a lancé une attaque aérienne contre un véhicule à bord duquel se trouvait Mohamed Dahdouh, membre important au sein du Jihad Islamique qui était impliqué dans des tirs à trajectoire courbe et d’autres opérations terroristes contre Israël. L’armée israélienne poursuit son investigation pour vérifier le rapport selon lequel trois Palestiniens auraient été tués en conséquence de l’attaque contre le véhicule de Dahdouh. L’armée israélienne se désole de toute atteinte à des civils non impliqués, et dans la mesure où des Palestiniens auraient effectivement été tués par les tirs de l’armée israélienne, les leçons opérationnelles en seraient tirées dans le but de continuer à réduire le risque de toucher à des personnes non impliquées, au cours d’opérations semblables, à l’avenir. »

    Dans la pièce, l’atmosphère est parfaitement lugubre. Hamdi n’a rien mangé depuis la tragédie. Juste des larmes, et cigarette sur cigarette. C’est un bel homme, qui éveille le respect, et qui nous demande de lui traduire un document qu’il a reçu par fax de l’hôpital Sheba et où lui est demandée l’autorisation d’opérer Maria. Il faut faire une ouverture dans sa trachée afin de permettre la respiration par cette voie. Mouaman pleure la nuit, appelant sa maman, sous le choc de la tragédie et souffrant du petit éclat qu’il a dans le dos. Hamdi demande qu’on l’emmène pour le soigner lui aussi en Israël, mais qui lui répondra ? De temps en temps, son regard se porte sur l’affiche commémorative de Mouhand et alors les larmes le submergent. « C’est un enfant. Qu’est-ce qu’il avait fait ? » Mouhand est tout beau et pimpant sur les photos, comme aussi sa sœur Maria, une jolie petite fille avec des boucles tire-bouchonnant, un cartable rouge à la main, un chemisier rouge et un pantalon blanc.

    Hamdi dit que Mouaman reconnaît déjà les tombes fraîches dans le cimetière : il sait exactement quelle est celle de maman, celle de son frère et celle de sa grand-mère. Samedi, peu avant d’entrer tous dans la voiture, Mouhand, qui était en première année, était revenu de l’école et il avait raconté à son père qu’il avait réussi son premier examen. Il avait demandé à son père de lui acheter, en récompense, une petite auto. Son papa lui avait promis de la lui acheter s’il réussissait son second examen, le lendemain.

    Par Gidéon Lévy
    Haaretz, 1er juin 2006
    www.haaretz.co.il/hasite/pages/ShAr...
    Traduction de l’hébreu : Michel Ghys

     

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    Venez en nombre… Et que cette information circule ! Les collectifs des déboulonneurs persistent et signent !!

    Je viens de recevoir ça...

     

    Vendredi 26 mai 2006 à 18h58 à la place de la République

     

    DÉSOBÉISSANCE CIVILE CONTRE LE SYSTEME PUBLICITAIRE

     

    Venez en nombre… Et que cette information circule !

    Contraindre les publicitaires, sensibiliser l’« opinion publique » (si elle existe…), créer un rapport de force, interpeller les élu-e-s et les pouvoirs publics sur cette problématique névralgique, se fera en étant à ce rendez-vous mensuel en nombre important et croissant

    Assister à cette action non-violente et conviviale ne fait courir aucun risque ! Une tribune publique sera ouverte : exprimez vous-y!

     

    Les collectifs des déboulonneurs persistent et signent !!

    Un procès au Mans, une assignation au tribunal correctionnel le 27 juin 2006 pour deux déboulonneurs de Montpellier, une dizaine de convocations au commissariat à Paris… et les collectifs des déboulonneurs poursuivent sur la voie de la désobéissance civile. Une nouvelle session d’actions simultanées contre le système publicitaire se tiendra à Paris, Rouen, Montpellier, Lille, le Mans, et Lyon.

    Relais d’informations sur www.deboulonneurs.org .

     

    Réussirons-nous à nous faire arrêter et à avoir un procès ?

    Après une période d’essais concluante de six mois, faisant état de la paresse de la police, de la frilosité des publicitaires et de la timidité des journalistes, le collectif des déboulonneurs de Paris donne ouvertement rendez-vous à toutes les populations…
    Nous contestons le système publicitaire, voulons un débat public, et avons des propositions concrètes. Nous ne craignons pas les procès : nous les attendons!

     

    Notre revendication?

    Une taille maximale d’affichage de 50 cm par 70 cm, accompagnée d’une contrainte stricte de densité et de la suppression des panneaux énergétivores (lumineux, animés, etc…) permettrait de marquer un premier coup d’arrêt à l’expansion du système publicitaire et de créer une brèche !

     

     

    La tactique ?

    Tous les 4èmes vendredis du mois (ou jours suivants), nationalement, inlassablement, jusqu’à gain de cause, nous dégraderons en public, de manière assumée et non-violente les panneaux publicitaires par barbouillage (inscriptions à la peinture).

     

     

    Pourquoi ce choix?

    Quand l’inertie des pouvoirs publics est réelle face aux enjeux environnementaux et sociaux, aux lois bafouées, au non-respect des libertés individuelles, à la privatisation rampante de l’espace public, quand toute tentative légaliste, associative, politique reste vaine devant la puissance de cette industrie, il devient légitime d’agir en désobéissance civile.

     

     

    Chacun-e est essentiel-le… A chacun-e son rythme…

    1) Assistez sans risque à nos actions non-violentes mensuelles (tous les 4emes vendredis du mois)

    2) Faites passer l’info (courriels, téléphones, messages, affichage, sites Internet, médias)

    3) Ramenez du monde… Prenez la parole. Partagez ! Créez une animation!

    4) Soutenez-nous financièrement pour défendre cette cause (procès à venir) !

    5) Engagez-vous moralement en communiquant votre identité (bon de soutien)

    6) Participez activement à la préparation et la mise en place des actions !

    7) Désobéissez ! Barbouillez ! Devenez déboulonneu-r-se … (bon d’engagement)

    8) Créez un collectif local ! (fiches thématiques)

     

    Collectif des déboulonneurs www.deboulonneurs.org

    24 rue Louis Blanc.75010. Paris.

     

     

    En bref, qu’est ce qu’on a contre la publicité??

    Une activité véritablement informative, démocratique d’accès, non imposée, centrée sur toutes les activités humaines, serait légitime ! Hélas, le système publicitaire n’a rien à voir avec çà.

    Harcèlement en perpétuelle expansion, absence de déontologie, lois bafouées (avec un tiers des panneaux illégaux) caractérisent ce système antidémocratique (pas de droit de réponse, discrimination financière d’expression). En promouvant des comportements individualistes et irresponsables, il génère surconsommation, gaspillage et pollution (suréquipement, voitures, voyages en avion, gadgets…). Il occulte délibérément les conséquences sanitaires (mauvaise alimentation, obésité, anorexie…) et se moque du principe de précaution (produits chimiques, O.G.M., téléphones portables…). Or, entreprises et industries qui font de la publicité sont intouchables, car les médias en sont tributaires financièrement.

    Le système publicitaire propage idéologies antisociales (compétition, domination, accumulation), sexisme, modèles artificiels et uniformes, culte de la perfection physique et de l’éternelle jeunesse. Il réduit l’existence à la consommation, les fêtes à des opérations commerciales, l’imaginaire et les idéaux à des arguments de vente.

    Le comble ? C’est le consommateur qui paie la publicité (500 euros par an et par personne), car le coût des campagnes publicitaires est répercuté sur le prix des produits achetés.

     

     

    Pourquoi l’affichage comme angle d’attaque ?

    Par l’affichage, donc la confiscation de l’espace public et son exploitation mercantile, le système publicitaire s’immisce dans notre quotidien de la façon la plus évidente.

    On est libre de regarder ou non la télévision, d’écouter ou non la radio, d’acheter ou non un journal… pas de circuler sans être confronté à un incessant défilé d’images et de slogans.
    Cette débauche graphique qui gêne la vue, voire la perception de la signalisation routière, salit notre cadre de vie, réduit notre liberté de penser et limite notre faculté de rêver.

    Omniprésentes, dégradantes et insultantes, et à portée de main, les affiches seront notre proie.

    Le barbouillage n’est qu’une légitime réponse…

     

    Pour la liberté de réception !

    Sus aux nuisances du système publicitaire !

    Que les publicitaires déboulonnent les panneaux !

    pour vos commentaires...

     

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