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SOLIDARITE GAZA PALESTINE
Le procès perpétuel de Tariq RamadanComme toujours et à tout sujet, il est nécessaire de dépasser les images d'Epinal véhiculées par les émissions de télévision, de radio, et les certains titres de la presse française. Sans quoi l'opinion, même fausse, de quelques uns, s'impose à tous. Par une concordance de diatribes, d'éditoriaux ou de reportages haineux, la cabale a tôt fait de broyer son homme et de réduire sa vie à néant. Et ceci depuis toujours. Déjà, en 1936, le ministre de l'intérieur Roger Salengro s'était suicidé à la suite des persiflements des journaux d'extrême droite. Dans le registre sulfureux qui sied à notre époque, un homme public comme Dominique Baudis a lui aussi eu à souffrir de ces manipulations. Dès qu'elles se concentrent sur une personne, il faut se défier des attaques, et interroger les motivations de leurs auteur(e)s. Aussi, si l'on se concentre sur les débats contemporains, il apparaît clairement que certains thèmes sont particulièrement forts en passions, et fournissent des victimes potentielles à foison. Les réflexions médiatisées sur l'Islam (rarement les meilleures - qui a déjà entendu parler de la collection Téraèdre ?) répondent à cette définition. Outre les propos outranciers de certains, qui se décridibilisent de par la vulgarité de leur pseudo-pensée, il existe d'autres formes d'intolérance plus ou moins insidieuses dans les formes, toujours violentes dans le fond. Prenons l'exemple de Tariq Ramadan. Décrié, presque insulté, par de tristes personnages tels que Caroline Fourest et ses acolytes, à travers des instruments de communications dont leur "cible" ne dispose pas, il peut être légitimement considéré comme l'objet d'un dénigrement quasi-quotidien, comme un prévenu condamné à se taire lors de son procès perpétuel, instruit par des idéologues qui avancent masqués. Depuis son fameux article "Les nouveux intellectuels communautaires", Tariq Ramadan est clairement montré du doigt par une intelligentsia autoproclamée, emmenée par des "penseurs" comme BHL ou Alexandre Adler... Brillantes références. Quel fut son tort ? Celui de dénoncer le sionisme forcené de ceux qui aujourd'hui n'ont que l'invective pour réponse ? Il faut le croire. Ce n'est pas une insulte, c'est un constat, et il est d'autant plus étonnant que les personnes concernées ne l'aient pas perçu ainsi, mais comme un dévoilement d'un honteux secret qu'elles cherchaient à celer. Hélas, ces derniers n'ont eu cure de l'élégance dans l'exercice de leur droit de réponse, mêlants injures à des contre-vérités révélatrices de leur démarche intellectuelle. Ainsi BHL, qui fait de M. Ramadan un "imam", un "antisémite", avant de rappeler son ascendance (Tariq Ramadan est le petit-fils d'Hassan Al Banna). Le lecteur averti appréciera donc la finesse de l'argumentation, qui ne se distingue que par son excès. Enfin, le même lecteur, s'il veut supporter la lecture de cette chose, devra pardonner à BHL sa méconnaissance profonde du monde arabo-musulman, qui est peut-être à l'origine de son ton si paternaliste. Quant à Alexandre Adler, personne ne sait à quoi il joue, mais il est assez pathétique (cf le billet sur ses propos racistes envers Hugo Chavez). Mais ce billet n'aurait pas de raison d'être sans l'évocation de Caroline Fourest. Il semble qu'elle ait trouvé sa vocation dans l'acharnement envers le penseur suisse. Refusant les débats à la télévision romande, elle préfère se retrouver seule face à Ardisson, où elle peut distiller son venin sans avoir à surmoner la contradiction. Enchaînant les mensonges et les dénis de réalité, cette journaliste s'est épuisée à vociférer, propageant ses idées sans rencontrer d'obstacles, tant le consensus autour de la condamnation de Tariq Ramadan semble large. Ne pouvant s'en tenir là, elle et ses complices on récemment commis un ouvrage (fermement dénoncé dans les colonnes du Monde par d'éminents penseurs tels que Bruno Etienne et Jean Baubérot) où sont condamnés, au nom des "Lumières", ceux qui n'entrent pas dans le moule de leurs catégories sectaires, répandant au passage le myhe de l'anti-France. Au prix de simplifications lénifiantes, ce livre est en réalité une charge envers tout musulman non athée. Si c'est là le visage de la gauche libertaire... L'obscurantisme est bel et bien là. Chez Caroline Fourest. Néanmoins, Tariq Ramadan ne bénéficie pas de l'exclusivité de ce privilège. Xavier Ternisien, qui tenait un blog sur le site du Monde avant d'être contraint à le fermer devant les coups bas qui lui étaient infligés, le lui dispute. Dans un article publié dans le magazine Pro-Choix, la même Caroline Fourest décharge une nouvelle fois sa haine, et en profite pour mettre à jour ses méthodes d'investigations : procès d'intentions, citations tronquées, montages,... On ne change pas une recette qui gagne. Reprenant les allégations scanaleuses de l'extrême droite, on aligne les mensonges sans vergogne. M. Ternisien le prend, et c'est tout à son honneur, avec humour : "Pour résumer l'article, je serais pédophile et je participerais à des ballets bleus avec Tariq Ramadan à Genève." A certains la haine, aux autres la dignité. Pour des raisons au mieux commerciales, au pire islamophobes, la majorité des médias français entretient le rejet du dialogue avec les intellectuels musulmans ou orientalistes ne rentrant pas dans le rang, comme Tariq Ramadan ou Xavier Ternisien. Cette vague d'intolérance permet à d'obscurs journalistes de se faire un nom dans des cercles soi-disant scientifiques, même au prix d'ignominies rarement assumées. "Islamiste" désigne moins sous leur plume une réalité qu'une insulte disqualifiante, au même titre que "gauchiste !" ou "facho !" le furent à une époque, mais l'extrême simplisme de leur raisonnement ne leur barre malheureusement pas le chemins de plateaux de télévision, friands de scandales et d'idéaux en carton-pâte. Texte super pris sur : http://diariodepacho.spaces.msn.com/Quel humanisme pour l’islam ? (1/3)Quel humanisme pour l’islam ? (1/3) 27 juin 2006 par Tariq Ramadan
Existe-t-il dans la réflexion des penseurs, des philosophes et des savants musulmans, telle qu’elle s’est développée au cours de l’histoire, quelque chose que l’on puisse nommer humanisme ?
Avant de tenter une réponse à cette question, il faut prendre garde au sens que nous donnons au mot humanisme. S’agirait-il seulement de ce moment de la tradition occidentale - le XVIème siècle - où l’humanisme s’est exprimé quant au rapport de l’homme avec le Transcendant, soit que les humanistes réagissent à la manière dont ce rapport était perçu par l’institution cléricale, soit aussi, parfois, qu’ils contestent ce rapport, comme si l’humanisme c’était alors affirmer que l’homme se dégage ou se libère de Dieu ?
Or il nous semble - c’est la thèse que l’on va défendre ici - qu’il y a une dimension de valorisation et d’affirmation de la personne humaine dans les traditions religieuses. Cette dimension n’a peut-être pas toujours été mise en évidence mais elle est néanmoins, dans toutes les traditions religieuses, un élément constitutif de la pensée spirituelle et du rapport à la Transcendance.
Pour échapper à une lecture du mot "humanisme" liée au moment de la Renaissance en Europe, nous partirons d’une définition de l’humanisme extrêmement simple : mettre l’humain au cœur de la préoccupation de l’homme. L’humanisme, c’est la valorisation de l’humain dans les préoccupations de l’homme vis-à-vis de lui-même. C’est tout à la fois la valorisation de son être, celle de ses facultés, de ses compétences, la valorisation de son projet personnel, collectif et aussi de son projet au-delà de la vie, si l’on se réfère aux traditions religieuses. Dans le rapport au Transcendant, cela aura évidemment des conséquences.
A partir de cette définition, nous pouvons poser la question : que dit l’Islam sur le rapport de l’être humain à lui-même ? Aussitôt, cependant, plus en amont, il nous faut poser une autre question : que dit l’Islam de la conception de l’homme ? Mais alors, qu’entendrons-nous par conception de l’homme ? Nombreux sont ceux en Occident, notamment des philosophes, qui, entrant dans l’univers de la tradition musulmane, citent Averroès, Avicenne, Al-Farabi, Al-Kindi ... et font référence aux concepts utilisés par ces auteurs, par exemple la conception de l’homme. Mais ont-ils fait le détour de pensée nécessaire pour comprendre le sens profond des concepts ainsi utilisés ? pour savoir d’où ils proviennent et de quelle conception de l’homme ils parlent, de quel homme il est question ? Il se pourrait bien, finalement, que nous parlions de l’être humain sans en avoir la même conception.
Il nous faut donc d’abord parler de la conception de l’homme dans la tradition musulmane et bien la préciser. Nous pourrons ensuite mettre en évidence les qualités qui, selon cette tradition, sont celles de l’être humain. Nous terminerons en nous posant la question du rôle de la Révélation dans cette conception de l’homme.
La conception de l’homme dans l’Islam.
La tradition musulmane nous dit : "l’élan de la foi est constitutif de la personne humaine". On pourrait parler aussi d’élan du cœur, d’élan vers la transcendance. Ce n’est pas seulement la tradition mystique, la tradition soufie, qui le dit (cf. Ibn Arabi). Tout l’Islam partage cette affirmation. Elle est au cœur de sa conception de l’homme. Cela veut dire, notamment, que pour l’Islam la foi précède le rationnel. Nous y reviendrons.
Prenons donc les trois thèses fondamentales par lesquelles Averroès (1126 - 1198) pose sa conception de l’homme. Averroès - on ne le dit pas suffisamment - n’est pas seulement le rationaliste que l’Occident a vu en lui. Il est aussi un mystique et un juriste et c’est entre ces deux piliers que se place sa rationalité. L’Occident l’a trop souvent oublié, sans doute parce que cela confirmait ses propres tendances.
L’aspiration vers le transcendant : le premier élément de la conception de l’homme.
Selon la tradition musulmane, lors de la création, existe un moment très particulier où l’on voit Dieu tirer des reins d’Adam l’ensemble de sa descendance et demander à chaque descendant d’attester qu’il n’y a qu’un Dieu : et les enfants d’Adam attestent qu’il n’y a qu’un Dieu ; et le verset termine : pour que vous ne disiez pas le jour du jugement que vous ne saviez pas. Ce récit - que les soufis expriment souvent sous forme de symboles mais que la tradition orthodoxe comprend de façon littérale - est à prendre comme une image. Quelle est sa signification ? C’est que la conscience humaine a l’intuition de l’Un. Par ce récit, il est reconnu que l’homme a une connaissance intuitive de l’Un. Ce qui veut dire, comme les études de Mircea Eliade l’ont confirmé de nos jours, que l’élan vers le spirituel, vers le transcendant, vers quelque chose qui dépasse l’humain, est constitutif de la conscience humaine. Le religieux est constitutif de la structure de la conscience humaine, dit Mircea Eliade. Où qu’il ait porté ses études, il a constaté que quelque chose s’exprime en l’homme qui le pousse à aller au-delà de lui-même, au delà du matériel, à la recherche d’autre chose. Dans la tradition musulmane, cet autre chose c’est l’Un(1).
L’aspiration de l’être vers le Transcendant est donc, pour l’Islam, le premier élément de la conception de l’homme, un élément fondamental, constitutif de notre être. Dans le Coran, on l’appelle al-Fitra, l’aspiration originelle vers l’Un. La formule coranique dit plus précisément : l’aspiration originelle par laquelle Dieu a créé l’homme. Il faut comprendre par là qu’il n’y a pas de changement depuis la création, comme s’il s’agissait de la confirmer : vous êtes tous fils d’Adam, votre fraternité est dans votre origine et dans votre constitution (ce que confirme aujourd’hui la génétique), et donc, en chacun de vous, existe cette aspiration originelle vers le Transcendant. C’est l’élément premier. C’est comme un souffle intérieur qui anime chacun de nous.
Cela signifie que tout ce qui va surgir par la suite dans l’esprit de l’homme ne consistera finalement qu’à éveiller ce souffle et en révéler la présence. Car, à notre création même, nous avons été dotés de facultés qui vont nous permettre d’approfondir et d’orienter ce souffle, d’en confirmer la présence en notre être. N’est-il pas remarquable qu’à l’intérieur même de l’être humain, de soi à soi, nous ayons des facultés qui ont chacune des missions particulières ? Le cœur, d’abord, aura une mission : maintenir l’étincelle et illuminer l’être. La raison, ensuite, aura une mission : revenir à la source et confirmer l’étincelle, confirmer le donné de foi.
La confirmation intérieure de l’aspiration originelle. La raison confirme la foi
La première chose demandée à l’homme est en effet une confirmation intérieure, une confirmation du cœur d’abord, qui va passer par l’écoute de sa propre spiritualité : c’est la dimension mystique. Mais aussi une confirmation qui passera par l’usage de sa raison. Car, pour l’Islam, la raison confirme la foi ; jamais elle ne la déforme, ni ne s’en éloigne, ni ne la précède.
On voit tout de suite, sur ce point, la différence avec l’Occident. Ce qu’ont dit Feuerbach ou Nietzsche, ce que peuvent dire, nourris par ces idées, des auteurs comme Camus ou comme Sartre, ne correspond absolument pas à la conception musulmane. Dès le Moyen-Age, la réflexion sur le rapport raison et foi n’est pas du tout de même nature en Chrétienté et en Islam.
Plus encore qu’Averroès, nous pouvons évoquer ici la tradition d’un homme trop peu connu en Europe (il est pourtant à la base de la réflexion qui, par l’intermédiaire de saint Anselme, conduisit au doute cartésien). Il s’appelle Abu Hâmid al-Ghazali, mort en 1111. Il a mis en évidence un aspect très important de cette réflexion sur le souffle intérieur et sur cette confirmation de ce souffle qui en appelle à toutes nos facultés. Dans un texte qui s’appelle La revivification des sciences religieuses et dans un autre appelé en français Erreur et délivrance (en arabe, mot à mot, comment se délivre-t-on des ténèbres de l’inconnaissance, de l’ignorance) Abu Hâmid al-Ghazali tente - nous sommes au 12ème siècle, donc bien avant la Renaissance - toute une réflexion sur le rapport foi et raison. Il met en évidence qu’il ne peut y avoir de foi vivante sans raison active. L’une ne va pas sans l’autre. En raison même de la constitution de notre esprit, Dieu a mis en nous une étincelle et demande à notre raison de la confirmer.
Un texte coranique dit : nous leur montrerons nos signes en eux-mêmes et dans les horizons. Ce texte veut mettre en évidence que la raison, pour confirmer la foi, ne cherche pas des éléments mais véritablement des signes. Quelle différence entre un élément et un signe ? Elle est exprimée dans le Coran à travers une formule tout à fait intéressante : Le soleil et la lune sont selon des cycles déterminés ; cela s’adresse à la raison. Et dans le verset suivant il est dit : l’arbre et l’étoile se prosternent ; cela s’adresse à la foi. Voir un arbre, c’est voir un élément. Mais savoir qu’il se prosterne, c’est savoir qu’il participe de la création et qu’il a un acte de reconnaissance du Divin ; c’est un signe. L’un parle à la raison, l’autre à la foi. L’idéal est de réunir les deux. Quand on sait que l’Univers est en prosternation éternelle, on a d’autres façon d’agir à son endroit. On ne maltraite pas qui se prosterne. Il nous faut penser que l’Univers est tout le temps en prière. Cela changerait notre mode d’action sur la planète. Cela serait une écologie fondamentale.
Il s’agit donc, finalement, de marier la foi et la raison. Il y aura une confirmation qui passera par la recherche intérieure. Aller vers Dieu, c’est d’abord retourner vers soi, c’est aller chercher l’étincelle intérieure. Mais aller vers Dieu, c’est également, par la raison, étudier l’ensemble des signes qui sont dans les horizons : l’Univers entier, dans son ordre, nous rappelle qu’il est un Univers créé et qu’au-delà de la création il y a un Créateur. Si je me connais, je m’approche de Qui me connaît et m’a créé ; si je connais le monde, je m’approche de Qui a créé ce monde. Il y a une connaissance nécessaire à la confirmation de la foi. Le rôle de la raison est donc essentiel : la raison se situe entre moi et moi pour confirmer l’étincelle intérieure du cœur ; elle se situe entre moi et le monde pour me rappeler qu’il y a un Univers créé.
Le mariage foi et raison : ce qui nous fait devenir hommes
Il faut aller plus loin. Le mariage de la foi et de la raison n’est pas seulement que la raison dise : tous les éléments sont créés, cela confirme qu’il y a un Etre qui nous a créés, cela confirme le "souffle" qui nous anime. C’est autre chose encore. Il y a dans la tradition musulmane une idée beaucoup plus importante, que l’on trouve par exemple chez Al-Farabi, que l’on connaît aussi dans la philosophie antique grecque : le rapport foi et raison est ce qui nous fait devenir des hommes.
L’humanité se gagne et nous avons, tous, à devenir des êtres humains. Un oiseau, dans l’accomplissement de son être, ne répond qu’à l’ordre de son instinct. Un être humain, au contraire, pour qu’il s’accomplisse en tant que tel comme Dieu l’attend de lui, doit cheminer et se construire par un mariage tout à fait subtil, mais permanent, d’une raison qui agit et d’une foi qui éclaire. Je deviens être humain lorsque ma raison, illuminée par ma foi, me pousse à devenir maître de moi-même.
Si on observe un être humain depuis son enfance, il n’apparaît pas naturellement généreux, altruiste, calme, plein de spiritualité. Il suffit de regarder un enfant dont le réflexe est de dire : "cela est à moi". Si on le lui prend, il se fâche. Les dimensions de la possession, de la colère, de la violence, nous habitent naturellement. Comment devient-on un être humain ? par une raison orientée et illuminée par la foi et qui fait un travail d’éducation. Un être humain parvient à son humanité par une éducation permanente, spirituelle et rationnelle. Il maîtrise sa colère, maîtrise sa violence, maîtrise les choses les plus intimes.
Mais est-ce tout ? Si l’on doit, pour devenir un être humain, maîtriser en nous les choses les plus intimes, cela veut dire aussi qu’il faudra maîtriser des choses externes à nous-mêmes, par exemple les éléments de notre connaissance. Pour l’Islam est jugée très dangereuse l’attitude qui consisterait à affirmer que toute connaissance vaut par elle-même, quelle qu’en soit la portée. Nous ne pouvons être d’accord : tout comme on doit avoir une maîtrise intérieure, tout comme il nous faut maîtriser notre ego pour accéder à la qualité d’être humain, de la même façon nous devons maîtriser notre connaissance. C’est là un point fondamental pour tout le rapport qu’il y aura entre les sciences et le religieux à partir de la Renaissance. Au nom de quoi limite-t-on une science ? Aujourd’hui, il faut le souligner, nous sommes pleinement dans ce débat éthique avec la question de l’éventualité du clonage humain.
En résumé, la conception de l’homme pour l’Islam se décline en trois dimensions fondamentales que nous avons mises en évidence :
Une formule coranique nous dit : ceux, parmi les gens qui craignent, c’est-à-dire qui accèdent à la crainte révérentielle de Dieu, ceux qui y accèdent le plus sont les savants. Plus je sais, mieux je crois ; plus grande sera la connaissances, meilleure sera la foi ; plus on va loin dans la connaissance, plus on se rapproche du Divin ; c’est là un point fondamental dans la tradition musulmane qui, de cette façon, n’oppose pas science et foi. Il faut bien comprendre néanmoins qu’il s’agit d’une raison active qui n’oublie pas l’illumination spirituelle, faute de quoi on verse dans l’orgueil.
On voit par là pourquoi l’Islam insiste tellement sur l’aspiration originelle vers la Transcendance. Ce "souffle" originel sera la racine de l’humanisme musulman. Sans aucun doute, un humanisme qui affirmerait une autonomie totale de l’être humain par rapport au Transcendant ferait problème dans la tradition musulmane. Seule est concevable une autonomie prenant sa source dans cette aspiration originelle et en tirant son sens.
(1) A cet égard, le polythéisme serait une distorsion de l’Un. Ce n’est pas l’Un qui est un dépassement, le disent les spécialistes de la pensée platonicienne en expliquant que Platon, ou plutôt Socrate en l’occurrence, arrive au monothéisme en dépassant le polythéisme. Dans les traditions religieuses c’est le contraire. C’est par distorsion du rapport à l’Un qu’on en vient aux idoles matérielles ou personnelles ; et qu’on peut devenir pour soi-même sa propre idole.
Tariq Ramadan 3,7 millions de musulmans en France : les vrais chiffrespar Gilbert Charles, Besma Lahouri Dans une étude dont L'Express révèle la teneur, la démographe Michèle Tribalat évalue le nombre de musulmans «possibles» à 3,7 millions, soit beaucoup moins que les estimations habituelles. Une donnée choc sur un sujet tabou, au moment où monte dans l'Hexagone un débat biaisé sur l'islamophobie C'est un fantôme statistique qui hante depuis des années les réunions politiques, les comptoirs de bistrot et les colonnes des journaux. Un chiffre à géométrie variable que l'on brandit tantôt comme un épouvantail, tantôt comme un étendard, et qui ponctue les débats autour du voile islamique, de l'immigration, des banlieues, du terrorisme ou des discriminations. Combien y a-t-il de musulmans aujourd'hui dans l'Hexagone? A en croire les experts et les plus hautes autorités de l'Etat, leur nombre ne cesse d'augmenter: il aurait même doublé en l'espace de deux décennies, pour atteindre aux dernières nouvelles quelque 6 millions. «Quelle est la source statistique qui autorise une telle assurance? Quelles évolutions justifient une telle fluctuation?» demande la démographe Michèle Tribalat, qui s'apprête à publier une étude retentissante sur le sujet, dont les résultats vont sûrement faire grincer quelques dents. Ces statistiques réduisent considérablement les estimations sur le nombre d'adeptes potentiels de la «deuxième religion de France», objet depuis quelques années d'une étonnante inflation. Des chiffres sujets à caution En 1989, l'historien Bruno Etienne, se fondant sur les données du recensement de 1982, évaluait la présence musulmane dans l'Hexagone «autour de 2,5 millions d'individus». En 1993, le rapport publié par le Haut Conseil à l'intégration avance le chiffre de 3 millions. Un an plus tard, un article du Monde évalue les musulmans à «6,5% de la population française, soit 3,7 millions». En 1996, un dossier publié par le Secrétariat des relations avec l'islam donne une estimation de 4,2 millions. La même année, Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, s'exprimant à propos des attentats terroristes, évoque «5 millions de musulmans [en France], dont 1 million de pratiquants, 50 000 intégristes et probablement 2 000 radicaux». Voilà quelques jours, enfin, Nicolas Sarkozy, avançant ses arguments pour s'opposer à une loi contre le voile islamique - il a depuis changé d'avis - déclarait: «Il y a 5 à 6 millions de musulmans en France, dont 2 millions sont susceptibles de voter.» Sans parler du Front national, qui pousse les enchères jusqu'à 8 millions... De quoi attiser l'islamophobie. Ces chiffres, souvent assénés comme des certitudes mathématiques, servent aussi bien à étayer les discours fustigeant l'«invasion» des étrangers que ceux des responsables musulmans soucieux de faire valoir le poids de leurs coreligionnaires dans la population française. Mais d'où sortent-ils? D'un chapeau, semble-t-il, c'est-à-dire d'estimations «au doigt mouillé». En France, depuis 1872, il est interdit de distinguer les personnes sur la base de leur appartenance confessionnelle lors des recensements. Encore plus d'identifier leur origine ethnique. Résultat, les statistiques officielles sur le sujet sont quasi inexistantes. Pour évaluer le nombre de musulmans, les démographes et les sociologues en sont réduits à compter la population «relevant de la culture musulmane», c'est-à-dire les immigrés et les Français issus de pays où l'islam est la religion dominante - Maghreb, Afrique noire, Turquie, Pakistan, Proche et Moyen-Orient... Auxquels il faut ajouter les convertis, les harkis rapatriés d'Algérie et une partie des clandestins. Faute d'informations précises sur les Français d'origine étrangère, certains sont parvenus, en recoupant des données disparates, à cette estimation approximative de «5 à 6 millions», que personne n'avait pu jusque-là vérifier à grande échelle.
Il a fallu attendre 1992 pour que l'Ined et l'Insee prennent en compte pour la première fois les immigrés et leurs enfants nés en France, dans une enquête, réalisée par Michèle Tribalat, dont la publication a déclenché un tollé - certains chercheurs, comme Hervé Le Bras, l'accusant de favoriser le racisme et d'établir des catégories ethniques en distinguant les Français «de souche» des autres Français. La polémique s'est finalement éteinte et, face aux demandes répétées de démographes, l'Insee a introduit dans l'enquête «Famille», réalisée conjointement au recensement de 1999 sur un échantillon anonyme de 380 481 personnes, une information sur le pays d'origine des parents. On a pu ainsi disposer, pour la première fois, de données précises sur trois générations. Démographe à l'Ined et spécialiste de l'immigration, Michèle Tribalat a reconstitué à partir de ces données un tableau de la population d'origine étrangère en France (à paraître dans la revue de l'Ined, Population), le nombre d'immigrés issus de pays où l'islam est majoritaire et de leurs descendants. Son estimation du nombre de «personnes susceptibles d'être musulmanes par filiation», dont nous avons eu la primeur, dégonfle de façon spectaculaire les chiffres «officiels»: il n'y aurait pas en France 5 ou 6 millions, mais seulement 3,7 millions de personnes «possiblement musulmanes», dit Michèle Tribalat. Dont 1,7 million d'immigrés, autant d'enfants et un peu moins de 300 000 petits-enfants d'immigrés. Plus de 23% des habitants de l'Hexagone - près de 14 millions - sont d'origine étrangère (au moins un parent né à l'étranger): 6,9 millions viennent des pays de l'Union européenne, 3 millions du Maghreb et 700 000 d'Afrique subsaharienne. On s'aperçoit que les Algériens et leurs descendants -1,6 million - sont moins nombreux que les Italiens et font jeu égal avec les Espagnols - 1,5 million. Autre particularité de cette population: elle est encore très jeune. En 1999, elle était composée principalement de mineurs. Avis aux politiques: ceux qui sont susceptibles de voter ne sont pas plus de 1,2 million. Quant à leur poids religieux, il reste encore à définir. La totalité d'entre eux ne suivent évidemment pas les prescriptions du Coran à la lettre, pas plus que tous les Italiens et leurs descendants ne sont catholiques pratiquants. Dans l'une des rares enquêtes de l'Ined sur le sujet datant de 1995, un tiers environ des musulmans potentiels se déclarent croyants et fréquentaient la mosquée régulièrement. «Ces chiffres donnent à réfléchir, constate Michèle Tribalat: ils montrent que l'importance numérique donnée jusque-là à la communauté musulmane est fondée sur du vent.» Cette chercheuse réputée, auteur de nombreux ouvrages, est aussi une femme de caractère qui n'hésite pas à claquer la porte du Haut Conseil à l'intégration, en décembre 2000, pour marquer son désaccord lors de la rédaction du rapport «L'islam dans la République». Ou à dénoncer ceux «qui se plaignaient d'être à l'époque de l'histoire coloniale désignés exclusivement par leur religion - Français musulmans - et qui aujourd'hui claironnent que l'islam est la deuxième religion de France». Mais même ses détracteurs s'accordent à reconnaître la pertinence de son étude, comme Hervé Le Bras, démographe à l'Ined et chercheur à l'EHESS: «Il est vrai que nous avons longtemps gardé le silence devant cette inflation de chiffres, car il y avait peu de moyens pour les évaluer, explique-t-il. Dans les années 1950, on estimait que 40% des Français avaient une pratique religieuse régulière; ce chiffre ne représente plus que 8% à présent. Pourquoi les Français d'origine maghrébine seraient-ils différents des autres?» En mettant à mal le consensus qui régnait jusqu'alors sur le nombre de musulmans en France, le travail de Michèle Tribalat plaide pour un peu d'audace dans la statistique publique et demande à pouvoir enquêter sur les affiliations religieuses et les origines des Français. Son souhait? Mettre un terme à cette opacité des chiffres érigée au nom de l'égalitarisme, et qui a trop longtemps empêché d'évaluer précisément les discriminations à l'embauche ou la mixité dans les quartiers sensibles. Surtout, elle fausse les discussions sur la place et l'organisation de l'islam en France. Un débat qui, plus que jamais, nécessite des chiffres lucides et fiables, pas des chimères statistiques.
La réforme radicale, par Tarik Ramadan
Le concept qui revient le plus souvent dans les débats est celui d’ « ijtihâd » lequel signifie « la lecture critique des textes islamiques de référence » (Coran et tradition prophétique) et qui doit permettre de promouvoir une approche historique et contextualisée du texte révélé en même temps qu’il invite la rationalité humaine à plus de créativité dans l’élaboration de réponses aux problèmes de notre temps. Le concept est omniprésent dans la littérature musulmane contemporaine et pourtant rien ne semble véritablement évoluer : les crises demeurent, voire s’amplifient, et l’intelligence musulmane paraît en panne dans des domaines aussi essentiels que l’éducation, l’éthique appliquée, les sciences, la démocratisation, le respect des droits fondamentaux dont ceux des femmes, la violence, etc. Quelles sont les raisons de ces blocages, comment inverser cette malheureuse spirale ? Les savants musulmans (‘ulamâ’) des différentes tendances de l’islam ne sont pas d’accord sur les différentes définitions et interprétations des concepts clefs de la terminologie islamique. Pour les littéralistes et les traditionalistes, la « sharî’a » est un corps de lois qui forment un univers de référence clos et atemporel qui s’oppose à toute adaptation, à toute évolution et à toute lecture prenant en compte l’histoire ou le contexte. La tradition réformiste, au contraire, a très tôt défini le concept de sharî’a comme « la voie de la fidélité aux principes de l’islam » au cœur de laquelle les domaines du dogme et de la pratique (al-‘aqîda, al-‘ibadât) sont distincts du domaine des affaires sociales et des relations interpersonnelles (al-mu’âmalât) : les prescriptions sont immuables dans les deux premiers alors les textes offrent une large marge de manœuvre à la rationalité humaine, et donc à l’ijtihâd, dans le second. L’approche réformiste est depuis longtemps très connue et très répandue dans les sociétés et les communautés musulmanes à travers le monde et pourtant rien ne semble avancer. Les appels à l’ijtihâd sont permanents mais les résultats de ce dernier siècle sont peu probants. L’une des raisons majeures de cet état de fait tient sans doute aux déficits dans les fondements de l’approche réformiste elle-même. On lit et on étudie depuis des décades des productions de ‘ulamâ’ qui travaillent de façon approfondie sur les textes, proposent de nouvelles interprétations et tentent ainsi d’apporter de nouvelles réponses aux nouveaux défis. La contribution de ces savants du droit et de la jurisprudence musulmane ( fuqahâ’ ) est phénoménale et nul ne peut ignorer l’importance de leurs études et apports. Questionnés par le réel, interpellés par la nature des nouveaux défis (scientifiques, sociaux, économiques, etc.), les fuqahâ’ tentent d’offrir des réponses adaptées à leur époque : la nature même de leur travail exclusivement orienté sur les textes les met dans une position de perpétuel suivisme. Le monde avance, ils le suivent. Réformer la lecture et la compréhension des textes consiste donc uniquement pour eux à s’adapter aux nouvelles réalités de l’époque. On pourrait imaginer que cela soit suffisant pour mettre en branle la nécessaire réforme mais force est de constater que cette approche, malgré l’apparence du mouvement et du renouveau, pêche quant à l’efficience des propositions. Ce sont des spécialistes des textes révélés qui discutent et jugent du monde sans avoir toujours une compréhension profonde de la complexité des domaines sur lesquels leur jugement se portent. Ils s’expriment avec autorité sur les domaines de l’économie, des sciences exactes ou humaines sans maîtriser les savoirs et les savoir-faire nécessaires non seulement à s’adapter au monde mais à le transformer à la lumière des exigences de l’éthique islamique (respect de l’intégrité de la personne, justice sociale, égalité, etc.) Les savants et les penseurs musulmans ne représentent une force de propositions dans aucun de ces domaines. Ce que cache cette réalité est, dans les faits, une crise d’autorité. Le chaos règne quant à savoir qui parmi les ‘ulamâ’ dit quoi et qui est légitimé à le dire : les avis de ces derniers sont souvent contradictoires et personne ne sait très bien à qui se référer. Au surplus, les ‘ulamâ’ sont jaloux de leur autorité dans les domaines de l’élaboration de la norme et des opinions juridiques (fatwâ) et ils ressentent souvent comme une intrusion dangereuse le questionnement ou la participation des spécialistes des sciences dites « profanes » dans l’élaboration d’une jurisprudence musulmane contemporaine. Sous prétexte que ces derniers ne sont pas des spécialistes du droit islamique, ils n’auraient rien à dire sur la question et seraient dénué de toute autorité en la matière. La réforme radicale dont nous avons besoin se situe très exactement à ce niveau. Il s’agit de déplacer le centre de gravité du pouvoir et de l’autorité des ‘ulamâ’ au niveau du fondement du droit et de la jurisprudence islamique (usûl al-fiqh). En effet les textes ne sont pas les seules références normatives du droit musulman mais l’univers - le livre du monde selon l’expression d’al-Ghazâlî - est une source qu’il faut placer au même niveau que les textes. Les savants et experts, spécialistes des sciences expérimentales (physique, biologie, psychologie, médecine, etc.), des sciences exactes ou des sciences humaines (philosophie, sociologie, économie, etc.) doivent pouvoir contribuer à l’élaboration de l’éthique musulmane contemporaine. Maîtrisant mieux les différents domaines de la connaissance contemporaine, ils sont mieux à même d’orienter la réflexion des ‘ulamâ’ et de produire une réforme de transformation par l’éthique plutôt que d’adaptation par la nécessité (comme c’est le cas aujourd’hui). L’ijtihâd contemporain n’est pas seulement l’affaire des spécialistes des textes. Si nul ne peut contester leurs compétences dans ce domaine, il importe de convoquer à la table de cette lecture critique des textes, des femmes et des hommes versés dans les différentes sphères de l’activité humaine afin qu’ils puissent s’exprimer, proposer de nouvelles visions, de nouvelles orientations de réformes fidèles à l’éthique mais en phase avec les questions et les crises de l’époque. Il s’agit d’établir des espaces d’un ijtihâd concerté qui, à différents niveaux (des questions globales aux réalités nationales), réconcilient les musulmans ordinaires avec leurs références en leur restituant une parole, une compétence, une autorité. Les chantiers sont immenses : la promotion de l’esprit critique et la réforme de l’éducation islamique et générale ; l’élaboration d’une éthique musulmane en matière de science ; la proposition d’alternatives en matière économique globale autant que locale ; la transformation radicale du statut des femmes dans les sociétés et communautés musulmanes ; la démocratisation, la formation de la société civile autant que la gestion de la violence et du rapport à autrui, etc. La réforme radicale que nous appelons de nos vœux exige un déplacement du centre de gravité du pouvoir religieux à l’intérieur de l’univers islamique. Elle exige la conscientisation de chacun et établit que la libération des esprits et des consciences ne se fera que par la participation des acteurs directement concernés. Avec les ‘ulamâ’ des textes (an-nusûs) nous avons besoin de ‘ulamâ’ du contexte et de l’environnement (al-wâqi’) qui soient capables de donner, concrétiser un processus de réforme qui offre aux musulmans la possibilité de devenir une force de proposition pour transformer le monde et non seulement pour s’y adapter. Le rôle de l’Occident et de ses intellectuels est ici majeur : par leurs questions, par leurs critiques constructives, par leur capacité à écouter la multiplicité des voix qui s’expriment parmi les musulmans (et non pas seulement celles qui apparemment leur plaisent), ils peuvent devenir les partenaires de cette révolution de perspectives. Au creuset de cette dynamique, tous les acteurs de ce dialogue critique découvriront qu’ils partagent de nombreuses valeurs universelles communes malgré la différence de route qu’ils empruntent et qu’il est possible non seulement de cheminer ensemble mais de s’engager ensemble à rendre ce monde meilleur. Loin des sirènes qui appelleraient à une modernisation sans principes et sans âme, il s’agit d’établir ensemble les principes éthiques d’une réforme de la résistance et de la transformation du monde au nom de la justice et de la dignité des êtres humains malheureusement oubliés dans le désordre de l’actuel ordre globalisé. Tariq Ramadan
Dernier livre paru, Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?, éditions Archipel, janvier 2005 (Cliquez ici pour vous procurer ce livre) (site internet : www.tariqramadan.com) Derniers ouvrages :
Source : http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1998 « Pour la quasi-unanimité des savants en islam, il n’a jamais été fait de confusion dans la façon dont je suis avec Dieu, de l’ordre des affaires du culte qui regarde ma vie personnelle, et la façon dont je suis avec les hommes, de l’ordre du social. On ne divorce pas les choses mais on les distingue. Je suis avec Dieu d’une certaine façon et j’agis dans la rationalité pratique avec les hommes d’une autre façon. En islam, ne pas faire de différence, dire “tout est ensemble”, c’est une approche littéraliste, biaisée, fausse. Mais faire la distinction ne m’empêche pas de développer à partir de cette relation au divin une éthique, une façon de concevoir le bien et le mal. Si ma conscience devant le divin est de dire : “Essaye de cesser de mentir ; quand tu essayes d’être avec l’autre, respecte le pour sa dignité humaine et ne le condamne pas pour sa faute humaine, etc”. Si je vis avec ça, si je peux lire saint Augustin qui dit : “Aime et fait ce que tu veux”, comment pourrais-je laisser l’amour dont il me parle dans la vie privée et entrer avec la haine dans la vie publique ? » Olivier Roy: L'Islam MondialiséUn livre à lire de toute urgence.... Chapeau M. olivier roy, en tant que musulman, je vous dis merci pour votre livre remarquable ! Chroniques et points de vue
Amazon.fr Olivier Roy s'est imposé dès les années 1980 comme un des meilleurs spécialistes de l'Afghanistan, avec son livre sur ce pays, paru au Seuil en 1985: L'Afghanistan. Islam et modernité politique. Son champ de recherches s'est ensuite élargi à l'ensemble de l'islam politique. II est aujourd'hui celui qui connaît le mieux les réeaux islamistes dans le monde. L'auteur vu par l'éditeur Olivier Roy s'est imposé dès les années quatre-vingt comme un des meilleurs spécialistes de l'Afghanistan et des sociétés musulmanes. SDM Contrairement à l'idée selon laquelle l'Islam est une véritable idéologie politique et un "isolat culturel", l'auteur affirme qu'il s'agit plutôt d'un phénomène "global qui subit et qui accompagne la mondialisation." Ne vous laissez pas avoir, il ne s’agit absolument pas d’une attaque de l’islam contre la laïcitéM.Robert Fisk, je ne vous connais pas mais je tiens à vous remercier pour cet article. Je n'aurais pas dit mieux...Vous etes vraiment un bon !! Vous avez trés bien résumé ce que je pense de cette histoire des caricatures. Merci , merci et encore merci !!!!" Ne vous laissez pas avoir, il ne s’agit absolument pas d’une attaque de l’islam contre la laïcité "Auteur Robert Fisk
Résumé Toute l’histoire des caricatures n’a rien à voir avec une soi-disant attaque de l’islam contre la laïcité. Le fait est que les musulmans vivent leur religion au quotidien, dans leur culture. Pas nous. Ils ont préservé leur foi par delà d’innombrables vicissitudes historiques. Nous par contre avons majoritairement abandonné notre foi. C’est pourquoi nous disons que ce conflit implique « l’Occident contre l’Islam » et non les « Chrétiens contre l’Islam » — parce qu’il n’y a plus beaucoup de chrétiens en Europe. Et nous ne pouvons pas nous sortir de cette situation en faisant des courbettes à toutes les religions du monde puis en faisant semblant de ne pas comprendre pourquoi nous n’aurions pas le droit de nous moquer du prophète Mohammed.
SOYONS CLAIRE: LA FEMME EN ISLAMLa femme en Islam
1. Aspect spirituel Le Coran énonce clairement que les hommes et les femmes sont de même nature spirituelle et humaine. Les deux ont reçu le "souffle divin" qui leur a donné de la dignité et a fait d'eux les gérants de Dieu sur la terre. La femme n'est pas blâmée pour la "chute de l'homme". La grossesse et l'accouchement sont donnés comme des raisons pour aimer et apprécier les femmes et non comme punition pour "avoir mangé de l'arbre interdit". L'homme et la femme ont des devoirs et des responsabilités comparables et les deux font face aux conséquences pour leurs décisions et de leurs actions morales. Nulle part le Coran ne mentionne que les "hommes sont supérieurs aux femmes", à moins que le texte du Coran n'ait été pauvrement traduit en français. Le Coran indique clairement que la seule base de supériorité est la piété et la droiture, non le genre, la race, la couleur ou la richesse.
2. Aspect économique La loi islamique sauvegarde les droits des femmes avant et après le mariage. En fait, la femme reçoit une plus grande sécurité financière que l'homme. Elle a droit au plein montant de son cadeau de mariage. Elle a le droit de garder toutes les propriétés présentes ou futures et un revenu pour sa propre sécurité. Pendant ce temps, elle a droit à toute l'aide financière avant, pendant et après le mariage, sans égard à sa richesse personnelle. Les droits additionnels incluent l'aide pendant la "période d'attente" en cas de divorce et l'aide pour l'enfant. Cette aide garantie à toutes les étapes de sa vie constitue des avantages financiers sur les hommes, équilibrés partiellement par la moindre part d'héritage qui lui revient.
3. Aspect social
Une fille a le droit d'accepter ou de rejeter des propositions de mariage. Le mariage forcé sans le consentement mutuel est invalide selon les enseignements du Prophète Mohammad. La norme du mariage dans l'Islam est la monogamie. Cependant, comme plusieurs peuples et religions incluant les prophètes de la Bible, l'Islam a permis la polygamie déjà existante (polygynie) mais il la règle et la restreint. Elle n'est ni exigée ni encouragée. L'esprit de la loi est de prendre des mesures concernant les événements imprévus des personnes et de la collectivité (par exemple, les déséquilibres créés par les guerres) et de fournir une solution morale, pratique et humaine aux veuves et aux orphelins. Ceci peut expliquer pourquoi le verset qui règle la polygamie a été révélé après la guerre d'Ohod, dans la quelle des douzaines de musulmans furent tués, laissant derrière eux des veuves et des orphelins dans le besoin. Tous les intéressés impliqués dans un mariage polygame ont des options. Une femme ne peut être forcée à devenir une seconde épouse. La première femme qui n'accepte pas une situation de polygamie a le droit de demander le divorce. La responsabilité du mari sur l'entretien, la protection et la direction de la famille, en général, dans l'esprit de la consultation et de la gentillesse, est la signification du terme coranique "Qawwamoune". Ce terme est souvent mal traduit par "qui a de l'autorité sur les femmes". De la même façon Dieu a doté les hommes et les femmes de qualités physiologiques et autres, différentes et complémentaires mais également importantes. Ceci mène à certains rôles et devoirs différents mais complémentaires à l'intérieur de la cellule familiale. C'est ce à quoi le Coran réfère par le terme "Faddala", souvent mal traduit comme "parce que Dieu l'a fait supérieur à l'autre". Cette différentiation se retrouve strictement dans les rôles, non dans le statut ou l'honneur. Dans le cas d'une dispute familiale, le Coran exhorte le mari à traiter sa femme gentiment et à ne pas négliger ses côtés positifs. Si le problème est relié au comportement de la femme, son mari peut la rappeler à la raison. Dans la plupart des cas, cette mesure suffit. Dans les cas où le problème continue, le mari peut exprimer son mécontentement d'une autre façon pacifique, soit en dormant dans un lit séparé du sien. Cependant, il y a des cas où la femme persiste à maltraiter de façon délibérée son mari et néglige ses obligations conjugales. Au lieu du divorce, le mari peut avoir recours à une autre mesure qui peut sauver son mariage, du moins dans certains cas. Cette mesure est décrite plus précisément comme étant une petite tape sur le corps, mais jamais sur le visage, ce qui est plus une mesure symbolique que punitive. La loi islamique a bien précisé qu'avoir recours à cette mesure extrême et exceptionnelle considérée comme le moindre de deux maux (l'autre étant le divorce), est sujet à des restrictions explicites. Elle ne doit pas être sévère au point de causer des blessures ou même de laisser une marque sur le corps. Les lois américaines contemporaines ne considèrent pas une tape légère qui ne laisse aucune marque sur le corps comme un abus physique. C'est la même définition qu'ont donnée les juristes musulmans il y a plus de 1400 ans. Dans plusieurs paroles, le Prophète a découragé son utilisation, aussi légère soit-elle. "Ne frappez jamais les servantes de Dieu (les femmes)" a dit le Prophète, qui a démontré cette noblesse dans sa propre vie conjugale. Il s'ensuit que lorsque cette question est ramenée dans son contexte, elle n'a rien à voir au fait de sanctionner "l'abus" ou "la violence conjugale" qui est, malheureusement, répandu dans un pays tel que les États-Unis où toutes les 10 secondes une femme est battue et chaque jour quatre femmes sont tuées par leurs conjoints, ce qui fait de la violence conjugale la cause du tiers environ des meurtres commis sur les femmes aux États-Unis (1993). Dans tous les cas, les musulmans qui passent outre les enseignements de leur foi et commettent des excès doivent être condamnés; comme tous les autres transgresseurs sans distinction de religions. L'affirmation erronée que les excès commis par certains musulmans peuvent être mentionnés dans un des versets parmi les 114 sourates du Coran n'est pas plus vraie que d'affirmer que la violence qui sévit contre les femmes aux États-Unis peut être retrouvée dans la Bible. En répétant l'exhortation coranique sur le bon traitement envers les femmes, le Prophète Mohammad a clairement énoncé que "les meilleurs d'entre vous sont les meilleurs (dans leur conduite) envers leur familles et je suis le meilleur d'entre vous (dans ma conduite) envers ma famille". C'est l'exemple à suivre pour le croyant sincère qui dépasse les paroles pour aller directement à sa foi. Les formes de dissolution du mariage incluent un accord mutuel entre le mari et la femme, l'initiative du mari, l'initiative de la femme (si stipulée dans son contrat de mariage), la décision de la cour sur l'initiative de la femme (pour une cause) et l'initiative de la femme "sans cause" pourvu qu'elle retourne le cadeau du mariage à son mari. La garde des enfants après le divorce, selon la loi islamique, est le droit de la mère jusqu'à ce que l'enfant soit âgé d'environ sept ans, moment où l'enfant peut choisir le parent avec lequel il veut vivre. Toutefois, le principe directeur qui prévaut réside dans le bien-être de l'enfant et le droit des deux parents à avoir accès à leurs enfants.
4. Aspect légal et politique: Les
hommes et les femmes sont égaux devant la loi et les tribunaux. Les
changements dans le nombre de témoins, hommes et femmes, dans les
tribunaux ne figurent dans le Coran que dans le contexte des contrats
financiers. Le but est d'établir l'exactitude du témoignage, dans un
cadre donné et auquel les femmes peuvent ne pas avoir été exposées ou
être expérimentées en matières commerciales. Le juge peut cependant
décider d'assurer la justice sans égard au sexe des témoins. Ma religion ? l'islam !! attention terroriste potentiel !!C'est bon j'ai décidé de sortir du silence pour expliquer aux personnes qui viendrons sur ce blog ma religion, l'islam. J'éprouve une grande souffrance devant le fanatisme de certains et la malhonneté intellectuelle des autres... je me dis que je me dois de sortir du silence, je me dois de sortir de l'ombre pour essayer d'apporter un peu de lumiere et d'amour dans cet amas d'amalgammes. Je ne fais pas de prosélytisme, juste expliquer comment je vois la ma religion,
Je veux expliquer aux personnes que l'islam est bien plus multiple que les simplifications que l'on en fait.
Oui des fanatiques existent et on toujours existé dans l'islam, mais ils ont toujours étaient ultra minoritaire et ils le demeurent toujours contrairement à ce qu'on veut nous faire croire.
A bientot
ps: je dois avoir à l'heure actuelle environ 70 commentaires, je vais faire un billet dans les prochains jours pour répondre à chaqu'un d'entre eux. Je n'en n'efface aucun, ce blog est un lieu libre ou chacun peut dire ce qu'il pense dans le respect et la tolérance des croyances ou des non croyances de chacun. Je sais aussi que pour laisser des commentaire sur ce blog, il faut etre inscrit, avoir un compte , voici le lien d'un blog où vous pouvez laisser des commentaires sans avoir besoin d'etre inscrit, un lien pour que ceux qui n'ont pas de compte msn puissent laisser des commentaires aussi: http://djalim.blogspot.com/
Les musulmans doivent apprendre à prendre une distance intellectuelle critique
L’obsession identitaire des médias français
par Cédric Housez*
La société française se montre réticente à assumer son passé colonial et à accorder l’égalité en droits, dans les faits et non uniquement dans les textes, à ceux de ses citoyens qui sont issus de ces colonies. Cette inavouable xénophobie se traduit dans les médias dominants par un langage et un cadre de référence précis qui tendent à définir la nation par opposition à un islam imaginaire et repoussant. Cette rhétorique camoufle les conséquences socio-économiques de ce rejet en attribuant à des valeurs non occidentales, donc forcément impossibles à assimiler, la responsabilité de la marginalisation/communautarisation. Cédric Housez analyse en détails ce discours qui conforte à la fois le fond raciste de notre société et l’agenda politique d’un « occident » qui voudrait diaboliser le monde arabe pour mieux le piller en toute bonne conscience. ![]() Il est bien difficile de préciser ce qu’est une « nation ». La définition de ce concept polysémique représente pourtant un enjeu politique déterminant. A partir du milieu du XXième siècle, la France a connu une immigration importante en provenance de ses colonies, puis ex-colonies. Les individus issus de cette immigration font désormais partie intégrante du pays, dont ils sont citoyens, comme le sont, ou l’étaient, bien souvent leurs parents. Toutefois, une partie de la population française, dite « de souche », refuse encore de les considérer comme faisant partie de la communauté nationale. Longtemps, il a été de bon ton d’affirmer que seules les classes populaires ou moyennes, n’ayant pas digéré le traumatisme de la décolonisation algérienne et, formant massivement la base électorale du Front national, rejetaient cette partie de leurs concitoyens. Mais force est de constater que ce sont les élites politiques, économiques et médiatiques françaises qui sont, aujourd’hui, les principaux obstacles à la reconnaissance des droits des populations françaises d’origine africaine. Ces dernières années, les mobilisations nées dans les années 80 se sont intensifiées : les Français noirs et d’origine maghrébine ont réclamé l’égalité des droits avec leurs concitoyens, une égalité reconnue juridiquement mais démentie dans les faits. Ce renouveau revendicatif, dont l’expression médiatique la plus connue s’est incarnée dans l’appel des « Indigènes de la République », s’inscrit dans un contexte international où la stigmatisation d’une identité musulmane, présentée comme unifiée et porteuse de menace, permet de justifier des guerres de ressources ou des re-colonisations. Récemment, les médias français ont donc montré un intérêt particulier pour des « questions de société » ou donné une lecture des évènements nationaux et internationaux qui ont permis, par association, de présenter une partie des citoyens français comme étrangers à la communauté nationale, et d’inventer une identité française, non plus républicaine mais « occidentale ». Ce biais induit spontanément une approbation de certaines politiques. L’islam fantasméL’islam est sans doute l’un des sujets qui aura fait couler le plus d’encre en France ces dernières années. La plupart des titres de la presse papier mainstream y ont consacré des dossiers spéciaux. Il faut ajouter à cela une lecture « islamisée » de diverses questions politiques, nationales ou internationales. Les médias audiovisuels n’ont pas été en reste et les émissions de « débats », dont radios et télévisions sont friandes, ont souvent porté sur ce thème. Le Point publia un dossier intitulé « Les islamistes et nous » [6], dans lequel les mosquées françaises étaient présentées comme un terreau fertile pour l’islamisme, lui-même principal vecteur idéologique du terrorisme [7]. Le dossier aboutissait logiquement à un soutien, plus ou moins affiché, à la politique états-unienne actuelle. L’Express développa une approche très similaire dans son dossier sur « la montée de l’islam en Europe » [8], quelques mois plus tard, et présenta la présence de l’islam dans l’Union européenne, et même la diversité religieuse et culturelle dans son ensemble, comme des dangers pour l’Europe, et par extension pour « l’Occident » [9]. Une semaine plus tard, c’était au tour du Nouvel Observateur, concurrent de centre-gauche des deux hebdomadaires précédemment cités, de rédiger un dossier spécial sur l’islam en France [10]. Bien que se montrant moins virulent dans sa critique que ses confrères, cette religion y était également présentée comme une menace potentielle. Ainsi, les journalistes Marie-France Etchegoin et Serge Raffy ouvraient leur propos sur ces interrogations inquiètes, à peine contrebalancées par une question rhétorique plus positive à la fin : « faut-il redouter une montée de l’intégrisme dans notre pays ? L’islam est-il une menace pour la laïcité, un nouvel opium pour les jeunes des banlieues en mal de repères ? Ou se révélera-t-il, comme jadis le catholicisme, beaucoup plus soluble qu’on ne l’imagine dans la République ? ». Le dossier consacrait également un encart, fort peu critique, aux mesures de contrôle des mentalités des musulmans mises en place dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg [11], une innovation politique applaudie par les principaux théoriciens de « l’islamophobie », à l’instar de Daniel Pipes [12]. Ces mesures partent du postulat que les musulmans peuvent être davantage suspectés que les autres d’être des adversaires des valeurs démocratiques. ![]() D’une manière générale, les médias français dépeignent l’islam comme une menace pour les lois de la République, pour la laïcité, pour la liberté d’expression, pour les droits des femmes et, via le terrorisme qui lui est souvent associé, pour la sécurité du pays ou de « l’Occident » dans son ensemble. Il est souvent associé à l’islamisme, qui est présenté pour sa part, suivant une rhétorique importée des cercles néo-conservateurs aux États-Unis, comme un nouveau totalitarisme, comparable au nazisme ou au stalinisme. Cette analogie s’appuie sur des amalgames boiteux et sur une vision unifiée d’un fondamentalisme musulman et même du monde musulman, qui dénote une méconnaissance totale de l’islam. Ceux qui pratiquent ces associations évitent de justifier le lien entre islamisme et fascisme et préfèrent employer des néologismes à l’impact marketing bien plus fiable qu’une démonstration argumentée. On a ainsi vu l’essayiste médiatique et chroniqueur au Point, Bernard Henri Lévy utiliser le terme « fascislamiste » et l’éditorialiste du Figaro, Yvan Rioufol, parler pour sa part de « nazislamiste ». Ces mots font écho au terme de prédilection du coordinateur des faucons états-uniens, Frank Gaffney, adepte pour sa part de l’épithète « islamofasciste ». Les deux éditorialistes ne sont pas les seuls en France à pratiquer ces jeux de langage. La plupart des auteurs des articles consacrés à l’islam ou des éditorialistes se focalisant sur ce sujet se défendent de pratiquer un amalgame entre islamisme et islam ou affirment ne pratiquer qu’une critique légitime d’une religion. Notre intention n’est pas de défendre une religion ou de restreindre sa critique, nous observons simplement que nombre d’entre eux instrumentalisent la critique de l’islam pour en faire un moyen déguisé, et légal, d’appeler à la haine et à la discrimination à l’encontre d’une population. L’islam est donc le prisme au travers duquel les populations issues des anciennes colonies françaises sont présentées et au travers duquel il est possible de les stigmatiser en tant que groupe. Rappelons que cette association est devenue si naturelle aux yeux de certains hommes politique que lorsque le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, développa ses idées en faveur de « l’intégration » des populations issues de l’immigration maghrébine dans l’émission 100 minutes pour convaincre de la chaîne de télévision d’État, France 2, le 9 décembre 2002, il se déclara favorable, entre autres mesures, à la nomination d’« un préfet musulman ». Histoire « communautaire » ou Histoire universelle ?La représentation des populations françaises originaires du Maghreb, d’Afrique noire et même parfois des DOM-TOM, reste fondamentalement marquée par les représentations coloniales. Il est enfin bien difficile pour la France, d’accepter que nombre de crimes coloniaux ont été commis sur ordre de dirigeants politiques qui restent des figures tutélaires révérées en raison de leur action en métropole. Nombre d’entre eux continuent d’occuper les Hit-parades des personnalités historiques préférées des Français. Leurs crimes sont mal connus dans la population, les programmes scolaires s’étendant rarement sur le sujet. Or, l’affirmation politique des minorités ethniques en France passe par une remise en cause des préjugés coloniaux et même par une volonté de déconstruire l’imagerie, globalement positive, liée à cette période. On a assisté ces dernières années au développement d’un mouvement d’opinion cherchant une reconnaissance des crimes commis par les dirigeants français successifs dans les colonies. Une revendication particulièrement mal perçue par une majorité des élites politiques et médiatiques. En 1998, la député radicale de gauche de Guyane, Christiane Taubira, a proposé une loi à l’Assemblée nationale visant à faire reconnaître la traite et l’esclavage comme un crime contre l’Humanité. Cette loi fut adoptée en mai 2001. Le débat ouvert à cette occasion n’est cependant pas clos dans l’arène médiatique et il a retrouvé en 2005 une vigueur qu’il n’avait pas connue auparavant. Le 23 février 2005, un collectif de député de la majorité parlementaire fit adopter un amendement louant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » [19]. Cette loi provoqua d’abord une réaction indignée de l’Algérie puis la colère des organisations militant pour l’égalité de tous les citoyens français. À cette querelle est venue se mêler la relance de la demande de reconnaissance de l’esclavage comme d’un crime contre l’Humanité, soutenue, voire initiée, par l’action médiatique de l’humoriste Dieudonné. Enfin, la sortie, à l’approche des commémorations du bicentenaire de la victoire napoléonienne d’Austerlitz, du livre de l’historien et philosophe Claude Ribbe, Le crime de Napoléon [20], sur le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802 et les massacres commis par les forces françaises contre les Noirs révoltés, a provoqué un embrasement médiatique sur la question de l’histoire de France. La dénonciation des crimes coloniaux et de l’esclavage a été globalement critiquée dans les médias mainstream qui la présentent comme une expression politique communautariste, voire comme une marque d’hostilité contre « les Français ». Ce faisant, ceux qui manient cet argumentation excluent les populations noires ou arabes de la communauté nationale. En outre, ils disqualifient une revendication républicaine d’égalité en la qualifiant de « communautariste », alors que leur déni de l’Histoire manifeste un communautarisme blanc.
La présentation d’un islam militant, adversaire de la démocratie, et voulant imposer ses valeurs à « l’Occident » et la dénonciation de la mobilisation en faveur de la reconnaissance des crimes coloniaux ont fini par former un agrégat argumentatif : les populations issues de l’immigration africaine souhaitent imposer leurs valeurs (« islamistes ») et leur lecture (« communautariste ») de l’Histoire à la communauté nationale française. « L’insécurité » : pourquoi nous haïssent-ils ?En plus de l’Histoire et des valeurs françaises, les populations françaises issues de l’immigration africaine sont présentées comme une menace pour la sécurité des autres Français. Souvent, les médias français ont communautarisé les faits divers. Préciser l’origine, même lointaine, de l’auteur d’un acte délictueux, quand il est d’origine africaine, est une pratique journalistique malheureusement fréquente. Cette notification démontre que pour un grand nombre de journalistes, ou au moins de rédacteurs en chef, la précision de l’origine d’un délinquant ou d’un criminel est une information ou un élément d’appréciation pertinent permettant au public de mieux appréhender l’événement. Toutefois, cette pratique était rarement commentée et s’accompagnait rarement d’une théorisation permettant de la justifier. Il s’agissait pourtant de la mise en parallèle d’un acte délictueux et d’une origine, donc d’une tentative d’explication de l’acte antisocial par l’ethnie. Or, pendant longtemps, seule l’extrême droite assumée osait affirmer clairement ce supposé lien. Pierre Tévanian a analysé dans son livre Le ministère de la peur [25] comment les entrepreneurs en sécurité publique, les hommes politiques et les médias avaient progressivement dissocié la délinquance des questions sociales pour petit à petit l’ethniciser en multipliant les références lexicales empruntées au vocabulaire colonial. Aujourd’hui, nous sommes arrivés au terme de ce processus et le lien raciste entre violence et origines ethniques est désormais assumé. ![]() Lors des émeutes de novembre 2005, un certain nombre d’éditorialistes, de commentateurs ou d’experts médiatiques ont également avancé l’idée que, non seulement, les violences avaient des mobiles ethniques ou religieux mais qu’elles exprimaient une haine de la République française en tant qu’institution, voire un rejet de « l’Occident ». Philippe Val présenta les émeutiers comme des hordes antisémites [28]. Alain Finkielkraut, dans une désormais célèbre interview à Ha’aretz [29] », dénonça également l’antisémitisme des émeutiers et affirma que c’était l’identité judéo-chrétienne de la France qui était visée par les violences. L’essayiste médiatique avait consacré une partie de ses nombreuses interventions dans la presse mainstream les mois précédents, à dénoncer le développement d’un « racisme anti-blanc » chez les jeunes noirs et arabes français suite à des agressions survenues au cours des manifestations lycéennes de février et mars 2005 [30]. Non seulement les violences en France sont présentées comme étant majoritairement le fait de groupes classés ethniquement, mais elles peuvent également être présentées comme l’expression d’une haine raciste. Bref, elles sont analysées selon une grille de lecture similaire à celle qui a prévalu après les attentats du 11 septembre 2001 : il s’agit d’une déclaration de guerre du monde musulman à un « Occident » judéo-chrétien et démocratique haï. Une définition en négatif qui mène vers quoi ?Comme on peut le voir, les populations françaises originaires des anciennes colonies sont publiquement affublées d’une série de défauts qui les éloignent symboliquement du reste de la communauté nationale : tentées par l’islamisme, développant des systèmes de valeurs incompatibles avec les valeurs républicaines, ils sont incapables de s’intégrer à une communauté française « de souche » et souhaitent donc la transformer à leur image par l’influence ou la violence. Bref, ils veulent créer une « Eurabie » en France et en Europe. Certes, les médias dominants livrent rarement un portrait aussi cru et ils donnent régulièrement la parole à des Français noirs ou d’origine arabe présentés comme des modèles. Mais le fait même de les présenter comme des modèles les place en position d’exception. Même si les Français arabes ou noirs ne sont pas toujours dépeints expressément selon un portrait raciste, que reste-t-il chez les lecteurs des analyses successives associant ces Français à des « immigrés », forcément « musulmans », par conséquent tentés par « l’islamisme » et donc hostiles ? Et surtout, que faut-il penser des représentations intellectuelles de ceux qui dressent ce portrait par petites touches au travers de leurs articles ? Ce portrait permet de construire une image inversée de l’identité française selon les médias dominants. C’est l’image d’une France appartenant avant tout à « l’Occident », ensemble culturel judéo-chrétien et démocratique dont l’action est globalement bénéfique pour le monde. Comme les populations originaires d’Afrique ne parviennent pas à « s’intégrer » en France, il faut conclure que les différences culturelles entre le monde « musulman » et le monde « occidental » sont très importantes et surtout que les civilisations sont globalement imperméables. La France est aussi menacée parce qu’occidentale.
Caricatures...Des caricatures de "terroristes" avec des bombes ou des sabres, ils y en a mille et même dans les journaux satiriques arabes. Caricaturer un terroriste islamiste, ok mais le journal de droite caricature le prophète de l'Islam. Ce n'est plus le terroriste qui est vecteur de terreur mais le prophète des musulmans. Donc la religion musulmane est vecteur de terreur. Les 1 milliards 400 millions de muslims sont donc assimilés à des terroristes par ces caricatures. Est-ce cela la liberté d'expression ? Les pogroms commencent toujours Par des campagnes de presse.
2) J'aime Hitler, à mort les juifs avec leurs nez crochus, les juifs sont des radins. Et les noirs, des singes, des mangeurs de bananes et cannibale à leurs heures perdues, des analphabètes juste bon à courrir et danser. Les arabes ? Des arrières, egorgeurs de moutons, des masochistes fracassant leurs femmes et leurs filles, des terroristes enragés. Est ce la liberté d'expression ou l'expression libre de la haine ?
ps : commentaire pris sur ce lien : http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=50551#commentaires ca exprime en parti ce que je pense !! mon billet va venir ... |
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