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    SOLIDARITE GAZA PALESTINE

    SOLIDARITE  GAZA  PALESTINE

    CONTRE  LE  BLOCUS

    ET  LES  CRIMES  DE  GUERRE  D'ISRAEL

     

    SAMEDI  6  DECEMBRE  2008

     

    JOURNEE  NATIONALE  D'ACTION

     

     

    Jusqu'à quand nous tairons-nous devant la mort lente subie par la population de Gaza (1.500.000 personnes) depuis janvier 2006 suite au blocus terre-air-mer imposé par la puissance coloniale sioniste, qui peut compter sur le silence complice de l'Union Européenne et de la France et sur la collaboration active de certains Etats arabes tels que l'Egypte, en vue de mettre les Palestiniens à genoux.

     

    En conséquence de cette guerre :

     

    80% de la population de Gaza vit en-dessous du seuil de pauvreté, 1.100.000 personnes dépendent des aides humanitaires, 60% des enfants souffrent de malnutrition, 260 personnes sont mortes soit parce qu´elles ont été empêchées d´aller se faire soigner à l´étranger, soit par manque de médicaments.

    Le taux de chômage atteint 65%, 97% des usines et des ateliers ont cessé de travailler, le revenu par personne est de 443 euros par an, soit 1.36 euros par jour.

    La liberté de circulation entre la bande de Gaza et la Cisjordanie , Jérusalem et le monde extérieur est bloquée, plus de 1.500 cargaisons et containers de matières premières sont détenus dans les ports israéliens, les projets de construction et de développement des hôpitaux, des cliniques et d´établissements éducatifs sont suspendus et les coupures de courant dépassent les 10 heures par jour.

    MANIFESTATION

    SAMEDI 6 DECEMBRE 2008

    DEPART 15 HEURES

     

    METRO DENFERT ROCHEREAU

    JUSQU'A L'INSTITUT DU MONDE ARABE

     

     

    Premiers signataires :

    Association des Palestiniens en France (Al Jaliya), Comité palestinien pour le droit au retour, Ijtihad, ISM France, Euro-Palestine

    Le procès perpétuel de Tariq Ramadan

    Comme toujours et à tout sujet, il est nécessaire de dépasser les images d'Epinal véhiculées par les émissions de télévision, de radio, et les certains titres de la presse française. Sans quoi l'opinion, même fausse, de quelques uns, s'impose à tous. Par une concordance de diatribes, d'éditoriaux ou de reportages haineux, la cabale a tôt fait de broyer son homme et de réduire sa vie à néant. Et ceci depuis toujours. Déjà, en 1936, le ministre de l'intérieur Roger Salengro s'était suicidé à la suite des persiflements des journaux d'extrême droite. Dans le registre sulfureux qui sied à notre époque, un homme public comme Dominique Baudis a lui aussi eu à souffrir de ces manipulations. Dès qu'elles se concentrent sur une personne, il faut se défier des attaques, et interroger les motivations de leurs auteur(e)s. Aussi, si l'on se concentre sur les débats contemporains, il apparaît clairement que certains thèmes sont particulièrement forts en passions, et fournissent des victimes potentielles à foison. Les réflexions médiatisées sur l'Islam (rarement les meilleures - qui a déjà entendu parler de la collection Téraèdre ?) répondent à cette définition. Outre les propos outranciers de certains, qui se décridibilisent de par la vulgarité de leur pseudo-pensée, il existe d'autres formes d'intolérance plus ou moins insidieuses dans les formes, toujours violentes dans le fond. Prenons l'exemple de Tariq Ramadan. Décrié, presque insulté, par de tristes personnages tels que Caroline Fourest et ses acolytes, à travers des instruments de communications dont leur "cible" ne dispose pas, il peut être légitimement considéré comme l'objet d'un dénigrement quasi-quotidien, comme un prévenu condamné à se taire lors de son procès perpétuel, instruit par des idéologues qui avancent masqués.

    Depuis son fameux article "Les nouveux intellectuels communautaires", Tariq Ramadan est clairement montré du doigt par une intelligentsia autoproclamée, emmenée par des "penseurs" comme BHL ou Alexandre Adler... Brillantes références. Quel fut son tort ? Celui de dénoncer le sionisme forcené de ceux qui aujourd'hui n'ont que l'invective pour réponse ? Il faut le croire. Ce n'est pas une insulte, c'est un constat, et il est d'autant plus étonnant que les personnes concernées ne l'aient pas perçu ainsi, mais comme un dévoilement d'un honteux secret qu'elles cherchaient à celer. Hélas, ces derniers n'ont eu cure de l'élégance dans l'exercice de leur droit de réponse, mêlants injures à des contre-vérités révélatrices de leur démarche intellectuelle. Ainsi BHL, qui fait de M. Ramadan un "imam", un "antisémite", avant de rappeler son ascendance (Tariq Ramadan est le petit-fils d'Hassan Al Banna). Le lecteur averti appréciera donc la finesse de l'argumentation, qui ne se distingue que par son excès. Enfin, le même lecteur, s'il veut supporter la lecture de cette chose, devra pardonner à BHL sa méconnaissance profonde du monde arabo-musulman, qui est peut-être à l'origine de son ton si paternaliste. Quant à Alexandre Adler, personne ne sait à quoi il joue, mais il est assez pathétique (cf le billet sur ses propos racistes envers Hugo Chavez).

    Mais ce billet n'aurait pas de raison d'être sans l'évocation de Caroline Fourest. Il semble qu'elle ait trouvé sa vocation dans l'acharnement envers le penseur suisse. Refusant les débats à la télévision romande, elle préfère se retrouver seule face à Ardisson, où elle peut distiller son venin sans avoir à surmoner la contradiction. Enchaînant les mensonges et les dénis de réalité, cette journaliste s'est épuisée à vociférer, propageant ses idées sans rencontrer d'obstacles, tant le consensus autour de la condamnation de Tariq Ramadan semble large. Ne pouvant s'en tenir là, elle et ses complices on récemment commis un ouvrage (fermement dénoncé dans les colonnes du Monde par d'éminents penseurs tels que Bruno Etienne et Jean Baubérot) où sont condamnés, au nom des "Lumières", ceux qui n'entrent pas dans le moule de leurs catégories sectaires, répandant au passage le myhe de l'anti-France. Au prix de simplifications lénifiantes, ce livre est en réalité une charge envers tout musulman non athée. Si c'est là le visage de la gauche libertaire... L'obscurantisme est bel et bien là. Chez Caroline Fourest.

    Néanmoins, Tariq Ramadan ne bénéficie pas de l'exclusivité de ce privilège. Xavier Ternisien, qui tenait un blog sur le site du Monde avant d'être contraint à le fermer devant les coups bas qui lui étaient infligés, le lui dispute. Dans un article publié dans le magazine Pro-Choix, la même Caroline Fourest décharge une nouvelle fois sa haine, et en profite pour mettre à jour ses méthodes d'investigations : procès d'intentions, citations tronquées, montages,... On ne change pas une recette qui gagne. Reprenant les allégations scanaleuses de l'extrême droite, on aligne les mensonges sans vergogne. M. Ternisien le prend, et c'est tout à son honneur, avec humour : "Pour résumer l'article, je serais pédophile et je participerais à des ballets bleus avec Tariq Ramadan à Genève." A certains la haine, aux autres la dignité.

    Pour des raisons au mieux commerciales, au pire islamophobes, la majorité des médias français entretient le rejet du dialogue avec les intellectuels musulmans ou orientalistes ne rentrant pas dans le rang, comme Tariq Ramadan ou Xavier Ternisien. Cette vague d'intolérance permet à d'obscurs journalistes de se faire un nom dans des cercles soi-disant scientifiques, même au prix d'ignominies rarement assumées. "Islamiste" désigne moins sous leur plume une réalité qu'une insulte disqualifiante, au même titre que "gauchiste !" ou "facho !" le furent à une époque, mais l'extrême simplisme de leur raisonnement ne leur barre malheureusement pas le chemins de plateaux de télévision, friands de scandales et d'idéaux en carton-pâte.

    Texte super pris sur :

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    Quel humanisme pour l’islam ? (1/3)

    Quel humanisme pour l’islam ? (1/3) 

    27 juin 2006

    par Tariq Ramadan

     

    Existe-t-il dans la réflexion des penseurs, des philosophes et des savants musulmans, telle qu’elle s’est développée au cours de l’histoire, quelque chose que l’on puisse nommer humanisme ?

     

    Avant de tenter une réponse à cette question, il faut prendre garde au sens que nous donnons au mot humanisme. S’agirait-il seulement de ce moment de la tradition occidentale - le XVIème siècle - où l’humanisme s’est exprimé quant au rapport de l’homme avec le Transcendant, soit que les humanistes réagissent à la manière dont ce rapport était perçu par l’institution cléricale, soit aussi, parfois, qu’ils contestent ce rapport, comme si l’humanisme c’était alors affirmer que l’homme se dégage ou se libère de Dieu ?

     

    Or il nous semble - c’est la thèse que l’on va défendre ici - qu’il y a une dimension de valorisation et d’affirmation de la personne humaine dans les traditions religieuses. Cette dimension n’a peut-être pas toujours été mise en évidence mais elle est néanmoins, dans toutes les traditions religieuses, un élément constitutif de la pensée spirituelle et du rapport à la Transcendance.

     

    Pour échapper à une lecture du mot "humanisme" liée au moment de la Renaissance en Europe, nous partirons d’une définition de l’humanisme extrêmement simple : mettre l’humain au cœur de la préoccupation de l’homme. L’humanisme, c’est la valorisation de l’humain dans les préoccupations de l’homme vis-à-vis de lui-même. C’est tout à la fois la valorisation de son être, celle de ses facultés, de ses compétences, la valorisation de son projet personnel, collectif et aussi de son projet au-delà de la vie, si l’on se réfère aux traditions religieuses. Dans le rapport au Transcendant, cela aura évidemment des conséquences.

     

    A partir de cette définition, nous pouvons poser la question : que dit l’Islam sur le rapport de l’être humain à lui-même ? Aussitôt, cependant, plus en amont, il nous faut poser une autre question : que dit l’Islam de la conception de l’homme ? Mais alors, qu’entendrons-nous par conception de l’homme ? Nombreux sont ceux en Occident, notamment des philosophes, qui, entrant dans l’univers de la tradition musulmane, citent Averroès, Avicenne, Al-Farabi, Al-Kindi ... et font référence aux concepts utilisés par ces auteurs, par exemple la conception de l’homme. Mais ont-ils fait le détour de pensée nécessaire pour comprendre le sens profond des concepts ainsi utilisés ? pour savoir d’où ils proviennent et de quelle conception de l’homme ils parlent, de quel homme il est question ? Il se pourrait bien, finalement, que nous parlions de l’être humain sans en avoir la même conception.

     

    Il nous faut donc d’abord parler de la conception de l’homme dans la tradition musulmane et bien la préciser. Nous pourrons ensuite mettre en évidence les qualités qui, selon cette tradition, sont celles de l’être humain. Nous terminerons en nous posant la question du rôle de la Révélation dans cette conception de l’homme.

     

     

    La conception de l’homme dans l’Islam.

     

     

    La tradition musulmane nous dit : "l’élan de la foi est constitutif de la personne humaine". On pourrait parler aussi d’élan du cœur, d’élan vers la transcendance. Ce n’est pas seulement la tradition mystique, la tradition soufie, qui le dit (cf. Ibn Arabi). Tout l’Islam partage cette affirmation. Elle est au cœur de sa conception de l’homme. Cela veut dire, notamment, que pour l’Islam la foi précède le rationnel. Nous y reviendrons.

     

    Prenons donc les trois thèses fondamentales par lesquelles Averroès (1126 - 1198) pose sa conception de l’homme. Averroès - on ne le dit pas suffisamment - n’est pas seulement le rationaliste que l’Occident a vu en lui. Il est aussi un mystique et un juriste et c’est entre ces deux piliers que se place sa rationalité. L’Occident l’a trop souvent oublié, sans doute parce que cela confirmait ses propres tendances.

     

     

    L’aspiration vers le transcendant : le premier élément de la conception de l’homme.

     

     

    Selon la tradition musulmane, lors de la création, existe un moment très particulier où l’on voit Dieu tirer des reins d’Adam l’ensemble de sa descendance et demander à chaque descendant d’attester qu’il n’y a qu’un Dieu : et les enfants d’Adam attestent qu’il n’y a qu’un Dieu ; et le verset termine : pour que vous ne disiez pas le jour du jugement que vous ne saviez pas. Ce récit - que les soufis expriment souvent sous forme de symboles mais que la tradition orthodoxe comprend de façon littérale - est à prendre comme une image. Quelle est sa signification ? C’est que la conscience humaine a l’intuition de l’Un. Par ce récit, il est reconnu que l’homme a une connaissance intuitive de l’Un. Ce qui veut dire, comme les études de Mircea Eliade l’ont confirmé de nos jours, que l’élan vers le spirituel, vers le transcendant, vers quelque chose qui dépasse l’humain, est constitutif de la conscience humaine. Le religieux est constitutif de la structure de la conscience humaine, dit Mircea Eliade. Où qu’il ait porté ses études, il a constaté que quelque chose s’exprime en l’homme qui le pousse à aller au-delà de lui-même, au delà du matériel, à la recherche d’autre chose. Dans la tradition musulmane, cet autre chose c’est l’Un(1).

     

    L’aspiration de l’être vers le Transcendant est donc, pour l’Islam, le premier élément de la conception de l’homme, un élément fondamental, constitutif de notre être. Dans le Coran, on l’appelle al-Fitra, l’aspiration originelle vers l’Un. La formule coranique dit plus précisément : l’aspiration originelle par laquelle Dieu a créé l’homme. Il faut comprendre par là qu’il n’y a pas de changement depuis la création, comme s’il s’agissait de la confirmer : vous êtes tous fils d’Adam, votre fraternité est dans votre origine et dans votre constitution (ce que confirme aujourd’hui la génétique), et donc, en chacun de vous, existe cette aspiration originelle vers le Transcendant. C’est l’élément premier. C’est comme un souffle intérieur qui anime chacun de nous.

     

    Cela signifie que tout ce qui va surgir par la suite dans l’esprit de l’homme ne consistera finalement qu’à éveiller ce souffle et en révéler la présence. Car, à notre création même, nous avons été dotés de facultés qui vont nous permettre d’approfondir et d’orienter ce souffle, d’en confirmer la présence en notre être. N’est-il pas remarquable qu’à l’intérieur même de l’être humain, de soi à soi, nous ayons des facultés qui ont chacune des missions particulières ? Le cœur, d’abord, aura une mission : maintenir l’étincelle et illuminer l’être. La raison, ensuite, aura une mission : revenir à la source et confirmer l’étincelle, confirmer le donné de foi.

     

     

    La confirmation intérieure de l’aspiration originelle. La raison confirme la foi

     

     

    La première chose demandée à l’homme est en effet une confirmation intérieure, une confirmation du cœur d’abord, qui va passer par l’écoute de sa propre spiritualité : c’est la dimension mystique. Mais aussi une confirmation qui passera par l’usage de sa raison. Car, pour l’Islam, la raison confirme la foi ; jamais elle ne la déforme, ni ne s’en éloigne, ni ne la précède.

     

    On voit tout de suite, sur ce point, la différence avec l’Occident. Ce qu’ont dit Feuerbach ou Nietzsche, ce que peuvent dire, nourris par ces idées, des auteurs comme Camus ou comme Sartre, ne correspond absolument pas à la conception musulmane. Dès le Moyen-Age, la réflexion sur le rapport raison et foi n’est pas du tout de même nature en Chrétienté et en Islam.

     

    Plus encore qu’Averroès, nous pouvons évoquer ici la tradition d’un homme trop peu connu en Europe (il est pourtant à la base de la réflexion qui, par l’intermédiaire de saint Anselme, conduisit au doute cartésien). Il s’appelle Abu Hâmid al-Ghazali, mort en 1111. Il a mis en évidence un aspect très important de cette réflexion sur le souffle intérieur et sur cette confirmation de ce souffle qui en appelle à toutes nos facultés. Dans un texte qui s’appelle La revivification des sciences religieuses et dans un autre appelé en français Erreur et délivrance (en arabe, mot à mot, comment se délivre-t-on des ténèbres de l’inconnaissance, de l’ignorance) Abu Hâmid al-Ghazali tente - nous sommes au 12ème siècle, donc bien avant la Renaissance - toute une réflexion sur le rapport foi et raison. Il met en évidence qu’il ne peut y avoir de foi vivante sans raison active. L’une ne va pas sans l’autre. En raison même de la constitution de notre esprit, Dieu a mis en nous une étincelle et demande à notre raison de la confirmer.

     

    Un texte coranique dit : nous leur montrerons nos signes en eux-mêmes et dans les horizons. Ce texte veut mettre en évidence que la raison, pour confirmer la foi, ne cherche pas des éléments mais véritablement des signes. Quelle différence entre un élément et un signe ? Elle est exprimée dans le Coran à travers une formule tout à fait intéressante : Le soleil et la lune sont selon des cycles déterminés ; cela s’adresse à la raison. Et dans le verset suivant il est dit : l’arbre et l’étoile se prosternent ; cela s’adresse à la foi. Voir un arbre, c’est voir un élément. Mais savoir qu’il se prosterne, c’est savoir qu’il participe de la création et qu’il a un acte de reconnaissance du Divin ; c’est un signe. L’un parle à la raison, l’autre à la foi. L’idéal est de réunir les deux. Quand on sait que l’Univers est en prosternation éternelle, on a d’autres façon d’agir à son endroit. On ne maltraite pas qui se prosterne. Il nous faut penser que l’Univers est tout le temps en prière. Cela changerait notre mode d’action sur la planète. Cela serait une écologie fondamentale.

     

    Il s’agit donc, finalement, de marier la foi et la raison. Il y aura une confirmation qui passera par la recherche intérieure. Aller vers Dieu, c’est d’abord retourner vers soi, c’est aller chercher l’étincelle intérieure. Mais aller vers Dieu, c’est également, par la raison, étudier l’ensemble des signes qui sont dans les horizons : l’Univers entier, dans son ordre, nous rappelle qu’il est un Univers créé et qu’au-delà de la création il y a un Créateur. Si je me connais, je m’approche de Qui me connaît et m’a créé ; si je connais le monde, je m’approche de Qui a créé ce monde. Il y a une connaissance nécessaire à la confirmation de la foi. Le rôle de la raison est donc essentiel : la raison se situe entre moi et moi pour confirmer l’étincelle intérieure du cœur ; elle se situe entre moi et le monde pour me rappeler qu’il y a un Univers créé.

     

     

    Le mariage foi et raison : ce qui nous fait devenir hommes

     

     

    Il faut aller plus loin. Le mariage de la foi et de la raison n’est pas seulement que la raison dise : tous les éléments sont créés, cela confirme qu’il y a un Etre qui nous a créés, cela confirme le "souffle" qui nous anime. C’est autre chose encore. Il y a dans la tradition musulmane une idée beaucoup plus importante, que l’on trouve par exemple chez Al-Farabi, que l’on connaît aussi dans la philosophie antique grecque : le rapport foi et raison est ce qui nous fait devenir des hommes.

     

    L’humanité se gagne et nous avons, tous, à devenir des êtres humains. Un oiseau, dans l’accomplissement de son être, ne répond qu’à l’ordre de son instinct. Un être humain, au contraire, pour qu’il s’accomplisse en tant que tel comme Dieu l’attend de lui, doit cheminer et se construire par un mariage tout à fait subtil, mais permanent, d’une raison qui agit et d’une foi qui éclaire. Je deviens être humain lorsque ma raison, illuminée par ma foi, me pousse à devenir maître de moi-même.

     

    Si on observe un être humain depuis son enfance, il n’apparaît pas naturellement généreux, altruiste, calme, plein de spiritualité. Il suffit de regarder un enfant dont le réflexe est de dire : "cela est à moi". Si on le lui prend, il se fâche. Les dimensions de la possession, de la colère, de la violence, nous habitent naturellement. Comment devient-on un être humain ? par une raison orientée et illuminée par la foi et qui fait un travail d’éducation. Un être humain parvient à son humanité par une éducation permanente, spirituelle et rationnelle. Il maîtrise sa colère, maîtrise sa violence, maîtrise les choses les plus intimes.

     

    Mais est-ce tout ? Si l’on doit, pour devenir un être humain, maîtriser en nous les choses les plus intimes, cela veut dire aussi qu’il faudra maîtriser des choses externes à nous-mêmes, par exemple les éléments de notre connaissance. Pour l’Islam est jugée très dangereuse l’attitude qui consisterait à affirmer que toute connaissance vaut par elle-même, quelle qu’en soit la portée. Nous ne pouvons être d’accord : tout comme on doit avoir une maîtrise intérieure, tout comme il nous faut maîtriser notre ego pour accéder à la qualité d’être humain, de la même façon nous devons maîtriser notre connaissance. C’est là un point fondamental pour tout le rapport qu’il y aura entre les sciences et le religieux à partir de la Renaissance. Au nom de quoi limite-t-on une science ? Aujourd’hui, il faut le souligner, nous sommes pleinement dans ce débat éthique avec la question de l’éventualité du clonage humain.

     

    En résumé, la conception de l’homme pour l’Islam se décline en trois dimensions fondamentales que nous avons mises en évidence :

    • la foi première, constitutive de l’être de l’homme,

    • la raison, confirmatrice de la foi,

    • la nécessité du mariage entre les deux, pour que nous devenions des êtres humains dans un rapport d’illumination et de maîtrise. Illumination par la foi pour mieux maîtriser notre raison et son savoir, mais une raison active pour orienter notre foi.

    Une formule coranique nous dit : ceux, parmi les gens qui craignent, c’est-à-dire qui accèdent à la crainte révérentielle de Dieu, ceux qui y accèdent le plus sont les savants. Plus je sais, mieux je crois ; plus grande sera la connaissances, meilleure sera la foi ; plus on va loin dans la connaissance, plus on se rapproche du Divin ; c’est là un point fondamental dans la tradition musulmane qui, de cette façon, n’oppose pas science et foi. Il faut bien comprendre néanmoins qu’il s’agit d’une raison active qui n’oublie pas l’illumination spirituelle, faute de quoi on verse dans l’orgueil.

     

    On voit par là pourquoi l’Islam insiste tellement sur l’aspiration originelle vers la Transcendance. Ce "souffle" originel sera la racine de l’humanisme musulman. Sans aucun doute, un humanisme qui affirmerait une autonomie totale de l’être humain par rapport au Transcendant ferait problème dans la tradition musulmane. Seule est concevable une autonomie prenant sa source dans cette aspiration originelle et en tirant son sens.

     

     

     

    (1) A cet égard, le polythéisme serait une distorsion de l’Un. Ce n’est pas l’Un qui est un dépassement, le disent les spécialistes de la pensée platonicienne en expliquant que Platon, ou plutôt Socrate en l’occurrence, arrive au monothéisme en dépassant le polythéisme. Dans les traditions religieuses c’est le contraire. C’est par distorsion du rapport à l’Un qu’on en vient aux idoles matérielles ou personnelles ; et qu’on peut devenir pour soi-même sa propre idole.

     

    Tariq Ramadan


    3,7 millions de musulmans en France : les vrais chiffres


    par Gilbert Charles, Besma Lahouri

    Dans une étude dont L'Express révèle la teneur, la démographe Michèle Tribalat évalue le nombre de musulmans «possibles» à 3,7 millions, soit beaucoup moins que les estimations habituelles. Une donnée choc sur un sujet tabou, au moment où monte dans l'Hexagone un débat biaisé sur l'islamophobie

    C'est un fantôme statistique qui hante depuis des années les réunions politiques, les comptoirs de bistrot et les colonnes des journaux. Un chiffre à géométrie variable que l'on brandit tantôt comme un épouvantail, tantôt comme un étendard, et qui ponctue les débats autour du voile islamique, de l'immigration, des banlieues, du terrorisme ou des discriminations. Combien y a-t-il de musulmans aujourd'hui dans l'Hexagone? A en croire les experts et les plus hautes autorités de l'Etat, leur nombre ne cesse d'augmenter: il aurait même doublé en l'espace de deux décennies, pour atteindre aux dernières nouvelles quelque 6 millions. «Quelle est la source statistique qui autorise une telle assurance? Quelles évolutions justifient une telle fluctuation?» demande la démographe Michèle Tribalat, qui s'apprête à publier une étude retentissante sur le sujet, dont les résultats vont sûrement faire grincer quelques dents. Ces statistiques réduisent considérablement les estimations sur le nombre d'adeptes potentiels de la «deuxième religion de France», objet depuis quelques années d'une étonnante inflation.

    Des chiffres sujets à caution
    En 1989, l'historien Bruno Etienne, se fondant sur les données du recensement de 1982, évaluait la présence musulmane dans l'Hexagone «autour de 2,5 millions d'individus». En 1993, le rapport publié par le Haut Conseil à l'intégration avance le chiffre de 3 millions. Un an plus tard, un article du Monde évalue les musulmans à «6,5% de la population française, soit 3,7 millions». En 1996, un dossier publié par le Secrétariat des relations avec l'islam donne une estimation de 4,2 millions. La même année, Charles Pasqua, ministre de l'Intérieur, s'exprimant à propos des attentats terroristes, évoque «5 millions de musulmans [en France], dont 1 million de pratiquants, 50 000 intégristes et probablement 2 000 radicaux». Voilà quelques jours, enfin, Nicolas Sarkozy, avançant ses arguments pour s'opposer à une loi contre le voile islamique - il a depuis changé d'avis - déclarait: «Il y a 5 à 6 millions de musulmans en France, dont 2 millions sont susceptibles de voter.» Sans parler du Front national, qui pousse les enchères jusqu'à 8 millions... De quoi attiser l'islamophobie.

    Ces chiffres, souvent assénés comme des certitudes mathématiques, servent aussi bien à étayer les discours fustigeant l'«invasion» des étrangers que ceux des responsables musulmans soucieux de faire valoir le poids de leurs coreligionnaires dans la population française. Mais d'où sortent-ils? D'un chapeau, semble-t-il, c'est-à-dire d'estimations «au doigt mouillé». En France, depuis 1872, il est interdit de distinguer les personnes sur la base de leur appartenance confessionnelle lors des recensements. Encore plus d'identifier leur origine ethnique. Résultat, les statistiques officielles sur le sujet sont quasi inexistantes. Pour évaluer le nombre de musulmans, les démographes et les sociologues en sont réduits à compter la population «relevant de la culture musulmane», c'est-à-dire les immigrés et les Français issus de pays où l'islam est la religion dominante - Maghreb, Afrique noire, Turquie, Pakistan, Proche et Moyen-Orient... Auxquels il faut ajouter les convertis, les harkis rapatriés d'Algérie et une partie des clandestins. Faute d'informations précises sur les Français d'origine étrangère, certains sont parvenus, en recoupant des données disparates, à cette estimation approximative de «5 à 6 millions», que personne n'avait pu jusque-là vérifier à grande échelle.

    «Mettre un terme à cette opacité des chiffres érigée au nom de l'égalitarisme»

    Il a fallu attendre 1992 pour que l'Ined et l'Insee prennent en compte pour la première fois les immigrés et leurs enfants nés en France, dans une enquête, réalisée par Michèle Tribalat, dont la publication a déclenché un tollé - certains chercheurs, comme Hervé Le Bras, l'accusant de favoriser le racisme et d'établir des catégories ethniques en distinguant les Français «de souche» des autres Français. La polémique s'est finalement éteinte et, face aux demandes répétées de démographes, l'Insee a introduit dans l'enquête «Famille», réalisée conjointement au recensement de 1999 sur un échantillon anonyme de 380 481 personnes, une information sur le pays d'origine des parents. On a pu ainsi disposer, pour la première fois, de données précises sur trois générations.

    Démographe à l'Ined et spécialiste de l'immigration, Michèle Tribalat a reconstitué à partir de ces données un tableau de la population d'origine étrangère en France (à paraître dans la revue de l'Ined, Population), le nombre d'immigrés issus de pays où l'islam est majoritaire et de leurs descendants. Son estimation du nombre de «personnes susceptibles d'être musulmanes par filiation», dont nous avons eu la primeur, dégonfle de façon spectaculaire les chiffres «officiels»: il n'y aurait pas en France 5 ou 6 millions, mais seulement 3,7 millions de personnes «possiblement musulmanes», dit Michèle Tribalat. Dont 1,7 million d'immigrés, autant d'enfants et un peu moins de 300 000 petits-enfants d'immigrés. Plus de 23% des habitants de l'Hexagone - près de 14 millions - sont d'origine étrangère (au moins un parent né à l'étranger): 6,9 millions viennent des pays de l'Union européenne, 3 millions du Maghreb et 700 000 d'Afrique subsaharienne. On s'aperçoit que les Algériens et leurs descendants -1,6 million - sont moins nombreux que les Italiens et font jeu égal avec les Espagnols - 1,5 million. Autre particularité de cette population: elle est encore très jeune. En 1999, elle était composée principalement de mineurs. Avis aux politiques: ceux qui sont susceptibles de voter ne sont pas plus de 1,2 million. Quant à leur poids religieux, il reste encore à définir. La totalité d'entre eux ne suivent évidemment pas les prescriptions du Coran à la lettre, pas plus que tous les Italiens et leurs descendants ne sont catholiques pratiquants. Dans l'une des rares enquêtes de l'Ined sur le sujet datant de 1995, un tiers environ des musulmans potentiels se déclarent croyants et fréquentaient la mosquée régulièrement.

    «Ces chiffres donnent à réfléchir, constate Michèle Tribalat: ils montrent que l'importance numérique donnée jusque-là à la communauté musulmane est fondée sur du vent.» Cette chercheuse réputée, auteur de nombreux ouvrages, est aussi une femme de caractère qui n'hésite pas à claquer la porte du Haut Conseil à l'intégration, en décembre 2000, pour marquer son désaccord lors de la rédaction du rapport «L'islam dans la République». Ou à dénoncer ceux «qui se plaignaient d'être à l'époque de l'histoire coloniale désignés exclusivement par leur religion - Français musulmans - et qui aujourd'hui claironnent que l'islam est la deuxième religion de France». Mais même ses détracteurs s'accordent à reconnaître la pertinence de son étude, comme Hervé Le Bras, démographe à l'Ined et chercheur à l'EHESS: «Il est vrai que nous avons longtemps gardé le silence devant cette inflation de chiffres, car il y avait peu de moyens pour les évaluer, explique-t-il. Dans les années 1950, on estimait que 40% des Français avaient une pratique religieuse régulière; ce chiffre ne représente plus que 8% à présent. Pourquoi les Français d'origine maghrébine seraient-ils différents des autres?»

    En mettant à mal le consensus qui régnait jusqu'alors sur le nombre de musulmans en France, le travail de Michèle Tribalat plaide pour un peu d'audace dans la statistique publique et demande à pouvoir enquêter sur les affiliations religieuses et les origines des Français. Son souhait? Mettre un terme à cette opacité des chiffres érigée au nom de l'égalitarisme, et qui a trop longtemps empêché d'évaluer précisément les discriminations à l'embauche ou la mixité dans les quartiers sensibles. Surtout, elle fausse les discussions sur la place et l'organisation de l'islam en France. Un débat qui, plus que jamais, nécessite des chiffres lucides et fiables, pas des chimères statistiques.
     

    La réforme radicale, par Tarik Ramadan

    Cela fait des décennies que l’on parle de réforme dans le monde musulman. Les débats sont intenses et les affrontements intellectuels nombreux entre les tenants de « la nécessaire réforme » destinée à libérer l’esprit musulman et ceux qui s’y opposent à « la soi-disant réforme » qui en fait cacherait soit une trahison des principes de l’islam soit une dangereuse occidentalisation. On s’accorde à reconnaître que les musulmans à travers le monde peinent à trouver des réponses adéquates aux défis contemporains, que les crises (religieuse, identitaire, scientifique, politique ou économique) qu’ils traversent sont profondes, qu’un réveil s’impose mais les divergences quant aux moyens à mettre en œuvre et aux finalités de cet engagement sont inextricables.

    Le concept qui revient le plus souvent dans les débats est celui d’ « ijtihâd » lequel signifie « la lecture critique des textes islamiques de référence » (Coran et tradition prophétique) et qui doit permettre de promouvoir une approche historique et contextualisée du texte révélé en même temps qu’il invite la rationalité humaine à plus de créativité dans l’élaboration de réponses aux problèmes de notre temps.

    Le concept est omniprésent dans la littérature musulmane contemporaine et pourtant rien ne semble véritablement évoluer : les crises demeurent, voire s’amplifient, et l’intelligence musulmane paraît en panne dans des domaines aussi essentiels que l’éducation, l’éthique appliquée, les sciences, la démocratisation, le respect des droits fondamentaux dont ceux des femmes, la violence, etc. Quelles sont les raisons de ces blocages, comment inverser cette malheureuse spirale ?

    Les savants musulmans (‘ulamâ’) des différentes tendances de l’islam ne sont pas d’accord sur les différentes définitions et interprétations des concepts clefs de la terminologie islamique. Pour les littéralistes et les traditionalistes, la « sharî’a » est un corps de lois qui forment un univers de référence clos et atemporel qui s’oppose à toute adaptation, à toute évolution et à toute lecture prenant en compte l’histoire ou le contexte.

    La tradition réformiste, au contraire, a très tôt défini le concept de sharî’a comme « la voie de la fidélité aux principes de l’islam » au cœur de laquelle les domaines du dogme et de la pratique (al-‘aqîda, al-‘ibadât) sont distincts du domaine des affaires sociales et des relations interpersonnelles (al-mu’âmalât) : les prescriptions sont immuables dans les deux premiers alors les textes offrent une large marge de manœuvre à la rationalité humaine, et donc à l’ijtihâd, dans le second.

    L’approche réformiste est depuis longtemps très connue et très répandue dans les sociétés et les communautés musulmanes à travers le monde et pourtant rien ne semble avancer. Les appels à l’ijtihâd sont permanents mais les résultats de ce dernier siècle sont peu probants.

    L’une des raisons majeures de cet état de fait tient sans doute aux déficits dans les fondements de l’approche réformiste elle-même. On lit et on étudie depuis des décades des productions de ‘ulamâ’ qui travaillent de façon approfondie sur les textes, proposent de nouvelles interprétations et tentent ainsi d’apporter de nouvelles réponses aux nouveaux défis.

    La contribution de ces savants du droit et de la jurisprudence musulmane ( fuqahâ’ ) est phénoménale et nul ne peut ignorer l’importance de leurs études et apports. Questionnés par le réel, interpellés par la nature des nouveaux défis (scientifiques, sociaux, économiques, etc.), les fuqahâ’ tentent d’offrir des réponses adaptées à leur époque : la nature même de leur travail exclusivement orienté sur les textes les met dans une position de perpétuel suivisme. Le monde avance, ils le suivent.

    Réformer la lecture et la compréhension des textes consiste donc uniquement pour eux à s’adapter aux nouvelles réalités de l’époque. On pourrait imaginer que cela soit suffisant pour mettre en branle la nécessaire réforme mais force est de constater que cette approche, malgré l’apparence du mouvement et du renouveau, pêche quant à l’efficience des propositions. Ce sont des spécialistes des textes révélés qui discutent et jugent du monde sans avoir toujours une compréhension profonde de la complexité des domaines sur lesquels leur jugement se portent.

    Ils s’expriment avec autorité sur les domaines de l’économie, des sciences exactes ou humaines sans maîtriser les savoirs et les savoir-faire nécessaires non seulement à s’adapter au monde mais à le transformer à la lumière des exigences de l’éthique islamique (respect de l’intégrité de la personne, justice sociale, égalité, etc.) Les savants et les penseurs musulmans ne représentent une force de propositions dans aucun de ces domaines.

    Ce que cache cette réalité est, dans les faits, une crise d’autorité. Le chaos règne quant à savoir qui parmi les ‘ulamâ’ dit quoi et qui est légitimé à le dire : les avis de ces derniers sont souvent contradictoires et personne ne sait très bien à qui se référer. Au surplus, les ‘ulamâ’ sont jaloux de leur autorité dans les domaines de l’élaboration de la norme et des opinions juridiques (fatwâ) et ils ressentent souvent comme une intrusion dangereuse le questionnement ou la participation des spécialistes des sciences dites « profanes » dans l’élaboration d’une jurisprudence musulmane contemporaine. Sous prétexte que ces derniers ne sont pas des spécialistes du droit islamique, ils n’auraient rien à dire sur la question et seraient dénué de toute autorité en la matière.

    La réforme radicale dont nous avons besoin se situe très exactement à ce niveau. Il s’agit de déplacer le centre de gravité du pouvoir et de l’autorité des ‘ulamâ’ au niveau du fondement du droit et de la jurisprudence islamique (usûl al-fiqh). En effet les textes ne sont pas les seules références normatives du droit musulman mais l’univers - le livre du monde selon l’expression d’al-Ghazâlî - est une source qu’il faut placer au même niveau que les textes.

    Les savants et experts, spécialistes des sciences expérimentales (physique, biologie, psychologie, médecine, etc.), des sciences exactes ou des sciences humaines (philosophie, sociologie, économie, etc.) doivent pouvoir contribuer à l’élaboration de l’éthique musulmane contemporaine. Maîtrisant mieux les différents domaines de la connaissance contemporaine, ils sont mieux à même d’orienter la réflexion des ‘ulamâ’ et de produire une réforme de transformation par l’éthique plutôt que d’adaptation par la nécessité (comme c’est le cas aujourd’hui).

    L’ijtihâd contemporain n’est pas seulement l’affaire des spécialistes des textes. Si nul ne peut contester leurs compétences dans ce domaine, il importe de convoquer à la table de cette lecture critique des textes, des femmes et des hommes versés dans les différentes sphères de l’activité humaine afin qu’ils puissent s’exprimer, proposer de nouvelles visions, de nouvelles orientations de réformes fidèles à l’éthique mais en phase avec les questions et les crises de l’époque.

    Il s’agit d’établir des espaces d’un ijtihâd concerté qui, à différents niveaux (des questions globales aux réalités nationales), réconcilient les musulmans ordinaires avec leurs références en leur restituant une parole, une compétence, une autorité. Les chantiers sont immenses : la promotion de l’esprit critique et la réforme de l’éducation islamique et générale ; l’élaboration d’une éthique musulmane en matière de science ; la proposition d’alternatives en matière économique globale autant que locale ; la transformation radicale du statut des femmes dans les sociétés et communautés musulmanes ; la démocratisation, la formation de la société civile autant que la gestion de la violence et du rapport à autrui, etc.

    La réforme radicale que nous appelons de nos vœux exige un déplacement du centre de gravité du pouvoir religieux à l’intérieur de l’univers islamique. Elle exige la conscientisation de chacun et établit que la libération des esprits et des consciences ne se fera que par la participation des acteurs directement concernés. Avec les ‘ulamâ’ des textes (an-nusûs) nous avons besoin de ‘ulamâ’ du contexte et de l’environnement (al-wâqi’) qui soient capables de donner, concrétiser un processus de réforme qui offre aux musulmans la possibilité de devenir une force de proposition pour transformer le monde et non seulement pour s’y adapter.

    Le rôle de l’Occident et de ses intellectuels est ici majeur : par leurs questions, par leurs critiques constructives, par leur capacité à écouter la multiplicité des voix qui s’expriment parmi les musulmans (et non pas seulement celles qui apparemment leur plaisent), ils peuvent devenir les partenaires de cette révolution de perspectives. Au creuset de cette dynamique, tous les acteurs de ce dialogue critique découvriront qu’ils partagent de nombreuses valeurs universelles communes malgré la différence de route qu’ils empruntent et qu’il est possible non seulement de cheminer ensemble mais de s’engager ensemble à rendre ce monde meilleur. Loin des sirènes qui appelleraient à une modernisation sans principes et sans âme, il s’agit d’établir ensemble les principes éthiques d’une réforme de la résistance et de la transformation du monde au nom de la justice et de la dignité des êtres humains malheureusement oubliés dans le désordre de l’actuel ordre globalisé.

    Tariq Ramadan

    Dernier livre paru, Faut-il faire taire Tariq Ramadan ?, éditions Archipel, janvier 2005 (Cliquez ici pour vous procurer ce livre)
    Professeur invité à l’université d’Oxford (St. Antony’s College) et Senior Research à la Lokahi Foundation.

    (site internet : www.tariqramadan.com)

    Derniers ouvrages :

    Source : http://www.oumma.com/article.php3?id_article=1998

    PS: Je vous remercie M. Tariq Ramadan, vous me faites un bien énorme, vous ne vous imaginez sans doute pas à quel point.

    Je prie le jour où la France pourra discuter avec des musulmans comme vous, sans fantasmes et préjugés sur l'Islam.
    Des musulmans qui pensent sincèrement que leur religion est une religion de tolérance et qui oeuvrent pour que les musulmans égarés... reviennent à la lumière.
    Des musulmans qui veulent avoir le droit de pratiquer leur culte librement et la laïcité Française est assez bien fait pour cela, c'est sans doute pour cela que bons nombre de personnes, aujourd'hui, veulent la dénaturé également. Je suis d'accord avec vous, elle n'a pas à être touchée.
    Je suis de ces musulmans qui refusent que leur culte soit simplifié, homogénéisé, dénaturé pour pouvoir correspondre à cette "occidentalisation du monde" que Serge Latouche décrit si bien... Tout comme les français refusent le capitalisme...
    Je prie le jour où la France pourra discuter avec des musulmans comme vous M. Tarik Ramadan, sans fantasmes et préjugés sur l'Islam.
    Des musulmans qui ont conscience des défis présents et futures et savent très bien faire la part des choses entre occidentalisation et modernisation. C'est cette qualité qui vous fait le plus de tord en France pour moi. Car ici ce n'est pas l'intégration que l'on veut mais l'assimilation. Pour ça on va appeler Bounti euh... boutih : « On veut être des Français moyens, aimant le camembert, buvant du pinard et surendettés. » (Cf l’article de Nicolas Weill dans le Monde daté du 15 novembre 2002). En France les médias invite rarement des personnes qui n'ont pas cette vision de l'intégration. S'ils ne disent pas ça, c'est qu'ils ont forcément un "double discours"... Votre message, votre discours fait peur, non pas parce qu'il est terroriste ou à « géométrie variable »comme on aime tant le dire ici... Non !! ça ils savent très bien que vous l'êtes pas, mais parce que votre message est porteur de SENS. Et dans la crise de SENS que nous vivons en France ou encore en Europe, votre vision du monde, de la société, du rapport avec sa foi, ses pratiques, notre maniére de vivre ensemble, au dela de nos diversités, dans un respect mutuelle. Oui dans un point débat dépassionné votre vision de l'islam est tellement porteur de SENS qu'il aura forcément écho bien plus grand que le cercle des musulmans... Pour la France c'est ça qui est inadmissible !! ...

    Ici le bon musulman c'est Kaci, Sifoui, les bencheikh, et consort...

    Je prie le jour où la France pourra discuter avec des musulmans comme vous M. Tarik Ramadan, sans fantasmes et préjugés sur l'Islam. vivement ce jour !! Un dernière chose, merci encore mon frère pour ça:

    « Pour la quasi-unanimité des savants en islam, il n’a jamais été fait de confusion dans la façon dont je suis avec Dieu, de l’ordre des affaires du culte qui regarde ma vie personnelle, et la façon dont je suis avec les hommes, de l’ordre du social. On ne divorce pas les choses mais on les distingue. Je suis avec Dieu d’une certaine façon et j’agis dans la rationalité pratique avec les hommes d’une autre façon. En islam, ne pas faire de différence, dire “tout est ensemble”, c’est une approche littéraliste, biaisée, fausse. Mais faire la distinction ne m’empêche pas de développer à partir de cette relation au divin une éthique, une façon de concevoir le bien et le mal. Si ma conscience devant le divin est de dire : “Essaye de cesser de mentir ; quand tu essayes d’être avec l’autre, respecte le pour sa dignité humaine et ne le condamne pas pour sa faute humaine, etc”. Si je vis avec ça, si je peux lire saint Augustin qui dit : “Aime et fait ce que tu veux”, comment pourrais-je laisser l’amour dont il me parle dans la vie privée et entrer avec la haine dans la vie publique ? »

    Olivier Roy: L'Islam Mondialisé

    Un livre à lire de toute urgence....

    Chapeau M. olivier roy, en tant que musulman, je vous dis merci pour votre livre remarquable !


    Chroniques et points de vue

    Amazon.fr
    Pour mieux dépasser une vision schématique et manichéenne trop souvent répandue, la lecture de L'Islam mondialisé permet de se remettre les idées en place sur un sujet complexe et très sensible. Olivier Roy, grand spécialiste de l'Afghanistan ainsi que des conflits arabo-musulmans livre un essai éclairant la véritable position de l'islam aujourd'hui et l'influence trop souvent éludée de l'Occident sur les mouvements néo-fondamentalistes.
    Pour Roy, ce que nous parvenons difficilement à admettre, c'est que les mouvements islamistes les plus radicaux aient été forgés, pensés depuis l'Occident. Par exemple, Kalhed Kelkal pour les attentats en France en 1995, Ahmed Ressam et Mohamed Atta pour ceux des États-Unis en 2001 "se sont pour la plupart réislamisés en Occident". Rompant avec leur pays d'origine, avec leur famille et leur pays d'accueil, certains islamistes vont dévier vers le terrorisme réinventant un islam à leur façon. C'est-à-dire, et c'est ce que nous oublions de voir la plupart du temps, qu'ils "sont loin de représenter la communauté religieuse dont ils se sont mis à la marge". En effet, pour Olivier Roy, le monde islamiste n'a pas changé de l'intérieur mais bien de l'extérieur. Les terroristes, qui sont à leur manière des dissidents de l'islam, veulent créer un "néo-fondementalisme". Leur action bouscule les valeurs religieuses de l'islam. L'autre exemple sur lequel Roy développe sa thèse est bien sûr celui de Ben Laden. Comme le fait justement remarquer l'auteur, il ne se prend pas à Saint-Pierre de Rome mais à Wall Street ; sa guerre n'est pas une guerre de religion, mais une guerre contre l'impérialisme souverain.
    Dans cet essai balayant les idées reçues – tant on nous présente souvent le terrorisme comme un monstre venu d'ailleurs, mystérieux et barbare –, Olivier Roy démontre que "la radicalisation islamique vient d'Occident". Magistralement, il dévoile les crises du monde musulman qui, asphyxiée de l'intérieur, se recompose de l'extérieur en intégrant des schèmes de pensée occidentaux. Il nous présente un islam en pleine mutation, dont les pratiquants affirment de plus en plus une individualisation de leur rapport à la foi et un refus des hiérarchies traditionnelles. Ce livre précieux permet de mieux saisir la force de l'Histoire en marche. --Denis Gombert


    Présentation de l'éditeur
    Les grands mouvements islamistes des années quatre-vingt et quatre-vingt-dix se sont banalisés, mais la réislamisation des sociétés et des individus musulmans n’a pas cessé. Elle touche surtout des populations qui sont en rupture par rapport au modèle de l’État nation, des Talibans en passant par Ben Laden et certains jeunes de banlieues, tous peu ou prou marqués par le monde moderne, avec la sécularisation et la critique qu'il implique. Qu'il s'agisse de formes radicales ou modérées, toujours l'Occident est au cœur de la réislamisation actuelle : la propagande sur Internet comme l'action politique et terroriste participent de la globalisation, dont les militants sont à la fois les acteurs et les produits. Les ingrédients des nouvelles religiosités sont omniprésents : épanouissement des individus, bricolage des doctrines et des comportements, attitudes sectaires. Loin d’exprimer le « choc des cultures », les tensions liées aujourd’hui à l’islam sont le syndrome de son occidentalisation et des crises en cascade qu’elle provoque.


    Quatrième de couverture
    Aux yeux de l'opinion occidentale, l'islam renvoie souvent une image de solidité, d'identité et de dynamisme, et il est possible que les islamistes eux-mêmes partagent cette vision des choses quand ils se félicitent de la réislamisation des sociétés et des individus musulmans. C'est pourtant cette perspective qu'Olivier Roy met radicalement en question. Qu'il s'agisse de formes violentes ou modérées de réislamisation, toujours l'Occident avec la globalisation, avec l'individualisme, est au coeur du processus. La propagande sur Internet comme l'action politique et terroriste participent de modèles d'action et de militance typiquement occidentaux. Les ingrédients des nouvelles religiosités occidentales sont omniprésents, fussent à l'insu des acteurs islamistes : épanouissement des individus, bricolage des doctrines et des comportements sur fond d'inculture, attitudes sectaires. Loin d'exprimer le "choc des cultures, les tensions liées aujourd'hui à l'islam sont le syndrome de son occidentalisation mal vécue et des crises en cascade qu'il provoque.

    Olivier Roy s'est imposé dès les années 1980 comme un des meilleurs spécialistes de l'Afghanistan, avec son livre sur ce pays, paru au Seuil en 1985: L'Afghanistan. Islam et modernité politique. Son champ de recherches s'est ensuite élargi à l'ensemble de l'islam politique. II est aujourd'hui celui qui connaît le mieux les réeaux islamistes dans le monde.

    Ne vous laissez pas avoir, il ne s’agit absolument pas d’une attaque de l’islam contre la laïcité

    M.Robert Fisk, je ne vous connais pas mais je tiens à vous remercier pour cet article. Je n'aurais pas dit mieux...Vous etes vraiment un bon !! Vous avez trés bien résumé ce que je pense de cette histoire des caricatures. Merci , merci et encore merci !!!!

    " Ne vous laissez pas avoir, il ne s’agit absolument pas d’une attaque de l’islam contre la laïcité "

    Auteur Robert Fisk


     Journaliste et écrivain, Robert Fisk est le journaliste vedette et le correspondant au Proche-Orient du quotidien britannique The Independent. Il est l’auteur de Pity the Nation : Lebanon at War et de The Great War for Civilisation : the Conquest of the Middle East.

     

     

    Résumé Toute l’histoire des caricatures n’a rien à voir avec une soi-disant attaque de l’islam contre la laïcité. Le fait est que les musulmans vivent leur religion au quotidien, dans leur culture. Pas nous. Ils ont préservé leur foi par delà d’innombrables vicissitudes historiques. Nous par contre avons majoritairement abandonné notre foi. C’est pourquoi nous disons que ce conflit implique « l’Occident contre l’Islam » et non les « Chrétiens contre l’Islam » — parce qu’il n’y a plus beaucoup de chrétiens en Europe. Et nous ne pouvons pas nous sortir de cette situation en faisant des courbettes à toutes les religions du monde puis en faisant semblant de ne pas comprendre pourquoi nous n’aurions pas le droit de nous moquer du prophète Mohammed.
    En outre, en matière d’hypocrisie religieuse, nous avons largement de quoi balayer devant notre propre porte. Je me souviens du scandale causé il y a une décennie par le film Le dernière tentation du Christ qui osait montrer Jésus en train de faire l’amour avec une femme. A Paris on avait incendié un cinéma, tuant un jeune homme. Il y a trois ans, dans une université aux États-Unis, on avait censuré le titre d’une des mes conférences "11 Septembre : Mon dieu, mon Dieu, surtout ne demandez pas pourquoi c’est arrivé ? ». Quand je suis arrivé, j’ai constaté que l’université avait supprimé l’expression « mon Dieu » parce que « nous n’avons pas voulu offenser certaines susceptibilités ». Ahah ! Ainsi nous avons des « susceptibilités », nous aussi.
    Autrement dit, alors que nous demandons aux musulmans d’être de bons laïcs quand il s’agit de liberté d’expression et de dessins débiles, nous savons être très prudents quand il s’agit des adhérents de notre propre et précieuse religion. J’ai également apprécié les déclarations pompeuses des hommes d’État européens comme quoi on ne pouvait dicter leur contenu aux journaux, qu’il fallait respecter la liberté d’expression. Mais bien sûr. Si, au lieu du prophète on avait eu un rabbin avec une bombe sur son chapeau, les accusations d’anti-sémitisme auraient - à juste titre - sifflé à nos oreilles. Les Israéliens se plaignent quotidiennement de la teneur des caricatures dans la presse arabe.
    En outre, dans quelques nations européennes — France, Allemagne et Autriche par exemple — il est interdit par la loi de mettre en doute l’existence d’un génocide. Ainsi, en France, il est interdit de douter de l’Holocauste ou du génocide arménien. Si je comprends bien, en Europe, malgré la chère liberté d’expression tant mise en avant, il y a des choses qu’on n’a pas le droit de dire. Il est quand même difficile de mettre notre attachement à la liberté d’expression en berne quand il s’agit de menacer des foudres de la loi les négationnistes et supposés tels, mais d’appeler à la défense militante de la laïcité et de cette même liberté d’expression quand des musulmans se plaignent de la façon provocante et insultante avec laquelle nous représentons leur culture.
    Pour beaucoup de musulmans, la réaction « islamique » à cette affaire est embarrassante pour eux. Un très grand nombre de musulmans appellent de leur vœux une certaine « réforme » de leur religion. Si ces caricatures étaient allées dans ce sens, avaient apporté de l’eau à ce moulin, personne n’aurait rien dit. Mais là, tout ce qu’on a voulu faire, c’est choquer et provoquer.
    La question n’est pas de savoir si le prophète doit être représenté ou non. Le problème est que ces dessins représentaient Mohammed comme une sorte de Ben Laden, assoiffé de sang. Ils ont dépeint l’islam comme étant une religion violente de manière générique. Or elle ne l’est pas. Ou bien est ce que nous voulons qu’elle le devienne ?

     

    http://www.voltairenet.org/article135719.html

    SOYONS CLAIRE: LA FEMME EN ISLAM

    La femme en Islam

     

    1. Aspect spirituel

    Le Coran énonce clairement que les hommes et les femmes sont de même nature spirituelle et humaine. Les deux ont reçu le "souffle divin" qui leur a donné de la dignité et a fait d'eux les gérants de Dieu sur la terre. La femme n'est pas blâmée pour la "chute de l'homme". La grossesse et l'accouchement sont donnés comme des raisons pour aimer et apprécier les femmes et non comme punition pour "avoir mangé de l'arbre interdit". L'homme et la femme ont des devoirs et des responsabilités comparables et les deux font face aux conséquences pour leurs décisions et de leurs actions morales. Nulle part le Coran ne mentionne que les "hommes sont supérieurs aux femmes", à moins que le texte du Coran n'ait été pauvrement traduit en français. Le Coran indique clairement que la seule base de supériorité est la piété et la droiture, non le genre, la race, la couleur ou la richesse.

     

    2. Aspect économique

    La loi islamique sauvegarde les droits des femmes avant et après le mariage. En fait, la femme reçoit une plus grande sécurité financière que l'homme. Elle a droit au plein montant de son cadeau de mariage. Elle a le droit de garder toutes les propriétés présentes ou futures et un revenu pour sa propre sécurité. Pendant ce temps, elle a droit à toute l'aide financière avant, pendant et après le mariage, sans égard à sa richesse personnelle. Les droits additionnels incluent l'aide pendant la "période d'attente" en cas de divorce et l'aide pour l'enfant. Cette aide garantie à toutes les étapes de sa vie constitue des avantages financiers sur les hommes, équilibrés partiellement par la moindre part d'héritage qui lui revient.

     

    3. Aspect social

    1. En tant que fille : Le Coran blâme l'attitude de certains parents qui tendent à favoriser leurs fils. Il prescrit le devoir d'aider et de montrer de la gentillesse et de la justice envers les filles. L'éducation des filles n'est pas seulement un droit mais un devoir pour tous les musulmans, hommes et femmes.

    2. En tant qu'épouse : L'opinion de l'Islam sur le mariage est exprimée dans le verset suivant du Coran: "Et parmi Ses signes Il a créé de vous, pour vous, des épouses pour que vous viviez en tranquillité avec elles et Il a mis entre vous de l'affection et de la bonté. Il y a en cela des preuves pour des gens qui réfléchissent" (Sourate 30, verset 21)

    Une fille a le droit d'accepter ou de rejeter des propositions de mariage. Le mariage forcé sans le consentement mutuel est invalide selon les enseignements du Prophète Mohammad.

    La norme du mariage dans l'Islam est la monogamie. Cependant, comme plusieurs peuples et religions incluant les prophètes de la Bible, l'Islam a permis la polygamie déjà existante (polygynie) mais il la règle et la restreint. Elle n'est ni exigée ni encouragée. L'esprit de la loi est de prendre des mesures concernant les événements imprévus des personnes et de la collectivité (par exemple, les déséquilibres créés par les guerres) et de fournir une solution morale, pratique et humaine aux veuves et aux orphelins. Ceci peut expliquer pourquoi le verset qui règle la polygamie a été révélé après la guerre d'Ohod, dans la quelle des douzaines de musulmans furent tués, laissant derrière eux des veuves et des orphelins dans le besoin. Tous les intéressés impliqués dans un mariage polygame ont des options. Une femme ne peut être forcée à devenir une seconde épouse. La première femme qui n'accepte pas une situation de polygamie a le droit de demander le divorce.

    La responsabilité du mari sur l'entretien, la protection et la direction de la famille, en général, dans l'esprit de la consultation et de la gentillesse, est la signification du terme coranique "Qawwamoune". Ce terme est souvent mal traduit par "qui a de l'autorité sur les femmes". De la même façon Dieu a doté les hommes et les femmes de qualités physiologiques et autres, différentes et complémentaires mais également importantes. Ceci mène à certains rôles et devoirs différents mais complémentaires à l'intérieur de la cellule familiale. C'est ce à quoi le Coran réfère par le terme "Faddala", souvent mal traduit comme "parce que Dieu l'a fait supérieur à l'autre". Cette différentiation se retrouve strictement dans les rôles, non dans le statut ou l'honneur.

    Dans le cas d'une dispute familiale, le Coran exhorte le mari à traiter sa femme gentiment et à ne pas négliger ses côtés positifs. Si le problème est relié au comportement de la femme, son mari peut la rappeler à la raison. Dans la plupart des cas, cette mesure suffit. Dans les cas où le problème continue, le mari peut exprimer son mécontentement d'une autre façon pacifique, soit en dormant dans un lit séparé du sien. Cependant, il y a des cas où la femme persiste à maltraiter de façon délibérée son mari et néglige ses obligations conjugales. Au lieu du divorce, le mari peut avoir recours à une autre mesure qui peut sauver son mariage, du moins dans certains cas. Cette mesure est décrite plus précisément comme étant une petite tape sur le corps, mais jamais sur le visage, ce qui est plus une mesure symbolique que punitive. La loi islamique a bien précisé qu'avoir recours à cette mesure extrême et exceptionnelle considérée comme le moindre de deux maux (l'autre étant le divorce), est sujet à des restrictions explicites. Elle ne doit pas être sévère au point de causer des blessures ou même de laisser une marque sur le corps. Les lois américaines contemporaines ne considèrent pas une tape légère qui ne laisse aucune marque sur le corps comme un abus physique. C'est la même définition qu'ont donnée les juristes musulmans il y a plus de 1400 ans. Dans plusieurs paroles, le Prophète a découragé son utilisation, aussi légère soit-elle. "Ne frappez jamais les servantes de Dieu (les femmes)" a dit le Prophète, qui a démontré cette noblesse dans sa propre vie conjugale.

    Il s'ensuit que lorsque cette question est ramenée dans son contexte, elle n'a rien à voir au fait de sanctionner "l'abus" ou "la violence conjugale" qui est, malheureusement, répandu dans un pays tel que les États-Unis où toutes les 10 secondes une femme est battue et chaque jour quatre femmes sont tuées par leurs conjoints, ce qui fait de la violence conjugale la cause du tiers environ des meurtres commis sur les femmes aux États-Unis (1993).

    Dans tous les cas, les musulmans qui passent outre les enseignements de leur foi et commettent des excès doivent être condamnés; comme tous les autres transgresseurs sans distinction de religions.

    L'affirmation erronée que les excès commis par certains musulmans peuvent être mentionnés dans un des versets parmi les 114 sourates du Coran n'est pas plus vraie que d'affirmer que la violence qui sévit contre les femmes aux États-Unis peut être retrouvée dans la Bible.

    En répétant l'exhortation coranique sur le bon traitement envers les femmes, le Prophète Mohammad a clairement énoncé que "les meilleurs d'entre vous sont les meilleurs (dans leur conduite) envers leur familles et je suis le meilleur d'entre vous (dans ma conduite) envers ma famille". C'est l'exemple à suivre pour le croyant sincère qui dépasse les paroles pour aller directement à sa foi.

    Les formes de dissolution du mariage incluent un accord mutuel entre le mari et la femme, l'initiative du mari, l'initiative de la femme (si stipulée dans son contrat de mariage), la décision de la cour sur l'initiative de la femme (pour une cause) et l'initiative de la femme "sans cause" pourvu qu'elle retourne le cadeau du mariage à son mari.

    La garde des enfants après le divorce, selon la loi islamique, est le droit de la mère jusqu'à ce que l'enfant soit âgé d'environ sept ans, moment où l'enfant peut choisir le parent avec lequel il veut vivre. Toutefois, le principe directeur qui prévaut réside dans le bien-être de l'enfant et le droit des deux parents à avoir accès à leurs enfants.

    3. En tant que mère: Le Coran prescrit la gentillesse envers les parents, particulièrement les mères. Les musulmans apprennent que "le Paradis se trouve aux pieds des mères".

    4. En tant que soeur dans la foi: Le Prophète a recommandé la gentillesse, l'attention et le respect des femmes en général car elles sont les soeurs des hommes.

    5. Question de la modestie et des interactions sociales: Il y a aujourd'hui un large fossé entre l'idéal (loi islamique) et la réalité (pratiques culturelles). L'extrémisme, dans un sens ou dans un autre, est étranger à l'esprit de la loi islamique et peut refléter de simples pratiques culturelles. Les musulmans croient en une ligne directrice d'essence divine pour la modestie et la vertu se traduisant dans l'habillement et le comportement des hommes et des femmes. Le retrait de la femme dans certaines cultures est étranger à la pratique du Prophète. Des interprétations excessivement strictes faites par des savants dans certaines cultures minoritaires conservatrices (par exemple, les restrictions quant à l'interdiction pour les femmes de conduire) sont le reflet de l'influence de ces cultures conservatrices et non une compréhension généralement acceptée de la grande majorité des savants musulmans à travers le monde.

    4. Aspect légal et politique:

    Les hommes et les femmes sont égaux devant la loi et les tribunaux. Les changements dans le nombre de témoins, hommes et femmes, dans les tribunaux ne figurent dans le Coran que dans le contexte des contrats financiers. Le but est d'établir l'exactitude du témoignage, dans un cadre donné et auquel les femmes peuvent ne pas avoir été exposées ou être expérimentées en matières commerciales. Le juge peut cependant décider d'assurer la justice sans égard au sexe des témoins.

    Ma religion ? l'islam !! attention terroriste potentiel !!

    C'est bon j'ai décidé de sortir du silence pour expliquer aux personnes qui viendrons sur ce blog ma religion, l'islam. J'éprouve une grande souffrance devant le fanatisme de certains et la malhonneté intellectuelle des autres... je me dis que je me dois de sortir du silence, je me dois de sortir de l'ombre pour essayer d'apporter un peu de lumiere et d'amour dans cet amas d'amalgammes. Je ne fais pas  de prosélytisme, juste expliquer comment je vois la ma religion,
     
    Je veux expliquer aux personnes que l'islam est bien plus multiple que les simplifications que l'on en fait.
    Oui des fanatiques existent et on toujours existé dans l'islam, mais ils ont toujours étaient ultra minoritaire et ils le demeurent toujours contrairement à ce qu'on veut nous faire croire.
     
    A bientot
     
    ps: je dois avoir à l'heure actuelle environ 70 commentaires, je vais faire un billet dans les prochains jours pour répondre à chaqu'un d'entre eux. Je n'en n'efface aucun, ce blog est un lieu libre ou chacun peut dire ce qu'il pense dans le respect et la tolérance des croyances ou des non croyances de chacun. Je sais aussi que pour laisser des commentaire sur ce blog, il faut etre inscrit, avoir un compte , voici le lien d'un blog où vous pouvez laisser des commentaires sans avoir besoin d'etre inscrit,  un lien pour que ceux qui n'ont pas de compte msn puissent laisser des commentaires aussi: http://djalim.blogspot.com/
     

    Les musulmans doivent apprendre à prendre une distance intellectuelle critique

    « Les musulmans doivent apprendre à prendre une distance intellectuelle critique »


    Entretien avec Stéphane Bussard

    lundi 6 février 2006


    L’intellectuel musulman Tariq Ramadan livre son analyse critique au « Temps ».
     
    Le Genevois Tariq Ramadan, en déplacement au Maroc, s’exprime sur la vive controverse qui secoue aussi bien l’Occident que le monde arabo-musulman.
     
     
    Le Temps : Que révèle cette affaire, qui a désormais une résonance mondiale ?
    Tariq Ramadan : Il faut d’abord savoir deux choses : l’islam interdit la représentation de Dieu et des prophètes par respect autant que pour éviter la tentation d’idolâtrer l’image. Il s’agit d’un fondement de la foi. Par ailleurs, le fait de rire ou de se moquer du fait religieux est étranger à l’univers des musulmans, et ce quelle que soit la religion.
     
     
    - Les réactions musulmanes semblent néanmoins disproportionnées.
    - Ces caricatures ont été perçues comme une transgression ajoutée à une insulte et une provocation. La réaction des musulmans est néanmoins excessive et disproportionnée. Ces dessins datent de trois mois et des Etats musulmans, en mal de légitimité islamique, ont voulu se présenter en champions de la cause islamique et ont attisé la flamme. Des musulmans, pratiquants ou non, excédés par l’image que l’on donne de l’islam dans les médias occidentaux, se sont laissé emporter par l’émotion. Ce n’est pas sage et cela ne fera qu’accentuer les malentendus.
     
     
    - En Occident, et en Europe en particulier, ces réactions butent néanmoins sur une totale incompréhension. Comment l’expliquez-vous ?
    - C’est vrai, et il faut donc éviter les explications simplistes : il ne s’agit pas d’un conflit entre la liberté d’expression et le dogme religieux. Ce que certains musulmans demandent, ce n’est pas plus de censure, mais un usage plus sage de la liberté d’expression. De leur côté, ils doivent comprendre qu’il existe une tradition, de Voltaire à Hugo jusqu’aux littératures contemporaines à travers l’Occident, de se moquer du fait religieux. Ils doivent apprendre à prendre une distance intellectuelle critique et passer outre calmement tout en expliquant leur point de vue.
     
     
    - Les musulmans qui ont réagi aux caricatures évoquent un manque de respect de leur foi. Qu’en est-il de leur respect à l’égard de la liberté d’expression ou des autres religions dans les pays arabo-musulmans ?
    - Il faut que les uns et les autres nous apprenions l’autocritique. Il est vrai qu’il existe des traitements injustes et discriminatoires dans les sociétés majoritairement musulmanes que les musulmans ne dénoncent pas assez. Ils doivent s’exprimer. Cela étant, le respect de l’autre n’est pas une affaire de réciprocité mais une question de principe : ce n’est pas parce que des dictatures ne respectent pas des minorités religieuses que les démocraties, en miroir, devraient pouvoir faire de même. Les acquis de l’Etat de droit permettent aux musulmans d’exprimer leurs sentiments en Occident, ils doivent le reconnaître et, de là où ils se trouvent, ils ont l’obligation éthique de dénoncer toutes les dérives discriminatoires qui ont cours en leur nom dans le monde musulman.
     
     
    - Le droit à la liberté d’expression telle que pratiquée en Occident est donc relatif...
    - Le droit à la liberté d’expression n’a jamais été absolu. Il y a des lois qui interdisent les propos racistes, par exemple. De plus, chaque société a des règles qui lui sont propres vis-à-vis du respect du religieux ou des appartenances culturelles. A l’intérieur du cadre légal, il est demandé à chacun de faire un usage raisonnable de son droit à l’expression en gardant à l’esprit les sensibilités qui composent sa société. Les sociétés européennes ont changé, la sensibilité musulmane y est présente : il ne s’agit pas d’imposer des lois, mais simplement de s’ouvrir sagement à une nouvelle sensibilité. Transformer cette affaire en un bras de fer entre les tenants du droit à tout dire et « les religieux » est stupide et dangereux.
     
     
    - Quels sont vos remèdes pour prévenir ce type de crise « culturelle » ?
    - Que les uns et les autres prennent de la distance. Que nous comprenions que nous avons plus de choses en commun que des différences irréconciliables. La majorité d’entre nous chérit la liberté d’expression, la diversité et le dialogue : établissons ces principes en n’oubliant jamais d’être en toutes circonstances raisonnable dans l’affirmation de ce que nous sommes et de ce que nous croyons.
     
     
    - Il n’en demeure pas moins que le mur d’incompréhension qui s’est érigé entre Occidentaux et musulmans semble alimenter la thèse de Huntington selon laquelle on assiste à un choc des civilisations...
    - Dire et répéter cela nous conduit à donner corps à cette prophétie du malheur. Non, il ne s’agit pas de cela. Ce n’est pas la fracture entre deux univers mais deux fractures dans chacun des univers entre ceux qui cherchent à se décentrer, à écouter le point de vue de l’autre et à entrer dans un dialogue critique et constructif et ceux qui ont une approche exclusive de la vérité, qui se définissent contre l’autre et ont une vision binaire du monde.
     
     
    - La polémique des caricatures va-t-elle avoir de graves conséquences sur les relations entre musulmans et Occidentaux ?
    - Oui, bien sûr, et tout le monde le sent. La situation nous échappe et on a l’impression que nous sommes emportés par une folie aveugle qui, à terme, fera le jeu des extrêmes. A droite, avec les discours qui présentent les musulmans comme « inintégrables » et jouent sur les peurs. De l’autre, les musulmans radicaux qui ne manqueront pas de vouloir prouver que l’Occident en a contre l’islam quand on défend le droit à présenter leur prophète avec un turban en forme de bombe. Nous n’avons donc ni le droit de nous taire en face de ces excès ni d’en rajouter en terme de provocations aussi stupides que méchantes.
     
     
    - Les Etats européens semblent tous désemparés par rapport à la manière dont ils doivent appréhender l’islam. Doivent-ils se concerter davantage ?
    - Il est très difficile pour eux de trouver une attitude commune, les mentalités et les approches diffèrent entre la Suisse, l’Angleterre, le Danemark ou la France. On sent un malaise partout, mais on ne réglera pas cette affaire en continuant à insister sur deux entités monolithiques. Beaucoup d’Occidentaux sont mal à l’aise et sentent qu’on va inutilement trop loin. Le même sentiment traverse les musulmans : il faut que ces esprits se rencontrent.
     
     
    - Le problème n’est pas qu’européen. Vous qui êtes un « passeur » entre l’islam modéré ou fondamentaliste et l’Occident, ne jugez-vous pas nécessaire un vrai débat interne à l’islam. Les catholiques, les protestants ont ce débat. Pourquoi pas l’islam ?
    - J’essaie de faire communiquer rationnellement et raisonnablement deux univers qui deviennent de plus en plus sourds l’un à l’autre. Par ailleurs, oui, le monde musulman doit se questionner sur ses principes et les nécessaires réformes, mais cela doit se faire de l’intérieur, de façon libre et autonome et non sous l’imposition de l’Occident, qui aimerait façonner un islam qui lui conviendrait. Il faut une réforme qui se marie à la liberté et à l’autonomie.
     
     
    - Pour conclure, une caricature satirique de Jésus vous choquerait-elle ?
    - Choquer ? Non, je m’y suis habitué mais cela ne me plaît pas. Je l’exprimerais, puis je passerais mon chemin. J’aime rire et sourire, mais pas de n’importe quoi.
     
    Source : Le Temps

    L’obsession identitaire des médias français

     par Cédric Housez*
     
    La société française se montre réticente à assumer son passé colonial et à accorder l’égalité en droits, dans les faits et non uniquement dans les textes, à ceux de ses citoyens qui sont issus de ces colonies. Cette inavouable xénophobie se traduit dans les médias dominants par un langage et un cadre de référence précis qui tendent à définir la nation par opposition à un islam imaginaire et repoussant. Cette rhétorique camoufle les conséquences socio-économiques de ce rejet en attribuant à des valeurs non occidentales, donc forcément impossibles à assimiler, la responsabilité de la marginalisation/communautarisation. Cédric Housez analyse en détails ce discours qui conforte à la fois le fond raciste de notre société et l’agenda politique d’un « occident » qui voudrait diaboliser le monde arabe pour mieux le piller en toute bonne conscience.
     
     
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    Il est bien difficile de préciser ce qu’est une « nation ». La définition de ce concept polysémique représente pourtant un enjeu politique déterminant.
    La nation est avant tout une communauté humaine réunie par un sentiment d’appartenance commun, c’est donc une donnée subjective qui dépend de chaque individu (se sent-il, ou non, membre d’une communauté nationale ?) et du reste de la communauté (reconnaît-elle l’individu comme membre à part entière ?). Malgré la subjectivité de ce concept, la nation est, cependant, souvent présentée par les médias ou les responsables politiques comme une donnée objective fondée, selon les cas, sur la langue, l’histoire, la religion, les valeurs, la domiciliation sur un territoire voire sur des mythes fondateurs ou une origine génétique fantasmée. Il est rare de pouvoir définir ce qui, parmi ces critères, fait précisément partie de l’identité nationale sans créer une polémique chez une partie de la nation ne se reconnaissant pas dans le critère choisi ou le trouvant, au contraire, trop large. Il est bien plus simple de définir ce qui ne fait pas partie de la nation afin d’offrir à la communauté nationale une identité par défaut, bien plus consensuelle. Cette identité en négatif se construit sur des stéréotypes associés aux populations appartenant à d’autres nations ou à des minorités se réclamant de l’appartenance à la nation mais étant rejetée par une partie de la communauté nationale.

    A partir du milieu du XXième siècle, la France a connu une immigration importante en provenance de ses colonies, puis ex-colonies. Les individus issus de cette immigration font désormais partie intégrante du pays, dont ils sont citoyens, comme le sont, ou l’étaient, bien souvent leurs parents. Toutefois, une partie de la population française, dite « de souche », refuse encore de les considérer comme faisant partie de la communauté nationale. Longtemps, il a été de bon ton d’affirmer que seules les classes populaires ou moyennes, n’ayant pas digéré le traumatisme de la décolonisation algérienne et, formant massivement la base électorale du Front national, rejetaient cette partie de leurs concitoyens. Mais force est de constater que ce sont les élites politiques, économiques et médiatiques françaises qui sont, aujourd’hui, les principaux obstacles à la reconnaissance des droits des populations françaises d’origine africaine.
    Ces populations sont fréquemment stigmatisées au travers d’un discours dominant respectant les canons du politiquement correct mais opposant, plus ou moins explicitement, « nous » (la population française dite « de souche », blanche et d’origine européenne) à « eux » (la population française issue des anciennes colonies françaises, voire la population française d’outre-mer). Ce discours se fonde médiatiquement sur une construction de l’information qui souligne et exacerbe les différences entre la minorité de Français d’origine africaine (maghrébine et noire) et le reste de la nation et, politiquement, sur une lecture communautaire des problèmes politiques ou sociaux.
    Mais cette rhétorique intervient également à un moment où les élites françaises se détournent du concept d’identité nationale pour valoriser une identité européenne, voire une identité « occidentale ». Ainsi, le discours politico-médiatique dominant jongle avec les paramètres identitaires selon les besoins, tantôt utilisant une identité française supposée non-compatible avec celle des « immigrés de Nième génération », tantôt soulignant la supposée identité « judéo-chrétienne » de l’Europe [1], tantôt opposant les civilisations « occidentale » et « islamique » sur le modèle du « Choc des civilisations » [2].
    Ce faisant, le discours dominant mêle un poncif xénophobe (l’impossible assimilation) et des slogans de la Guerre froide qui changent de sens en changeant d’époque. Ainsi les concepts de judeo-christianisme et d’Occident, qui étaient utilisés en opposition au marxisme athée et à l’Est, s’opposent désormais à l’islam et à l’Orient, sans que personne soit capable de les définir : les géopolitologues classent sans rire le Japon dans le camp de l’Occident judéo-chrétien.

    Ces dernières années, les mobilisations nées dans les années 80 se sont intensifiées : les Français noirs et d’origine maghrébine ont réclamé l’égalité des droits avec leurs concitoyens, une égalité reconnue juridiquement mais démentie dans les faits. Ce renouveau revendicatif, dont l’expression médiatique la plus connue s’est incarnée dans l’appel des « Indigènes de la République », s’inscrit dans un contexte international où la stigmatisation d’une identité musulmane, présentée comme unifiée et porteuse de menace, permet de justifier des guerres de ressources ou des re-colonisations.

    Récemment, les médias français ont donc montré un intérêt particulier pour des « questions de société » ou donné une lecture des évènements nationaux et internationaux qui ont permis, par association, de présenter une partie des citoyens français comme étrangers à la communauté nationale, et d’inventer une identité française, non plus républicaine mais « occidentale ». Ce biais induit spontanément une approbation de certaines politiques.

    L’islam fantasmé

    L’islam est sans doute l’un des sujets qui aura fait couler le plus d’encre en France ces dernières années. La plupart des titres de la presse papier mainstream y ont consacré des dossiers spéciaux. Il faut ajouter à cela une lecture « islamisée » de diverses questions politiques, nationales ou internationales. Les médias audiovisuels n’ont pas été en reste et les émissions de « débats », dont radios et télévisions sont friandes, ont souvent porté sur ce thème.
    L’islam y est répétitivement présenté sous l’angle de la menace, du péril ou de la subversion, au minimum de l’altérité ; jamais comme une croyance privée légitime, une liberté garantie par la République laïque. Cette tendance a été particulièrement remarquable lors du débat « à propos » du voile islamique dans les écoles [3], lors des émeutes dans certains centres urbains pauvres en France en novembre 2005 [4] ou lors de l’affaire des caricatures danoises [5]. Mais les médias mainstream n’ont pas eu besoin d’une actualité brûlante pour mettre ainsi en scène l’islam. Pour ne citer qu’eux, les trois principaux hebdomadaires d’information généraliste français, Le Point, L’Express et le Nouvel Observateur, ont réalisé, lors des six derniers mois, des dossiers spéciaux sur l’islam, sans les rattacher à une actualité immédiate et en utilisant toujours une tonalité menaçante.

    Le Point publia un dossier intitulé « Les islamistes et nous » [6], dans lequel les mosquées françaises étaient présentées comme un terreau fertile pour l’islamisme, lui-même principal vecteur idéologique du terrorisme [7]. Le dossier aboutissait logiquement à un soutien, plus ou moins affiché, à la politique états-unienne actuelle. L’Express développa une approche très similaire dans son dossier sur « la montée de l’islam en Europe » [8], quelques mois plus tard, et présenta la présence de l’islam dans l’Union européenne, et même la diversité religieuse et culturelle dans son ensemble, comme des dangers pour l’Europe, et par extension pour « l’Occident » [9]. Une semaine plus tard, c’était au tour du Nouvel Observateur, concurrent de centre-gauche des deux hebdomadaires précédemment cités, de rédiger un dossier spécial sur l’islam en France [10]. Bien que se montrant moins virulent dans sa critique que ses confrères, cette religion y était également présentée comme une menace potentielle. Ainsi, les journalistes Marie-France Etchegoin et Serge Raffy ouvraient leur propos sur ces interrogations inquiètes, à peine contrebalancées par une question rhétorique plus positive à la fin : « faut-il redouter une montée de l’intégrisme dans notre pays ? L’islam est-il une menace pour la laïcité, un nouvel opium pour les jeunes des banlieues en mal de repères ? Ou se révélera-t-il, comme jadis le catholicisme, beaucoup plus soluble qu’on ne l’imagine dans la République ? ». Le dossier consacrait également un encart, fort peu critique, aux mesures de contrôle des mentalités des musulmans mises en place dans le Land allemand du Bade-Wurtemberg [11], une innovation politique applaudie par les principaux théoriciens de « l’islamophobie », à l’instar de Daniel Pipes [12]. Ces mesures partent du postulat que les musulmans peuvent être davantage suspectés que les autres d’être des adversaires des valeurs démocratiques.

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    D’une manière générale, les médias français dépeignent l’islam comme une menace pour les lois de la République, pour la laïcité, pour la liberté d’expression, pour les droits des femmes et, via le terrorisme qui lui est souvent associé, pour la sécurité du pays ou de « l’Occident » dans son ensemble. Il est souvent associé à l’islamisme, qui est présenté pour sa part, suivant une rhétorique importée des cercles néo-conservateurs aux États-Unis, comme un nouveau totalitarisme, comparable au nazisme ou au stalinisme. Cette analogie s’appuie sur des amalgames boiteux et sur une vision unifiée d’un fondamentalisme musulman et même du monde musulman, qui dénote une méconnaissance totale de l’islam. Ceux qui pratiquent ces associations évitent de justifier le lien entre islamisme et fascisme et préfèrent employer des néologismes à l’impact marketing bien plus fiable qu’une démonstration argumentée. On a ainsi vu l’essayiste médiatique et chroniqueur au Point, Bernard Henri Lévy utiliser le terme « fascislamiste » et l’éditorialiste du Figaro, Yvan Rioufol, parler pour sa part de « nazislamiste ». Ces mots font écho au terme de prédilection du coordinateur des faucons états-uniens, Frank Gaffney, adepte pour sa part de l’épithète « islamofasciste ». Les deux éditorialistes ne sont pas les seuls en France à pratiquer ces jeux de langage.
    L’hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, désormais en pointe des médias français dans la dénonciation du « péril islamiste » [13] et qui s’était déjà illustré lors de l’affaire des caricatures danoises [14], a publié le 1er mars 2006 un manifeste intitulé « Ensemble contre le nouveau totalitarisme » [15], qui accrédite lui aussi l’amalgame entre islamisme et nazisme.

    La plupart des auteurs des articles consacrés à l’islam ou des éditorialistes se focalisant sur ce sujet se défendent de pratiquer un amalgame entre islamisme et islam ou affirment ne pratiquer qu’une critique légitime d’une religion. Notre intention n’est pas de défendre une religion ou de restreindre sa critique, nous observons simplement que nombre d’entre eux instrumentalisent la critique de l’islam pour en faire un moyen déguisé, et légal, d’appeler à la haine et à la discrimination à l’encontre d’une population.
    Dans son livre L’islam imaginaire [16], le journaliste Thomas Deltombe a analysé comment la parole médiatique dominante et le discours politique avaient progressivement construit un référentiel musulman pour désigner les populations françaises originaires des anciennes colonies. Commentant son ouvrage pour le site Oumma.com, l’auteur analysait ainsi les débuts du processus : « Au cours des années 1980, avec l’abandon des grilles de lecture marxistes et l’émergence de la « deuxième génération d’immigrés » sur la scène publique, on assiste à une première évolution : le registre « islamique » a tendance à être de plus en plus mobilisé par les médias pour parler d’« immigrés » qui ne sont plus, comme c’était le cas dans la décennie précédente, décrits d’abord comme des « travailleurs étrangers ». Ainsi, au moment où la question de l’« intégration » est placée au centre des débats, le recours à une grille de lecture « islamique » permet de perpétuer symboliquement la mise à distance d’un segment de la population dont chacun convient qu’il n’est plus « étranger ».  » [17]. Progressivement, selon l’auteur, on va voir se construire l’image manichéenne et sans nuance d’un islam bipolaire opposant « les musulmans intégrés » ou « modernes », présentés comme majoritaires mais sous-représentés quand il est question de l’islam dans les médias, opposés à « l’islamisme », présenté comme minoritaire mais sur lequel va se focaliser l’attention. Et la figure du terroriste va s’associer à celle de l’islamiste.

    L’islam est donc le prisme au travers duquel les populations issues des anciennes colonies françaises sont présentées et au travers duquel il est possible de les stigmatiser en tant que groupe. Rappelons que cette association est devenue si naturelle aux yeux de certains hommes politique que lorsque le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, développa ses idées en faveur de « l’intégration » des populations issues de l’immigration maghrébine dans l’émission 100 minutes pour convaincre de la chaîne de télévision d’État, France 2, le 9 décembre 2002, il se déclara favorable, entre autres mesures, à la nomination d’« un préfet musulman ».
    Notons que cette association entre les populations originaires du Maghreb et le terme « musulman » n’est pas nouvelle et renvoie à l’histoire coloniale. Il s’agissait en effet du nom générique pour désigner les populations indigènes dans les départements français d’Algérie, dénomination associée à un statut de citoyen de seconde catégorie [18].

    Histoire « communautaire » ou Histoire universelle ?

    La représentation des populations françaises originaires du Maghreb, d’Afrique noire et même parfois des DOM-TOM, reste fondamentalement marquée par les représentations coloniales.
    Pendant plus d’un siècle, les Français ont subi une propagande étatique légitimant la colonisation au travers d’un discours essentialiste, raciste et paternaliste qui a profondément marqué les esprits. Outre l’image des populations colonisées (et de leurs descendants) qui en a découlé, la période coloniale garde dans l’historiographie française une dimension ambiguë. Sans être niés (même si cela peut arriver), les crimes commis durant la période coloniale sont minimisés ou associés aux constructions d’infrastructures réalisées par l’occupant dans les pays conquis. Difficile de parler de la colonisation sans entendre parler des grandes réalisations de la France coloniale. Cet argument est profondément lié à l’idéologie coloniale puisqu’il occulte le fait que les infrastructures construites l’ont été au bénéfice du colonisateur et de l’exploitation des richesses locales à son profit et non dans une volonté d’aménager le territoire en vue du développement local. L’image de propagande d’un colonisateur bienfaiteur apportant la civilisation reste donc présente.
    En outre, cet argument se fonde sur le postulat que les peuples colonisés n’auraient pas pu parvenir à développer ces infrastructures en utilisant leurs propres ressources, sans une main extérieure capable de les construire à leur place. La logique paternaliste demeure.
    Elle reste d’ailleurs présente dès lors qu’il est question des anciennes colonies dans les médias : les problèmes des pays africains ou du Proche-Orient sont rarement associés aux conséquences de la colonisation ou d’un système post-colonial faisant encore, bien souvent, la part belle aux intérêts des anciennes métropoles. Dans une grande majorité des cas, les discours médiatique et politique dominants concernant ces pays attribuent les problèmes qu’ils connaissent à des causes internes, les pays « Occidentaux » étant les porteurs de solutions.

    Il est enfin bien difficile pour la France, d’accepter que nombre de crimes coloniaux ont été commis sur ordre de dirigeants politiques qui restent des figures tutélaires révérées en raison de leur action en métropole. Nombre d’entre eux continuent d’occuper les Hit-parades des personnalités historiques préférées des Français. Leurs crimes sont mal connus dans la population, les programmes scolaires s’étendant rarement sur le sujet.

    Or, l’affirmation politique des minorités ethniques en France passe par une remise en cause des préjugés coloniaux et même par une volonté de déconstruire l’imagerie, globalement positive, liée à cette période. On a assisté ces dernières années au développement d’un mouvement d’opinion cherchant une reconnaissance des crimes commis par les dirigeants français successifs dans les colonies. Une revendication particulièrement mal perçue par une majorité des élites politiques et médiatiques.

    En 1998, la député radicale de gauche de Guyane, Christiane Taubira, a proposé une loi à l’Assemblée nationale visant à faire reconnaître la traite et l’esclavage comme un crime contre l’Humanité. Cette loi fut adoptée en mai 2001. Le débat ouvert à cette occasion n’est cependant pas clos dans l’arène médiatique et il a retrouvé en 2005 une vigueur qu’il n’avait pas connue auparavant.

    Le 23 février 2005, un collectif de député de la majorité parlementaire fit adopter un amendement louant « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord » [19]. Cette loi provoqua d’abord une réaction indignée de l’Algérie puis la colère des organisations militant pour l’égalité de tous les citoyens français. À cette querelle est venue se mêler la relance de la demande de reconnaissance de l’esclavage comme d’un crime contre l’Humanité, soutenue, voire initiée, par l’action médiatique de l’humoriste Dieudonné. Enfin, la sortie, à l’approche des commémorations du bicentenaire de la victoire napoléonienne d’Austerlitz, du livre de l’historien et philosophe Claude Ribbe, Le crime de Napoléon [20], sur le rétablissement de l’esclavage par Napoléon Bonaparte en 1802 et les massacres commis par les forces françaises contre les Noirs révoltés, a provoqué un embrasement médiatique sur la question de l’histoire de France.

    La dénonciation des crimes coloniaux et de l’esclavage a été globalement critiquée dans les médias mainstream qui la présentent comme une expression politique communautariste, voire comme une marque d’hostilité contre « les Français ». Ce faisant, ceux qui manient cet argumentation excluent les populations noires ou arabes de la communauté nationale. En outre, ils disqualifient une revendication républicaine d’égalité en la qualifiant de « communautariste », alors que leur déni de l’Histoire manifeste un communautarisme blanc.
    Des historiens comme Max Gallo ou Olivier Pétré-Grenouilleau, remettant en cause la présentation de l’esclavage comme un crime contre l’Humanité, ont été conviés sur de nombreux plateaux de télévision ou ont été largement interviewés dans la presse papier. M. Petré Grenouilleau a même reçu le Prix du Sénat du Livre d’Histoire 2005 pour son travail comparant l’esclavage des noirs pratiqués par les Arabes et les déportations de masse d’esclaves organisées par les puissances européennes.
    Ces historiens, appuyés pour l’occasion par les milieux sionistes, reprochèrent aux mobilisations en faveur de la reconnaissance du crime esclavagiste de vouloir mettre sur le même plan la déportation et l’esclavage des Africains et la Shoah. L’argument glissa vite à une accusation d’un antisémitisme rampant de ces mouvements qui souhaiteraient, d’après leur détracteur, moins voir le crime de l’esclavage enfin reconnu que minimiser la monstruosité du génocide juif [21].

    (JPEG) Dans le même temps, la rhétorique selon laquelle « l’Occident » devait cesser de s’excuser pour son passé colonial, thèse traditionnelle de l’extrême droite revendiquée, retrouva un nouveau souffle. Certains penseurs sionistes ou atlantistes ont rallié cette dénonciation du « complexe colonial » après les attentats du 11 septembre 2001. Ils déploraient un manque de mobilisation de l’Europe contre le « péril islamiste » et l’attribuaient au souvenir honteux du passé colonial. L’essayiste Pascal Bruckner fut, en France, l’un des principaux chantres de la dénonciation du complexe de culpabilité européenne, jugeant que ce traumatisme devait être évacué par « l’Occident » qui devait s’unifier contre « l’islamisme ». Il accusait le « complexe colonial » de pousser des mouvements de gauche français à se montrer trop conciliants avec « les islamistes ». Il déclarait même à propos du Réseau Voltaire qu’en contestant la version bushienne du 11 septembre, nous émasculions nos lecteurs et ouvrions la porte aux hordes islamistes pour qu’elle commettent un nouveau génocide. Le rejet du « complexe colonial » fut largement repris par les auteurs français qui, durant l’année 2005, publièrent plusieurs ouvrages dénonçant la complaisance d’une partie de la gauche française à l’égard des « islamistes » et la naissance d’un courant qualifié d’« islamogauchiste » [22].

    La présentation d’un islam militant, adversaire de la démocratie, et voulant imposer ses valeurs à « l’Occident » et la dénonciation de la mobilisation en faveur de la reconnaissance des crimes coloniaux ont fini par former un agrégat argumentatif : les populations issues de l’immigration africaine souhaitent imposer leurs valeurs (« islamistes ») et leur lecture (« communautariste ») de l’Histoire à la communauté nationale française.
    C’est l’approche que le journaliste du Nouvel Observateur Claude Askolovitch, par ailleurs pourfendeur régulier des liens entre mouvements altermondialistes et organisations musulmanes [23], développa dans le mensuel L’Histoire en septembre 2005 [24]. Dans un long article consacré aux difficultés de l’enseignement de l’Histoire dans les collèges et lycées français, le journaliste consacra l’essentiel de sa réflexion au poids que constituait la présence des jeunes musulmans dans les cours, les accusant de refuser les enseignements sur la Shoah, les approches historiques concernant Mahomet et de commettre des violences antisémites.

    « L’insécurité » : pourquoi nous haïssent-ils ?

    En plus de l’Histoire et des valeurs françaises, les populations françaises issues de l’immigration africaine sont présentées comme une menace pour la sécurité des autres Français.

    Souvent, les médias français ont communautarisé les faits divers. Préciser l’origine, même lointaine, de l’auteur d’un acte délictueux, quand il est d’origine africaine, est une pratique journalistique malheureusement fréquente. Cette notification démontre que pour un grand nombre de journalistes, ou au moins de rédacteurs en chef, la précision de l’origine d’un délinquant ou d’un criminel est une information ou un élément d’appréciation pertinent permettant au public de mieux appréhender l’événement. Toutefois, cette pratique était rarement commentée et s’accompagnait rarement d’une théorisation permettant de la justifier. Il s’agissait pourtant de la mise en parallèle d’un acte délictueux et d’une origine, donc d’une tentative d’explication de l’acte antisocial par l’ethnie. Or, pendant longtemps, seule l’extrême droite assumée osait affirmer clairement ce supposé lien.
    Aujourd’hui, cette association est affichée et légitimée dans certains titres de la presse mainstream.

    Pierre Tévanian a analysé dans son livre Le ministère de la peur [25] comment les entrepreneurs en sécurité publique, les hommes politiques et les médias avaient progressivement dissocié la délinquance des questions sociales pour petit à petit l’ethniciser en multipliant les références lexicales empruntées au vocabulaire colonial. Aujourd’hui, nous sommes arrivés au terme de ce processus et le lien raciste entre violence et origines ethniques est désormais assumé.
    Ainsi, les violences en banlieues en France en novembre 2005 ont été l’occasion de présenter une violence d’origine ethnique. Pèle-mêle des éditorialistes ont accusé des groupes islamistes, des bandes criminelles composées sur des bases ethniques, voire la supposée incapacité des populations musulmanes à « s’intégrer », d’être responsables du désordre [26]. Quelques mois plus tard, soutenus par une campagne de presse fort opportune [27], le ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, se déclarait favorable à la création d’un fichier national révélant les origines ethniques des délinquants, pourtant contraire aux principes constitutionnels.

    (JPEG)

    Lors des émeutes de novembre 2005, un certain nombre d’éditorialistes, de commentateurs ou d’experts médiatiques ont également avancé l’idée que, non seulement, les violences avaient des mobiles ethniques ou religieux mais qu’elles exprimaient une haine de la République française en tant qu’institution, voire un rejet de « l’Occident ». Philippe Val présenta les émeutiers comme des hordes antisémites [28]. Alain Finkielkraut, dans une désormais célèbre interview à Ha’aretz [29] », dénonça également l’antisémitisme des émeutiers et affirma que c’était l’identité judéo-chrétienne de la France qui était visée par les violences. L’essayiste médiatique avait consacré une partie de ses nombreuses interventions dans la presse mainstream les mois précédents, à dénoncer le développement d’un « racisme anti-blanc » chez les jeunes noirs et arabes français suite à des agressions survenues au cours des manifestations lycéennes de février et mars 2005 [30].
    On retrouva ces argumentations sur la violence raciste, et surtout antisémite, à l’occasion des commentaires médiatiques entourant le décès d’Ilan Halimi, jeune français juif, tué après avoir été séquestré lors d’un rapt crapuleux [31].
    Conscients que la presse était allée trop vite et trop loin dans cette affaire, des intervenants conviés à une émission phare de la chaîne d’État France 5 consacrée à la déontologie des journalistes, rappelèrent que l’antisémitisme des criminels, s’il était avéré, n’impliquait pas que leur crime soit antisémite. Cependant, ils admettaient comme allant de soi que la foi musulmane des criminels était une preuve de leurs préjugés antisémites [32] .

    Non seulement les violences en France sont présentées comme étant majoritairement le fait de groupes classés ethniquement, mais elles peuvent également être présentées comme l’expression d’une haine raciste. Bref, elles sont analysées selon une grille de lecture similaire à celle qui a prévalu après les attentats du 11 septembre 2001 : il s’agit d’une déclaration de guerre du monde musulman à un « Occident » judéo-chrétien et démocratique haï.
    En outre, comme les Français issus de l’immigration sont assimilés à l’islam, lui même assimilé au terrorisme, ils peuvent représenter une menace en devenant les vecteurs du terrorisme en France.

    Une définition en négatif qui mène vers quoi ?

    Comme on peut le voir, les populations françaises originaires des anciennes colonies sont publiquement affublées d’une série de défauts qui les éloignent symboliquement du reste de la communauté nationale : tentées par l’islamisme, développant des systèmes de valeurs incompatibles avec les valeurs républicaines, ils sont incapables de s’intégrer à une communauté française « de souche » et souhaitent donc la transformer à leur image par l’influence ou la violence. Bref, ils veulent créer une « Eurabie » en France et en Europe. Certes, les médias dominants livrent rarement un portrait aussi cru et ils donnent régulièrement la parole à des Français noirs ou d’origine arabe présentés comme des modèles. Mais le fait même de les présenter comme des modèles les place en position d’exception. Même si les Français arabes ou noirs ne sont pas toujours dépeints expressément selon un portrait raciste, que reste-t-il chez les lecteurs des analyses successives associant ces Français à des « immigrés », forcément « musulmans », par conséquent tentés par « l’islamisme » et donc hostiles ? Et surtout, que faut-il penser des représentations intellectuelles de ceux qui dressent ce portrait par petites touches au travers de leurs articles ?

    Ce portrait permet de construire une image inversée de l’identité française selon les médias dominants. C’est l’image d’une France appartenant avant tout à « l’Occident », ensemble culturel judéo-chrétien et démocratique dont l’action est globalement bénéfique pour le monde. Comme les populations originaires d’Afrique ne parviennent pas à « s’intégrer » en France, il faut conclure que les différences culturelles entre le monde « musulman » et le monde « occidental » sont très importantes et surtout que les civilisations sont globalement imperméables. La France est aussi menacée parce qu’occidentale.
    Un tel portrait de la France l’éloigne de son idéal républicain et en fait un allié « naturel » d’Israël et des États-Unis dans la « guerre » qu’ils livrent au « terrorisme islamiste ».

     

    http://www.voltairenet.org/article136361.html

    Caricatures...

     

    Des caricatures de "terroristes" avec des bombes ou des sabres, ils y en a mille et même dans les journaux satiriques arabes. Caricaturer un terroriste islamiste, ok mais le journal de droite caricature le prophète de l'Islam. Ce n'est plus le terroriste qui est vecteur de terreur mais le prophète des musulmans. Donc la religion musulmane est vecteur de terreur. Les 1 milliards 400 millions de muslims sont donc assimilés à des terroristes par ces caricatures. Est-ce cela la liberté d'expression ? Les pogroms commencent toujours Par des campagnes de presse.

     

    2) J'aime Hitler, à mort les juifs avec leurs nez crochus, les juifs sont des radins. Et les noirs, des singes, des mangeurs de bananes et cannibale à leurs heures perdues, des analphabètes juste bon à courrir et danser. Les arabes ? Des arrières, egorgeurs de moutons, des masochistes fracassant leurs femmes et leurs filles, des terroristes enragés.

    Est ce la liberté d'expression ou l'expression libre de la haine ?

     

    ps : commentaire pris sur  ce lien : http://paris.indymedia.org/article.php3?id_article=50551#commentaires

    ca exprime en parti ce que je pense !! mon billet va venir ...