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    Refuzniks, la seule fierté d'Israel !

    HONNEUR À ITZIK SHABBAT, PREMIER REFUZNIK DE LA GUERRE DU LIBAN

    Le sergent de réserve Itzik Shabbat, 28 ans, est devenu mardi le premier objecteur de conscience israélien à refuser publiquement de servir la nouvelle guerre contre le Liban, rapporte mercredi la journaliste du Haaretz Lili Galili.

    Réalisateur de télévision, Shabbat est un habitant de Sderot, cette ville voisine de la bande de Gaza régulièrement visée par les tirs de Qassams palestiniens.

    Sderot est aussi la ville d’origine du ministre de la "défense" Amir Peretz, une ex "colombe" reconvertie en criminel de guerre.

    Itzik Shabbat a reçu lundi un ordre de mobilisation, en tant que réserviste, pour effectuer une période dans les territoires palestiniens occupés. Le gouvernement israélien a en effet augmenté, depuis son attaque du Liban, les mobilisations de réservistes, afin de dégager des troupes supplémentaires du service actif envoyées au Liban ou vers le Liban.

     Mardi soir, Shabbat n’avait pas encore décidé quelle forme publique il donnerait à son refus, indique Lili Galili : ou bien rejoindre son cantonnement de réserviste et y annoncer sa décision à la hiérarchie galonnée, ou bien plus simplement rester à la maison, et accepter d’être enregistré comme déserteur.

    « Je sais que je vais être attaqué par certains, qui fustigeront mon refus alors même que les Qassams tombent sur ma ville et que les Katyuchas touchent le nord. Mais de mon point de vue, mon geste est la seule manifestation capable de mettre fin à cette folie, et il est important de mettre à nu cette fausse impression que tout le monde, à l’arrière, soutient cette guerre inutile, fondée sur un discours mensonger », déclare Shabbat à Lili Galili.

     « Il faut bien qu’il y en ait un qui soit le premier à briser le silence, et ce sera moi. Il est vraiment honteux que mon ordre de mobilisation ait été signé par un autre habitant de Sderot, le ministre de la Défense Amir Peretz », ajoute-t-il.

     Shabbat précise qu’il a déjà informé ses supérieurs, et qu’il est prêt à subir des sanctions.

    "Chasse aux enfants : notre conscience nous interdit d'être complices"

    Appel de personnalités à l'initiative de la LDH

     

    Quelle conscience humaine peut accepter que des policiers se saisissent d’enfants de 3 et 6 ans dans leur classe pour les enfermer dans un commissariat et les expulser à l’aube avec leur mère parce qu’ils n’ont pas respecté les procédures édictées par les États ? C’est pourtant ce qui vient de se passer au Mans. Aucune loi, aucune politique ne peuvent conduire à un tel déni d’humanité. Nous avons la nausée devant la multiplication de ces situations ou des enfants, des adolescents sont les premières victimes d’une politique devenue folle. Ce ne sont pas les valeurs de la France que nous connaissons et que nous aimons qui s’expriment dans cette violence. Nous n’acceptons pas que l’on tente de nous berner en laissant croire que quelques centaines de personnes bénéficieront de mesures de faveurs, selon des critères absurdes, alors que ce sont plusieurs milliers de familles qui sont concernés. Nous n’acceptons pas que les vacances scolaires deviennent le temps où s’ouvre la chasse à l’enfant.

    Nous savons que dans toute société démocratique la loi est la règle qui s’impose à tous. Mais nous savons aussi que lorsque la loi viole des principes aussi élémentaires, c’est notre devoir de citoyens, notre devoir de conscience de ne pas s’y plier. C’est pourquoi, avec toutes les femmes et tous les hommes du Réseau éducation sans frontières, la Ligue des droits de l’Homme appelle à violer cette loi. Tant que celle-ci ne sera pas changée, nous nous opposerons aux mesures d’expulsion et nous offrirons aide et protection à ces familles.

     

    Premiers signataires :

    Isabelle Adjani, comédienne ; Ariane Ascaride, comédienne ; Gérard Aschieri, secrétaire général FSU ; Lucie Aubrac, ancienne résistante ; Raymond Aubrac, ancien résistant ; Martine Aubry, maire de Lille ; Isabelle Autissier, navigatrice ; Jean-Pierre Bacri, comédien ; Etienne Balibar, universitaire retraité ; Philippe Bataille, sociologue ; Françoise Basch ; Patrick Baudouin, président d’honneur de la FIDH ; Francine Bavay, vice-présidente du Conseil régional Ile-de-France ; Guy Bedos ; Martine Billard, députée de Paris ; Jane Birkin, actrice ; Sylvie Blocher, artiste ; Pierre Boulez, chef d’orchestre ; Joëlle Brunerie-Kauffmann ; Marie-Georges Buffet, secrétaire nationale du PCF ; Patrice Chéreau, metteur en scène ; Aïda Chouk, présidente du Syndicat de la Magistrature ; Pierre Conil, président du SAF ; Annick Coupé , déléguée générale de l’Union syndicale solidaires ; Didier Daeninckx, écrivain ; Bertrand Delanoë, maire de Paris ; Jean-Pierre Dubois, président de la LDH ; Olivier Ducastel, réalisateur ; Claire Etcherelli, écrivain ; Geneviève Fraisse, directrice de recherche CNRS ; Jacques Gaillot, évêque de Partenia ; Costa Gavras, cinéaste ; François Gèze, éditeur ; Robert Guediguian, metteur en scène  ; Gisèle Halimi, avocate ; Razzye Hammadi, président du MJS ; Adeline Hazan, secrétaire nationale aux droits de l’Homme du PS ; Stéphane Hessel, ambassadeur de France ; François Hollande, premier secrétaire du PS ; Daniel Jacoby, président d’honneur de la FIDH ; Albert Jacquard, professeur honoraire ; Bruno Julliard, président de l’UNEF ; Sidiki Kaba, président de la FIDH ; Georges Kiejman, avocat, ancien ministre ; Jean-Marie Laclavetine, écrivain ; Jean Lacouture, écrivain ; Jack Lang, ancien ministre de l’Education nationale ;  Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH ; Noël Mamère , député de Gironde ; Gustave Massiah, président du CRID ; Marie-José Mondzain, directeur de recherche au CNRS ; Michel Morineau, président de la FOL de l’Yonne ; Alain Olive, secrétaire général de l’UNSA ; Paul Otchakovsky-Laurens, éditeur ; Daniel Pennac, écrivain ; Jean Rouaud, écrivain ; Claude Sérillon, journaliste ; Françoise Seligmann, présidente d’honneur de la LDH ; Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT ; Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH ; Dominique Voynet, sénatrice de Seine-Saint-Denis.

     

    Cet appel a également été signé par les personnalités suivantes :

    Pierre Aidenbaum, maire du 3e arrondissement de Paris ; Huguette Bello, députée de la Réunion ; Chantal Barbacci, conseillère régionale de Lorraine ; Olivier Besancenot, porte-parole de la LCR ; Sophie Bessis, secrétaire général adjointe de la FIDH ; Didier Bezace, comédien, metteur en scène ; Joëlle Borowski, conseillère régionale de Lorraine ; Céline Bothorel, comédienne ; Gérard Boulanger, avocat ; Khédidja Bourcart, maire-adjointe chargée de l'intégration et des étrangers non communautaires ville de Paris ; Patrick Braouezec, député de Seine-Saint-Denis et président de Plaine Commune ; Edmonde Charles-Roux, écrivain ; Peter Chase, compositeur ; Samuel Churin, comédien ; Antoine Comte, avocat ; Franck Delattre, conseil régional de Picardie ; Laurence Demonet, vice-présidente du Conseil régional de Lorraine ; Yvon Deschamps, adjoint au maire de Lyon ; Hélène Duffau, écrivaine ; Martine Dugowson, réalisatrice ; Driss El Yazami, secrétaire général de la FIDH ; Aude Evin, conseillère régionale Ile-de-France ; Marie-Thérèse Gansoinat-Ravaine, vice-présidente du Conseil régional de Lorraine ; Benoît Hamon, député européen ; Francis Jacob, avocat ; Alain Joxe, chercheur ; Pénélope Komitès, adjointe au maire de Paris en charge du handicap et conseillère du 12ème arrondissement ; André Langaney ; Jean-Pierre Liouville, président du groupe socialiste du Conseil régional de Lorraine ; Bernard Lortholary, traducteur ; Perrine Lurcel, comédienne ; Bertrand Mertz, vice-président du Conseil régional de Lorraine ;  Ivan Morane, metteur en scène théâtre et opéra ; Eric Naulleau, directeur des éditions L'Esprit des Péninsules ; Marie-Odile Novelli, vice-présidente du Conseil régional Rhône-Alpes ; Louis Pelaez, adjoint au maire de Lyon ; Gilles Perrault, écrivain ; Gisèle Printz, sénatrice de Moselle ; Maurice Rajsfus, écrivain, président de l’Observatoire des libertés publiques ; Alain Reuteur, conseiller régional de Picardie ; Mylène Stambouli, maire adjointe ville de Paris ; Michaël Weber, conseiller régional de Lorraine ; Paola Zanetti, conseillère régional de Lorraine.

     

    Paris, le 29 juin 2006

     

    http://www.ldh-france.org/actu_derniereheure.cfm?idactu=1263

    Une mesure sarkozyste qui coupe le souffle

     

     

    Nouvelle preuve accablante des dérapages verbaux, du jacobinisme écrasant et du nationalisme triomphant !

    Nicolas Sarkozy vient d'annoncer qu'il accorderait sa clémence à quelques familles immigrées arrivées clandestinement en France, pour peu qu'elles aient des enfants scolarisés. Avec trois critères, citation du Ministre devant les sénateurs : "Lorsqu'un enfant étranger est né en France ou qu'il y est arrivé en très bas âge, qu'il est scolarisé en France, qu'il ne parle pas la langue de son pays d'origine, qu'il n'a donc aucun lien avec ce pays, il serait très cruel de l'y reconduire de force".

    Les deux premiers points sont quantifiables. Le troisième point est beaucoup plus pernicieux : comment juger de la méconnaissance d'une langue, et pourquoi une telle demande ? Comment accepter qu'un ministre de la République exige que des enfants renoncent à leur langue maternelle ?

    C'est certes un argument éculé, mais a-t-on demandé au petit Nicolas s'il savait parler hongrois ? Et lui a-t-on demandé d'oublier d'où venait son père ?

    Va-t-on également demander à tous les enfants alsaciens, basques, bretons et corses de ne plus parler leur langue régionale, voire la langue de leurs voisins allemands, italiens, espagnols ?

    Il n'existe aucun pays au monde qui ne demande à ses immigrants d'oublier leur langue maternelle. Dans un nouveau pays, bien différent de leur patrie originelle, cette langue constitue l'une des dernières attaches liant ces enfants à leur histoire et leur culture.

    En plaçant le français au-dessus des autres langues, cette règle du ministre de l'intérieur est un déni culturel, recalant certaines langues étrangères à la douane française. Elle est également inégalitaire : pourquoi demander à des immigrés clandestins ce qu'on ne demandera pas aux ressortissants italiens, autrichiens ou hongrois venant vivre et élever leurs enfants en France et leur apprenant leur langue maternelle ?

    Pour les Alternatifs, cette nouvelle preuve accablante des dérapages verbaux du jacobinisme écrasant et du nationalisme triomphant n'est qu'une raison supplémentaire pour se mobiliser pour la régularisation de tous les sans-papiers.
     
    Pour une Gauche Alternative, égalitaire, féministe, écologiste et
    autogestionnaires
     
     
    Nantes/Naoned 9/06/06 21:08 par Les Alternatifs 44

    sarkozy ou la banalisation des idées du front national

    Non les mots de Nicolas Sarkozy et ses provocations a répétitions comme celles d'un le Pen n'ont rien d'anodines, des mot sécurité répétés jusqu'à l'overdose, des mots comme karcher racaille voyoux de banlieues , sauvages urbains comme pendant le mouvement anti cpe, insécurité toute cette idéologie sécuritaire que ce monsieur qui a oublié qu'il était lui aussi un fils d'immigré nous assène sans discontinuer depuis qu'il a pris ses fonctions au ministère de l'intérieur sont a combattre sans tréves

    Rappelons que depuis que l'ump est au pouvoir elle a fait voter et appliquer 16 des 33 propositions du programme raciste du front national

    Dernière sarkozerie en date

    Cette fois ci il s'en prend aux noirs

    Revenant une fois de plus sur la réforme de l'ordonnance de 1945 (modifiée déjà plus de 20 fois depuis cette date), Nicolas Sarkozy déclarait lors du conseil des ministres du 31 mai 2006 : "Les mineurs de 1945 n'ont rien à voir avec les géants noirs des banlieues d'aujourd'hui, qui ont moins de 18 ans et font peur à tout lemonde" (Le Canard enchaîné du 7 juin 2006).

    Transmis aux "géants noirs". des banlieues qui apprécieront ces mots ignoibles puants de néo colonialisme

     

    http://paris.indymedia.org

    Devant la barbarie israélienne, les Palestiniens ne plient pas

    Devant la barbarie israélienne, les Palestiniens ne plient pas.

    Alors qu'Israël resserre son étau sur les dirigeants politiques et les activistes du Hamas avec l'intention affichée de renverser le gouvernement mis en place après les législatives palestiniennes de janvier et remportées démocratiquement par le Hamas, les Palestiniens et le premier ministre palestinien Ismaïl Haniyeh, tiennent tête à israel tout en entrouvrant la voie de la diplomatie.

    Discours d'Ismaïl Haniyeh cet apres-midi : "...les Israéliens peuvent assassiner des dirigeants, arrêter des ministres et des députés, mais notre drapeau ne tombera pas", a-t-il proclamé devant des fidèles dans une mosquée de Gaza alors que des appareils israéliens survolaient la zone. "Les menaces ne nous effraient pas. Ce qui se passe aujourd'hui est une expansion de la guerre totale et un plan qui va au-delà du soldat enlevé. Cette agression totale contre le peuple palestinien a pour but de le faire plier. Cette alliance impie veut la mort du gouvernement".

    Israel peut avec sa barbarie enlever et rayer tous les responsables politques palestiniens de quel bords qu'ils soient, mais JAMAIS, JAMAIS israel et sa barbarie ne pourront rayer la volonté et la détermination du peuple palestinien qui de toute façon réélira les responsables qu'il veut. Et plus israel s'obstine dans sa barbarie, ses crimes et son terrorisme d'Etat, plus les palestinins s'obstineront à soutenir le Hamas et par conséquent le réélir à chaque fois.

    La volonté d'un peuple est indestructible, encore moins avec des chars !

    Sarkozy dérape de nouveau

    Ceux qui n'aiment pas la France" ne sont pas obligés d'y rester, a réaffirmé le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy.

    Dans un discours prononcé à Agen (Lot-et-Garonne) dans la perspective de sa candidature à l'élection présidentielle de 2007, le président de l'UMP a repris un thème qu'il avait testé le 22 avril devant de nouveaux adhérents de l'UMP.

    Il a dénoncé pêle-mêle "ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu'eux-mêmes ne doivent rien à personne (...), ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l'Histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard (...), ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s'intégrer par l'effort et par le travail."

    source agence Reuters

    Une accusation extremement grave qui ne touchent qu'une partie des personnes issus des peules colonisés mais tous sans exception.

    La france a une dette pour les massacres qu'elle a commis dans ses colonies. Il est , de plus, legitime, que les français de tous les horizons puissent rappeler les pages les plus noirs de cette Histoire commune n'en deplaise au ministre de l'interieur.

    Il y a une compensation, celle de la verité Historique.

    Enfin, sous entendre que les gens issus des colonies sont des profiteurs de l'effort d'autrui et qu'ils refusent l'effort collectif est une idée sans fondement, et même une insulte.

    Encore une fois, le thème de l'integration, à défaut de parler du vrai problème qui est la discrimination, occulte les problèmes importants des français comme le chômage et l'absence de perspective.

    Ces propos prouvent encore une fois l'incurie de nos politiciens à resoudre nos problèmes.

    http://www.u-blog.net/lavraieactualite


    merci Daniel ! merci pour la fenêtre de liberté que tu ne offres !!!

    Où va France Inter ?
    La Société des producteurs et collaborateurs spécialisés de France Inter vous invite à en débattre en public avec des auditeurs, chercheurs, journalistes, animateurs, syndicalistes, invités surprises…
    RENDEZ-VOUS JEUDI 29 JUIN
    A PARTIR DE 20H00
    GYMNASE JAPY
    2 rue Japy, 75011 Paris
    Métro Voltaire

    Pour en savoir plus :
    lire le communiqué de la Société des producteurs et collaborateurs spécialisés de France Inter

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    URGENT PETITION
      Là-bas si j’y suis
    ne reprendrait pas en septembre !

    Contrairement à ce qu’avait annoncé le nouveau directeur de France Inter, l’émission de Daniel Mermet «Là-bas si j’y suis» ne figurerait pas dans la grille à la rentrée de septembre.

    Actuellement programmée à 17 heures avec une excellente audience (500 000 auditeurs) «Là-bas» serait programmée à 15 heures ce qui lui ferait perdre plus de 50% de ses auditeurs, la tranche horaire de 15 heures étant traditionnellement beaucoup moins écoutée quelle que soit la radio considérée.

    Là-bas si j’y suis n’est pas une émission neutre et cette relégation n’est pas neutre, surtout au lendemain de mobilisations sociales et au seuil d’une année électorale.

    Faut-il rappeler que l’actuel président de Radio France Jean-Paul Cluzel, Inspecteur général des finances, longtemps collaborateur de Jacques Chirac, intime d’Alain Juppé et récemment reconverti au sarkozysme n’a pas fait mystère, dans un entretien au Figaro Magazine, de ses idées « de droite, catholiques et libérales ».

    Depuis son arrivée marquée par une brutale reprise en main provoquant le départ de personnalités emblématiques comme Pierre Bouteiller et Jean-Luc Hees, c’est près de 400 000 auditeurs qui ont quitté France Inter en moins de deux ans.

    Ainsi avec la campagne pour le référendum sur la constitution européenne du 29 mai 2005 où la tranche «7/9» s’est distinguée par un soutien déchaîné et sans contrepartie au OUI, c’est environ 250 000 auditeurs qui ont quitté l’antenne et ne sont pas revenus. Dans le même temps « Là-bas si j’y suis » gagnait 45 000 nouveaux auditeurs.

    Le 2 mai à la surprise générale, Frédéric Schlessinger, un nouveau directeur a été nommé à la tête de la station. Inconnu de France Inter qu’il reconnaît ne pas connaître d’avantage, cet ancien responsable du pôle radio du groupe Lagardère s’empresse de couper quelques têtes parmi les plus chères aux auditeurs. Le dernier en date étant Alain Rey une des voix les plus aimées d’Inter.

    Mais n’en doutons pas les auditeurs seront sans doute consolés par l’arrivée de M.O.F. (Marc Olivier Fogiel).

    Et tout cela dans quel but ? Sauver France Inter en faisant remonter par tous les moyens le chiffre des sondages d’audience.

    Ces chiffres sont éminemment discutables et l’on ne fait pas de la radio avec des chiffres. Or même si l’on accepte d’entrer dans cette logique, pourquoi pénaliser « Là-bas » dont le très bon taux d’audience est un des rares en augmentation alors que plusieurs émissions qui ont perdu des auditeurs sont maintenues ?

    Ces incohérences ne peuvent dissimuler une volonté politique et idéologique très claire de casser « Là-bas si j’y suis » avant d’en débarrasser la grille de France Inter.

    Nous devons nous opposer vigoureusement à ces manipulations. Financée par la redevance, Radio France est un bien public, « la plus grande école de la République » et l’un des seuls espaces médiatiques en France qui n’ait pas pour but de vendre du temps de cerveau humain disponible aux annonceurs.

    Cette relégation ne concerne pas seulement Daniel Mermet et l’équipe de Là-bas, c’est un mépris pour ceux qui depuis des années écoutent cette émission et peuvent simplement s’y faire une image différente du monde « à l’écoute de la différence ».

    Mépris aussi et avant tout pour ceux dont les voix, ici et ailleurs, de charniers en chantiers, de souffrances en résistances, seraient encore un peu plus étouffées.
     
    Limoges, le 16 juin 2006 à 21h30
    NON A LA DISPARITION DE
    LA-BAS SI J’Y SUIS !

    La reconnaissance que j'ai pour cette république ne m'empechera de mettre mes griefs sur la place publique !!

    «Division» de la gauche : Le «double langage» de Caroline Fourest

    par Cédric Housez


    L’animatrice de l’association Prochoix et journaliste à l’hebdomadaire satirique français Charlie Hebdo, Caroline Fourest, a publié aux Éditions Grasset La Tentation obscurantiste. Dans cet essai, elle poursuit son travail de dénonciation des mouvements français de gauche anti-impérialistes, coupables, d’après elle, de complaisance avec les « islamistes ». Nous avons déjà décrit dans nos colonnes comment Prochoix, par les écrits de ses principales animatrices Caroline Fourest et Fiammetta Venner, et Charlie Hebdo, essentiellement via les éditoriaux de Philippe Val, avaient élargi la définition de « l’islamisme » pour finalement y inclure la plupart des mouvements anti-impérialistes d’inspiration musulmane [1].

    En diabolisant, grâce à des amalgames répétés, les organisations musulmanes, Caroline Fourest, Fiammetta Venner et Philippe Val participent à un mouvement plus large orchestré par des journalistes, des dirigeants politiques et des responsables associatifs qui veulent prévenir, pour des raisons diverses, la formation d’un vaste pôle anti-impérialiste englobant aussi bien des organisations musulmanes que des organisations contestataires. Toutefois, pour avoir une certaine efficacité, le discours diabolisant les organisations musulmanes aux yeux des mouvements contestataires doit être émis par des personnes ayant une aura prestigieuse ou disposant au moins d’une bonne audience dans ces mouvements. Or, l’image de Prochoix et de Charlie Hebdo a été mise à mal auprès de ces mouvements grâce au travail de décryptage et d’analyses critiques d’associations [2] ou de publications [3] qui se sont employés à mettre en lumière les présupposés et les distorsions de la réalité sur lesquels se fondaient les écrits des animatrices de Prochoix et le directeur de Charlie Hebdo.

    La tentation obscurantiste n’apporte pas grand chose de nouveau aux lecteurs des précédents ouvrages de Caroline Fourest ou Fiammetta Venner. Dans leurs livres contre Tariq Ramadan [4], l’UOIF [5] ou Thierry Meyssan [6], elles ont toujours consacré des chapitres aux réseaux, plus ou moins fantasmés, de ces adversaires désignés. Les « liaisons dangereuses » que ce livre prétend afficher doivent beaucoup à ces chapitres. L’innovation réside dans la théorisation d’une division de la gauche française en deux pôles : un pôle « antitotalitaire » et un pôle « tiers-mondiste ». Pour l’auteur, la gauche est ainsi divisé en deux sensibilités : une « Sensibilité A (prioritairement anti-totalitaire) : Se référant au nazisme, cette sensibilité là est viscéralement attachée à la notion de liberté et traque en permanence la menace d’un nouveau danger totalitaire et/ou génocidaire. » [7] et une « Sensibilité B (prioritairement tiers-mondiste) : Se référant au colonialisme, cette sensibilité là est viscéralement attachée au droit à l’autodétermination et traque en permanence la manifestation du colonialisme et de l’impérialisme » [8].

    Or, d’après C. Fourest, si la « sensibilité A » est également sensible aux questions du colonialisme, une part de la « sensibilité B » est totalement aveugle aux dérives pour les libertés que la « mouvance islamiste » ferait peser, d’après elle, sur les sociétés « occidentales ». Certaines organisations, comme le Réseau Voltaire, seraient même des « collaborateurs actifs » de « l’islamisme » [9]. Il existerait donc une gauche responsable et désireuse de soulager aussi bien la misère du monde que de protéger les libertés de chacun et une qui, par aveuglement, ouvrirait les portes de « l’Occident » à l’islamisme.

    Cette distinction entre deux gauches, l’une vertueuse, l’autre aveugle ou complice, n’est pas isolée dans le champ médiatique actuel. C. Fourest n’en fait pas totalement mystère puisqu’elle présente comme une référence l’éditorial de Philippe Val de Charlie Hebdo du 31 août 2005, intitulé « Traîtres et Crétins » [10]. Elle oublie toutefois de préciser que l’argumentation de Philippe Val n’était pas isolée et que le lendemain de sa publication Bernard Henri Lévy dans Le Point et Jacques Julliard dans Le Nouvel Observateur développait une argumentation en tous points identique, reprenant l’argument opposant une gauche inspirée de Jules Guesde et une autre inspirée par Jean Jaurès [11]. Si l’auteur omet de mentionner cet élément, elle n’oublie pas en revanche de citer Bernard Henri Lévy (par ailleurs, membre éminent de la maison Grasset qui la publie) et Jean Daniel (cofondateur et directeur du Nouvel Observateur) parmi les sources intellectuelles de la « sensibilité A ». On peut donc voir dans cette distinction entre deux sensibilités de gauche, la réactivation par un petit groupe d’éditorialistes influents de la vieille division entre gauche communiste et anti-communiste, réécrit et réadapté à la mode du « Choc des civilisations ».
    Par ailleurs, C. Fourest n’est pas la seule à relayer cette idée puisque Le Point du 3 novembre 2005, met côte à côte trois essais parus récemment et ayant pour point commun, selon l’hebdomadaire, de dénoncer les « alliances avec les islamistes » à gauche [12] : La Tentation obscrurantiste de Caroline Fourest, SOS Antiracisme [13] de Dominique Sopo (président de SOS Racisme dont les positions sont louées par C. Fourest dans son essai, tout comme celle de son prédécesseur Malek Boutih, aujourd’hui au Parti socialiste) et le Socialisme des Imbéciles [14] d’Alexis Lacroix. Cet article vantant les trois livres paraissait une semaine après que Le Point ait publié un grand dossier agitant « la menace islamiste » [15]

    Replacé dans son contexte médiatique et éditorial, l’essai de Caroline Fourest apparaît donc comme un nouvel épisode de la stratégie visant à casser les alliances anti-impérialistes. Cela n’empêche pas l’auteur d’essayer de se donner une image de militante de gauche sincère en nuançant légèrement la tonalité agressive qui caractérisait ses ouvrages ou articles passés et en s’indignant du sort des Palestiniens souffrant de la politique d’Israël, ce qui n’est pas fréquent chez elle.

    Toutefois, quel crédit à apporter à ce soudain affichage d’une préoccupation autrefois largement ignorée ? En effet, on peut se demander si Caroline Fourest ne développe pas un « double langage », tenant des propos à destination de l’opinion de gauche francophone et donnant des gages aux milieux atlantistes ou néo-conservateurs d’autre part. Alors que C. Fourest s’acharne à affirmer que Tariq Ramadan tient un « double discours » en se basant sur les textes de l’auteur et ses intentions supposées [16], il est facile de démontrer le « double discours » de Caroline Fourest en se fondant sur son dernier livre et en le comparant à ce qu’elle écrivait dans l’édition européenne du Wall Street Journal du 2 février 2005.

    Dans La Tentation obscurantiste, C. Fourest déclare à propos de « l’islamisme » : « Alors que [l]es démons du nazisme et du stalinisme semblent loin, nous recevons l’écume de cette troisième vague. Celle du troisième totalitarisme en marche.[…] Youssef al-Qaradhawi croît à la possibilité de conquérir l’Europe par le prosélytisme.[…]Personnellement, je ne crois pas à ce risque. Pas en tant qu’islamisation. Les groupes intégristes musulmans sont minoritaires parmi les musulmans d’Europe. Le risque ne vient pas des Français d’origine maghrébine, ultramajoritairement laïques, mais bien de cette gauche obscurantiste prête à fournir les commissaires politiques et les petits soldats qui manquent aux intégristres. » [17]. Si le début de notre citation est alarmiste, la conclusion vient calmer l’image paranoïaque et présente l’auteur comme une militante inquiète uniquement par les dérives de la « Sensibilité B. » et non par le comportement des musulmans en Europe.

    Dans une tribune intitulée « The war for Eurabia » et publié dans le très néo-conservateur Wall Street Journal, le ton est tout autre : « Depuis leur tentative avortée pour prendre le pouvoir en Égypte, et plus encore depuis qu’ils ont perdu la guerre civile en Algérie, l’Europe est devenue la principale priorité : le troisième round des islamistes ». Il n’est pas question ici des doutes de l’auteur concernant le risque d’islamisation de l’Europe. Plus loin, C. Fourest précise les raisons du « danger » qu’elle croît observer : « En Europe, ils tirent avantage de la liberté d’expression et de la démocratie tout comme de l’échec des Arabes à s’intégrer. Ici, ils recrutent comme bon leur semble.[…]L’Occident est utilisé comme un formidable camp de base pour recruter de nouvelles troupes. Avec elles, les islamistes espèrent prendre leur revanche en Orient ». [18]. Ici, il n’est plus question de la résistance des Français d’origine maghrébine profondément laïques, mais d’un foyer de recrutement important et donc d’une menace, et surtout d’une menace fondamentalement exogène puisque ce sont « les Arabes » qui ne parviennent pas à s’intégrer, la question des discriminations n’est pas évoquée. L’auteur conclut sa tribune en demandant des mesures pour restreindre la liberté d’expression afin que les « islamistes » ne puissent pas utiliser les outils démocratiques pour leur « propagande ».


    Étrange conclusion pour une auteur qui, en bonne représentante de la « Sensibilité A » est « viscéralement attachée à la notion de liberté ». Il est vrai qu’on ne s’adresse pas au même public quand on écrit dans Charlie Hebdo et quand on écrit dans le Wall Street Journal, dans ce dernier on peut utiliser en titre le terme « Eurabia », concept raciste inventé par la militante sioniste Bat Ye’or et censé décrire l’annexion prochaine de l’Europe par le monde islamique.

    De même, que faut-il penser des propos de Caroline Fourest condamnant l’invasion de l’Irak quand Fiammetta Venner, compagne de C. Fourest et co-animatrice de Prochoix, voit la résistance irakienne comme un rassemblement de « jihadistes » et le soutien aux résistants irakiens comme une preuve d’« islamisme » ? C’est ce qu’on peut retirer d’une tribune écrite par F. Venner également dans l’édition européenne du Wall Street Journal [19].

    Rappelons enfin que La Tentation obscurantiste est parue chez Grasset, maison d’édition dont le directeur littéraire est Manuel Carcassonne. M. Carcassone est membre de la French-American Foundation, organisation anciennement présidée par John Negroponte, aujourd’hui directeur du renseignement états-unien après avoir été ambassadeur états-unien à Bagdad pour contrôler l’occupation et responsable de l’organisation des escadrons de la mort en Amérique centrale dans les années 80.

    M. Negroponte doit-il être lui aussi vu comme un inspirateur de la « Sensibilité A », avant toute chose « antitotalitaire » ?


    Cédric Housez

    Spécialiste français en communication politique, rédacteur en chef de la rubrique « Tribunes et décryptages ».

    [1] « Vendre le « choc des civilisations » à la gauche », par Cédric Housez, Voltaire, 30 août 2005.

    [2] Les Mots sont importants, Une École pour Tous, ACRIMED ou le Réseau Voltaire, pour avoir fait ce travail, subissent les foudres de Caroline Fourest dans La Tentation obscurantiste et sont régulièrement dénigrés dans le Blog de Prochoix.

    [3] CQFD, Voltaire ou PLPL, par exemple. C’est notamment dans PLPL n° 26 que nous avons pris connaissance des deux tribunes de Caroline Fourest et Fiammetta Venner dans le Wall Street Journal que nous citons plus bas.

    [4] Frère Tariq, discours, stratégie et méthode de Tariq Ramadan, Caroline Fourest, Grasset, octobre 2004

    [5] OPA sur l’islam de France, les ambitions de l’UOIF, Fiammetta Venner, Calmann-Lévy, avril 2005.

    [6] L’Effroyable Imposteur, Fiammetta Venner, Grasset, février 2005.

    [7] La tentation obscurantiste, Caroline Fourest, Grasset, p. 48.

    [8] Ibid.

    [9] « Il existe même un degré de collaboration supplémentaire : la collaboration active, qui consiste à prendre carrément le parti des islamistes contre l’Amérique. Le succès auprès de certains cercles d’un livre comme L’Effroyable Imposture […], est très symptomatique de ce choix que certains progressistes ont fait sans l’avouer. C. Fourest, op. cité. p. 29, 30.

    [10] « À ce sujet, lire l’éditorial de Philippe Val, « Traites et Crétins » où il explique que cette affaire est symptomatique d’une fracture qui continue toujours : celle entre les révolutionnaires, symbolisés par Guesde – « le premier crétin » - et les sociaux-démocrates symbolisés par Jaurès – « le premier traître ». », C. Fourest, op. cité, note de fin d’ouvrage référençant la page 54.

    [11] Similarités que nous avions relevées : « Marketing : trois journaux différents pour un même éditorial », Voltaire, 13 septembre 2005.

    [12] « Sus à l’"obscurantisme de gauche !" », Le Point, 3 novembre 2005. Le rapprochement entre les ouvrages de Dominique Sopo et de Caroline Fourest sera également fait par le supplément du journal Le Monde, Le Monde des Livres, qui fera une critique élogieuse des deux essais : « L’antiracisme perverti des "exotiques" et des "obscurantistes" », par Jean Birnbaum, Le Monde des Livres, 24 novembre 2005.

    [13] SOS Antiracisme, Dominique Sopo, Denoël, octobre 2005. Notons que le titre SOS Antiracisme est également le titre d’un éditorial de Philippe Val dans Charlie Hebdo du 3 novembre 2004. Cet éditorial appelait les militants de gauche à ne pas se rendre à une manifestation unitaire antiraciste qu’organisait un grand nombre d’organisations antiracistes française mais à laquelle SOS Racisme avait refusé de se joindre.

    [14] Le Socialisme des Imbéciles, Alexis Lacroix, Table ronde, avril 2004.

    [15] « Les islamistes et Nous », Le Point, 20 octobre 2005. Ce dossier a été analysé dans notre rubrique « Piège à la Une » : « « Le Point » et l’islam », par Ossama Lotfy, Voltaire, 2 novembre 2005.

    [16] Cette thématique est développée conjointement avec Antoine Sfeir, autre référence de la « Sensibilité A » selon La tentation obscurantiste.

    [17] C. Fourest, op. cité. p. 150, 151. Ce passage sert également de conclusion à la critique élogieuse que Gérard Biard fait de l’ouvrage de sa collègue dans Charlie Hebdo du 30 novembre 2005.

    [18] « The War For Eurabia », par Caroline Fourest, Wall Street Journal Europe, 2 février 2005.

    [19] « Dangerous Liaisons », par F. Venner, Wall Street Journal Europe, 15 juillet 2005. Dans cette tribune publiée une semaine après les attentats de Londres, elle affirme que les attentats mettent fin à un accord entre les « islamistes » et les services de renseignement britanniques permettant aux premiers de développer leurs activités depuis Londres en échange d’une immunité britannique aux attentats. Il s’agit là d’une analyse comparable à celle du théoricien raciste Daniel Pipes.

     

    http://grenoble.indymedia.org/index.php?page=article&filtre=0&droiteA=0&numpageA=1&id=2900

    Rencontre-débat : Acrimed a dix ans ... et toutes ses dents

    Qu’on se le dise : Acrimed a dix ans

    La critique des médias en question

    Bilan et projets, débat et buffet

    Le Samedi 17 juin à 19 heures

    Avec Patrick Champagne, Serge Halimi, Henri Maler, Aline Pailler

    Dans un cadre enchanteur : 52, rue Servan 75011 Paris. Métro Saint Maur


    1996-2006 : Acrimed a dix ans ... et toutes ses dents

    Novembre et décembre 1995 : face au mouvement social qui s’oppose aux prétendues « réformes » que veut imposer le gouvernement, la plupart des médias mobilisent leur morgue et leur mépris. C’est pourquoi, dans le prolongement d’un appel à la solidarité avec les grévistes, prend forme alors le projet de constituer un observatoire des médias. Ce sera, née en avril 1996, l’association Acrimed (Action-Critique-Médias) : une association-carrefour qui réunit chercheurs et universitaires, journalistes et salariés des médias, acteurs et militants du mouvement social.

    Ses objectifs ?

    - Informer : informer sur l’information (sur son contenu, sur les conditions de sa production) grâce à la mise en commun de savoirs théoriques, de savoirs professionnels, de savoirs militants. Une telle information repose sur une critique qui prend les choses à la racine : une critique radicale.

    - Contester : contester l’ordre médiatique existant, ses concentrations pharaoniques et ses baronnies inamovibles, la prostitution de l’information et de la culture aux marchés financiers, la perpétuation d’un pluralisme anémié et, par conséquent, d’une démocratie mutilée. Une telle contestation suppose une critique qui ne se laisse pas intimider par les gardes-barrière qui contrôlent l’accès à l’espace médiatique : une critique intransigeante.

    - Proposer : proposer des transformations en profondeur des médias, parce qu’ils sont aujourd’hui, pour l’essentiel, des médias dominants, c’est-à-dire des médias de la domination. Or, si un autre monde est possible, d’autres médias le sont aussi.

    - Mobiliser : mobiliser et se mobiliser avec toutes les composantes disponibles pour constituer un véritable front de lutte à la mesure des enjeux : la question des médias est une question démocratique essentielle, une question politique.

    Pour que plates-formes et projets ne restent pas de simples chiffons de papier, les propositions doivent fleurir dans l’air toujours agité d’une critique sans complaisance. De sa permanence dépendent l’intensité des mobilisations nécessaires et la profondeur des transformations possibles. Acrimed a dix ans, a gardé et gardera toutes ses dents.

    Publié le mercredi 24 mai 2006

     

    Palestine : la parodie de l’autorité, par Tariq Ramadan

    Avant que le couvercle du piège se referme sur le peuple palestinien : Démissionnez ! 
    vendredi 12 mai 2006,
     
    Personne n’est dupe, au fond, et la question palestinienne reste depuis des décades, et pour de nombreux gouvernements, l’objet de jeux politiciens et de stratégies diplomatiques qui doivent plus à la gestion de la symbolique qu’à la volonté réelle de parvenir à la paix. Les gouvernements israéliens successifs, comme ceux de l’Occident ou du monde arabe, temporisent, manipulent ou simplement mentent alors que la situation se dégrade chaque jour davantage pour le peuple palestinien. Tout se passe comme si, à coup de campagnes d’informations - hypertrophiées jusqu’à l’overdose de mots et de slogans du type « processus », « accords », « paix », « solution », « Road Map », qui impliqueraient « les deux parties », « les partenaires régionaux » ou le « quartet » international - on avait cherché à gagner des points et du temps sur le seul champ qui semble compter aujourd’hui : la bataille médiatique.

    Force est de constater que la victoire du camp israélien est sans pareille sur ce dernier plan et que cette réussite s’est doublée de nombreux succès politiques dignes des plus redoutables stratèges militaires et diplomatiques. Depuis les accords d’Oslo, puis les discussions de Barcelone et jusqu’à la « Road Map » - qui devait offrir un Etat aux Palestiniens en 2005 ! -, l’observateur attentif ne peut que constater que derrière le « processus de paix » s’est inscrit un autre vrai processus qui, depuis quinze ans, n’a eu pour effet que d’entretenir de fausses promesses à l’endroit des Palestiniens et de laminer leur unité et leur capacité de résistance. Quinze ans plus tard, la situation est pire que jamais et Israël n’a strictement rien lâché de ses prérogatives et n’a respecté aucune des résolutions majeures de l’ONU.

    Les autorités ont obtenu de Yasser Arafat qu’il reconnaisse Israël, qu’il plie et qu’il entre dans un interminable « processus de paix » (alors que le gouvernement israélien s’était au préalable chargé d’éliminer un à un ses collaborateurs trop encombrants). A chacune des étapes, les négociateurs israéliens ont fait en sorte de gagner du temps. L’accélération de cette stratégie a pris des proportions phénoménales ces derniers temps : le retrait de Gaza n’a rien coûté (bien au contraire) au pouvoir israélien et n’était qu’une manœuvre, comme l’a avoué le chef de Cabinet de Ariel Sharon, pour gagner - encore ! - du temps. La politique d’installations de colonies en Cisjordanie et autour de Jérusalem s’est amplifiée et élargie de façon stratégique... loin des caméras. A terme, Jérusalem sera tout simplement, et presque entièrement, « colonisée »... loin des caméras. Le mur de l’apartheid - dit de sécurité - continue d’être construit alors qu’il pénètre profondément dans les territoires palestiniens (en contradiction totale avec les termes des accords préalablement acceptés et les résolutions de l’ONU) et rend impossible l’édification ou la survie d’un « Etat palestinien. »... loin des caméras. Sous les fondations de la Mosquée al-Aqsa, les travaux continuent et s’intensifient : lentement, mais sûrement, son existence même est mise en péril... loin des caméras.

    Du côté de Tel Aviv, il n’y a pas, il n’y a plus de « processus de paix », mais toujours la même politique du « discrètement », « par diversion », « lentement », « sûrement »... asphyxier l’adversaire, l’humilier et, à terme, annihiler ses moindres prétentions voire le faire disparaître. Loin des caméras toujours. Sans omettre une politique régionale digne encore du plus impressionnant génie politique. Tous les pays alentours sont désormais en proie à une plus ou moins grande instabilité : de l’Irak, à la Syrie et au Liban et jusqu’à l’Iran, le pouvoir israélien est impliqué, de plus ou moins près, dans l’évolution de la situation : ce dernier prend parfois le rôle de simple observateur (faussement désintéressé, conseiller amical des Américains et des Européens), ou alors tire directement ses cartes du jeu. On connaît la présence de conseillers militaires israéliens en Irak, on sait leur intérêt à neutraliser le Liban (et bien sûr la Syrie) avec le foyer de résistance du Hezbollah. Le gouvernement israélien n’a jamais caché son espoir de limiter le pouvoir d’action politique et/ou nucléaire de Téhéran. A l’heure où nous écrivons ces lignes, cette politique est redoutablement efficace. Washington suit, l’Europe se tait, les Palestiniens se meurent.

    Et puis il y a eu ces premières élections libres, transparentes, démocratiques. Alors que dans l’ensemble du monde arabe, un tel acquis est impensable - et pour bien des décennies encore - voilà que cela devient possible dans les territoires occupés palestiniens. Un miracle ! ... une parodie. Depuis des années et des mois, le pouvoir israélien n’a eu de cesse de vider le « pouvoir palestinien » de toute substance d’ « autorité ». Maîtrise des frontières, check points multipliés (avec leurs lots d’humiliations), blocages des transferts financiers, intrusions intempestives dans les territoires occupés, bombardements continus, etc. Le monde se concentrait sur la corruption - ô combien réelle et indigne du Fatah en place - sans observer que l’ « autorité palestinienne » n’avait d’ « autorité » que le nom. Une pure manœuvre verbale, une fois encore, où la symbolique avait pour fonction essentielle de tromper sur le réel. Le paroxysme de ce troisième temps du génie politique israélien est - après avoir stoppé les pourparlers avec Arafat, puis ignoré Mahmoud Abbas et rendu impossible la vie quotidienne des Palestiniens - d’avoir laissé se dérouler, en présence des caméras, la tenue d’élections « totalement démocratiques » en terres tout-à-coup-plus-si-occupées-que-cela. A la stupéfaction générale, dit-on (et même des premiers concernés), le Hamas allait accéder à la direction d’une « Autorité » qui n’avait, dans les faits, aucun pouvoir.

    Sur la scène internationale, la bataille se jouait encore une fois sur le champ de la symbolique. Voilà donc ce qui avait été le résultat d’élections démocratiques. La victoire du pire, d’ « islamistes », de « terroristes », d’ « ennemis de la démocratie et d’Israël » qu’il était impossible de reconnaître comme interlocuteurs et encore moins de soutenir. Hamas gagnait les élections dans les faits et sur leurs minuscules territoires occupés ; le gouvernement israélien empochait la mise de leurs interprétations et de leur gestion au niveau international. Au fond, les choses se sont purement et simplement inversées : Hamas ne possède plus que la symbolique du pouvoir alors que Israël est maître du jeu et de la mise en scène. Les Etats-Unis et l’Union européenne ont décidé de cesser leur soutien à l’ « Autorité palestinienne » et ont, dans les faits, accepter de transformer la cause politique palestinienne en cause désormais « humanitaire ». Un glissement grave et dangereux... un bel acquis, symbolique autant que concret, pour le gouvernement israélien. Les gouvernements arabes, de veuleries en hypocrisies - et parfois, mais plus rarement, du fait de l’ impuissance - sont atteints de la même frilosité et des mêmes tergiversations aussi bruyantes qu’inefficaces depuis des décennies : rien à attendre de ce côté.

    La cause palestinienne est en crise : les institutions, les ONG, les femmes et les hommes qui depuis des années ont été sensibles à l’injustice que subit le peuple palestinien se retrouvent coincés, en proie à des tensions qu’ils n’avaient point connues jusqu’alors. Les questions pleuvent et les voilà poussés dans leurs retranchements : qui soutiennent-ils ? Comment distinguent-ils désormais entre le peuple palestinien et son « autorité » islamiste démocratiquement élue ? Quelle est somme toute la finalité de leur combat ? Avec qui, et comment, puisque le peuple souverain palestinien a librement choisi ?

    En Palestine occupée, dans le monde arabe, en Occident, la situation est bloquée et Israël continue sa politique des petits pas discrets et du fait accompli. Les fonds sont gelés ou retenus, les fonctionnaires ne sont plus payés, le chômage se répand, l’asphyxie est générale. La société palestinienne est au bord de l’implosion et le gouvernement israélien ne peut qu’être satisfait du renversement de perspective qui transforme l’impératif de la solution politique (respectant les droits légitimes des Palestiniens) en une urgence de l’action humanitaire (destinée à assister la population palestinienne en déroute). Les caméras pourront revenir bientôt sans risque...

    Il faut mettre un terme à cette parodie ! Le temps est compté et l’ « Autorité palestinienne » devrait démissionner dans les plus brefs délais. Il est en effet urgent que cette dernière mette collectivement un terme à son mandat et, en s’en allant, exige du Président Mahmud Abbas et des gouvernements occidentaux, qui affirment le soutenir, qu’ils prennent leurs responsabilités politiques. Le peuple palestinien a des droits qu’il faut faire respecter et il faut refuser avec fermeté et dignité que l’on se joue de mots et que « le processus démocratique » dans les territoires occupés ne soit qu’un moyen d’une stratégie globale consistant à évider la cause palestinienne de son caractère politique. Il n’est point étonnant que les deux maîtres mots du jour soient « combattre les terroristes » et « le soutien humanitaire » ! La perversion est absolue : plus de pouvoir, plus de droits, plus de résolutions... il ne reste qu’une vague compassion internationale au cœur de l’absence de volonté politique à agir ! Avant que le piège de cette mascarade se referme et finisse par étouffer et diviser le peuple palestinien, au vu et au su de tous, il faut quitter cette mise en scène, cette parodie d’ « Autorité » et mettre la communauté internationale et les pouvoirs arabes en face de leurs responsabilités, de leurs lâchetés et/ou de leurs aveuglements. Dans la dignité.

    La reconnaissance des droits des Palestiniens, (dont les droits fondamentaux à vivre libres, absolument autonomes et dans la dignité), est la condition de la paix. Toutes les manipulations symboliques ou les petites victoires stratégiques n’y changeront rien. Nos voix, du monde entier, doivent rappeler cette évidence et parce que nous refusons toutes les violences, nous ne devons plier devant aucun silence imposé ou complice. L’Autorité palestinienne actuelle ferait mieux de démissionner de suite et la communauté internationale de se mobiliser sans attendre pour faire pression sur Israël et lui rappeler ses obligations politiques et les termes des résolutions internationales.

    Dans les cabinets feutrés de Tel Aviv, des décisions politiques se prennent et s’appliquent au quotidien - loin des caméras - qui rendent impossible tout espoir de paix. C’est nous, la communauté internationale, les citoyens libres du monde qui, par notre silence, serons demain responsables de cette flagrante injustice comme nous aurons notre part dans les violences qui ne manqueront pas de s’exprimer sous peu. On aura beau jeu d’affirmer et de répéter que le peuple palestinien fait fausse route et qu’il choisit mal ses représentants quand, au fond, il lui était impossible de simplement imaginer qu’il existât la moindre route ni l’ombre d’un choix.

     

    source: http://www.tariqramadan.com/article.php3?id_article=675

    loi sur l’immigration

    Dans sa nouvelle loi sur l’immigration , le petit Nicolas n’en rate pas une !

    Un français désire épouser une africaine par ex, elle doit retourner dans son pays demander un visa long séjour . En cas de refus du consulat , son recours devant le conseil d’état peut prendre un an , voire trois !
    Dans le cas ou elle parvient à obtenir son visa rapidement , elle pourra épouser son Français sous condition de renouveler chaque année sa carte de séjour pendant 3 ans minimum afin d’obtenir sa carte de résident de dix ans .
    Mais ce document ne lui sera accordé qu’après " conditions d’intégration " par la préfecture , plus avis du maire obligatoire !

    Par contre , un Belge , un Allemand ,ou un Luxo qui réside en France

    pourra l’épouser directement sans chichi , parce que c’est la jurisprudence de la cour des communautés européennes de Luxembourg , qui sera appliquée !

    N’est-ce pas merveilleux pour notre ami Français , merçi Monsieur le Maire de Neuilly .

    courrier paru ds un quotiden belge :

    le fond de la pensée du rédacteur (???!!!!...)

     

     

    un commentaire vu sur : http://bellaciao.org/fr/article.php3?id_article=27730

    Olivier, causons, mais vite !, par José Bové

    la réponse de Jose Bové à Olivier Besancenot.... : Je ne dirais qu'une chose José:  pas mal José, j'aime bien... 

    Parus dans le MONDE, le  09.05.06

    Il y a une semaine, dans ces colonnes, Olivier Besancenot a proposé que nous "causions" de l'éventualité d'une candidature unitaire de la gauche "antilibérale", lors de l'élection présidentielle de 2007. Je lui réponds bien volontiers que je suis prêt à causer avec lui comme avec beaucoup d'autres, à la condition toutefois que nous parlions sans arrière-pensées et, surtout, sans préalables. L'unité est une démarche qui, pour réussir et rassembler vraiment, ne supporte pas les considérations tactiques. Elle suppose, en revanche, une volonté qui transgresse les intérêts respectables mais identitaires des formations politiques qui en seraient parties prenantes. L'enjeu, en effet, n'est pas tant une coalition qu'une dynamique électorale.

    Où en sommes-nous ? Un an après la victoire du non au référendum sur la ratification du projet de Constitution européenne, et quelques semaines après la mobilisation populaire victorieuse contre le CPE, l'alternative est clairement posée. Doit-on se résigner à ce que nos gouvernants - fussent-ils de gauche - conduisent des politiques d'adaptation à la mondialisation libérale, avec tous les dégâts sociaux collatéraux que l'on connaît ? Ou peut-on, dans les urnes et dans la rue, imposer de nouvelles orientations dont le fondement soit de combattre réellement le chômage, de redonner espoir à toute une génération et d'en finir avec l'exclusion sociale ?

    La campagne présidentielle qui s'ouvre est l'occasion d'en débattre pour toutes celles et tous ceux qui sont scandalisés par les parachutes dorés des patrons du CAC 40, qui refusent d'offrir comme seule perspective aux jeunes un avenir de précarité, qui imaginent une société plus solidaire et plus démocratique, bref qui souhaitent remettre le monde en mouvement. Ce débat, me semble-t-il, appelle deux démarches intimement liées. D'une part, il s'agit bien de discuter du fond des choses, autrement dit d'un projet politique qui rompe avec la logique économique libérale et productiviste de ces vingt-cinq dernières années. D'autre part, il est décisif de partager la discussion avec l'ensemble des acteurs du mouvement social et pas seulement avec les appareils politiques.

    Le spectacle qu'offre le Parti socialiste, hélas, n'est pas de nature à faire oublier le 21 avril 2002 et ses tristes conséquences. L'unité retrouvée dans la bataille contre le CPE camoufle mal un grand questionnement programmatique. Les sondages les plus flatteurs ne peuvent faire office de projet de transformation sociale. Les socialistes, par exemple, sont-ils tous d'accord pour revenir au contrat unique de travail à durée indéterminée ? Sont-ils tous d'accord pour mettre en chantier une nouvelle République ? Sont-ils tous d'accord pour la régularisation de tous les sans-papiers ? Sont-ils tous d'accord pour prendre acte de la volonté populaire de construire une Europe sociale et démocratique ?

    La gauche qui combat la mondialisation libérale, en revanche, paraît plus homogène sur les grands enjeux de 2007. Il faut naturellement le vérifier et le valider. Mais, de la Ligue communiste révolutionnaire jusqu'au Verts, en passant par le Parti communiste, les alternatifs et tous les acteurs des mouvements sociaux, il semble qu'il y ait un large consensus aujourd'hui sur un programme de rupture avec la logique du tout-marché, du tout-libéral. Nous sommes, en effet, à peu près tous d'accord pour proposer un plan d'urgence et d'intégration sociale pour les plus démunis, pour assortir le contrat de travail d'une sécurité sociale professionnelle tout au long de la vie, pour considérer que les salariés ne doivent plus nécessairement être la variable d'ajustement pour les actionnaires, pour réclamer la proportionnelle aux législatives et une profonde réforme des institutions, pour exiger que les prochaines élections européennes soient "constituantes", pour imposer un moratoire sur les OGM et le projet d'EPR.

    Ce large consensus ne suffirait cependant pas à dynamiser une candidature unitaire qui ne serait pas portée par toutes les composantes du mouvement social. Je comprends bien que Marie-George Buffet s'imagine la mieux à même de fédérer la gauche du "non", qu'Olivier Besancenot rêve d'incarner la "gauche anticapitaliste" ou même que la gauche des Verts ait tenté de promouvoir une candidature labellisée "gauche radicale". Mais la légitimité de l'unité ne peut se passer des acteurs syndicaux, associatifs ou "mouvementistes" qui espèrent et réclament, d'une manière ou d'une autre, un autre débouché électoral aux luttes que la dispersion entre de multiples candidatures à la gauche du PS.

    C'est de cela qu'il convient désormais de discuter tous ensemble. L'un des enjeux majeurs du cycle électoral qui vient, ne l'oublions pas, est de briser la spirale de l'abstention et du découragement dans les couches de la population les plus exposées à l'exclusion ou à la souffrance sociale. Il n'y aura pas de remobilisation électorale sans processus démocratique de discussion et de conviction dans les milieux populaires, à commencer par les banlieues. A nous d'imaginer le chemin d'une proposition puis d'une désignation, quel que soit notre candidat ou notre candidate, dont le point d'aboutissement ait une portée symbolique autrement plus forte que le vote des seuls adhérents d'un parti.

    Voilà ce dont je suis prêt à discuter avec Olivier et beaucoup d'autres, en ayant la ferme intention d'être disponible, le cas échéant, pour soutenir de toutes mes forces la candidature unitaire qui apparaîtrait la meilleure. J'y ajoute, toutefois, deux conditions. D'abord je souhaite qu'il s'agisse bien d'une démarche collective de campagne, bousculant les règles de l'aventure individuelle et donnant la priorité au collectif plutôt qu'à la starisation. Ensuite je considère que l'ennemi principal doit bien être désigné comme la droite et l'extrême droite, et non pas, indirectement ou subrepticement, comme le Parti socialiste. Si nous sommes d'accord, il n'y a plus beaucoup de temps à perdre. Causons, mais vite !

    José Bové est membre de la Confédération paysanne.

    Inauguration d’une rue Mumia ABU JAMAL à Saint-Denis


    Une action symbolique intéressante à Saint-Denis :l’inauguration d’une rue Mumia ABU JAMAL à Saint-Denis. L’inauguration s’est déroulée le 29 avril.

    Qui est Mumia Abu Jamal ?

    Mumia Abu-Jamal est né en 1954. Né Wesley Cook, Mumia choisira un prénom swahili pour rendre hommage à ses origines kenyanes. “Abu-Jamal”, c’est pour la naissance de son fils, Jamal. Dès 1969, Mumia est un militant des Black Panther à Philadelphie. Il devient par la suite journaliste (à la radio). Le 9 décembre 1981, Mumia est blessé lors d’une fusillade. Il est alors arrêté et il est accusé du meurtre d’un policier, Daniel Faulkner, tué dans cette fusillade. Mumia a toujours nié ce meurtre, il n’a pas d’antécédents judiciaires, l’enquête fut inéquitable et bâclée. Et pourtant en juillet 1982, il est condmané à mort. En 1999, un ancien tueur à gages avoua le meurtre.... Mumia est un prisonnier politique, tout simplement.

    Mumia était déjà citoyen d’honneur de Saint-Denis (et de Venise, San Francisco, Montréal, Paris....), un collectif composé du Comité Mumia St-Denis, du COSIMAPP, d’ LX-EAR et Plain’art, de Déclic, du Collectif James Baldwin,de Bay Lan Men et de Taf et Maffé, a réussi à convraincre la municipalité d’inaugurer une rue Mumia Abu Jamal. Elle se trouve dans la quartier Cristino Garcia (Républicain espagnol anti-franquiste), elle aboutit place des droits de l’homme, à deux pas du stade Nelson Mandela et du stade de France.

    L’inauguration s’est déroulée en présence du maire de Saint-Denis, Didier Paillard, du député et président de Plaine Commune, Patrick Braouezec et d’élus de la municipalité ainsi que des délégations étrangères menées par Pam Africa, porte-parole de Mumia Abu Jamal aux Etats-Unis et d’une dizaine d’invités nord-américains. Etait présente aussi Julia Wright, fille de Richard Wright et porte parole de Mumia en France. En suivant ce lien, vous aurez une petite video de Julia Wright.

     

    http://altermonde-levillage.nuxit.net/article.php3?id_article=5773

    ÇA SUFFIT !...

     

    Le jour ou Besancenot décidera de sortir de la logique productiviste, (je me répète oui je sais !!) et de dépasser son libéralisme, il a de grande chance d'avoir ma voix. Donc... il n'est malheureusement pas prêt de l'avoir je pense !!


    Lundi 1er mai 2006, Raoul Marc Jennar


    Comme des milliers de citoyennes et de citoyens, sans appartenance à un parti, mais vraiment à gauche, je pourrais signer le texte récent d’Olivier Besancenot. En dépit de sa publication dans un journal appartenant à un marchand de canons ; en dépit d’un dernier paragraphe dont la désinvolture enlève beaucoup de crédibilité à la démarche.Comme des milliers de femmes et d’hommes qui se sont engagés sans réserve pour que triomphe le « non » de gauche au TCE, je considère comme une avancée majeure la démarche unitaire forgée pendant la campagne référendaire. Une avancée qui ne peut en aucun cas être remise en cause.

    Comme des milliers de militantes et de militants, je maîtrise de moins en moins une impatience de plus en plus agacée devant le spectacle des stars du « non » de gauche qui parlent beaucoup de démarche unitaire, mais tardent à passer à l’acte.

    Je suis tout à fait d’accord : « il n’y a pas de synthèse possible entre l’anti-libéralisme et le social libéralisme. » Et entretenir l’illusion que des sociaux libéraux puissent soudainement « bouger » et devenir des anti-libéraux crédibles, c’est assumer la responsabilité de conduire une fois de plus aux déceptions dont le peuple de gauche a été si souvent victime.

    Nous avons, sans plus attendre, besoin d’un projet politique qui définisse les termes d’une rupture avec le néolibéralisme.

    Nous avons, sans plus attendre, besoin que soient réunies les conditions qui rendent possible la démarche unitaire qui portera ce projet : une candidature dont le profil se situe au centre de gravité de l’ensemble de l’électorat du « non » de gauche et puisse en rassembler toutes les sensibilités ; une candidature qui mène campagne avec l’apport et l’implication de toutes ces sensibilités ; une candidature qui sera garante des dispositions à prendre pour assurer le succès des candidat(e)s vraiment à gauche aux législatives.

    Nous avons, sans plus attendre, besoin de décisions sur les conditions des campagnes unitaires pour le scrutin présidentiel et pour les élections législatives et sur la personne qui portera notre projet alternatif à l’élection présidentielle et sur celles et ceux qui le porteront aux législatives.

    Nous avons impérativement besoin de cette unité effective de la gauche anti-libérale pour la France, mais aussi pour l’Europe afin que le message du 29 mai ne soit pas brouillé au moment où l’avenir du TCE revient à l’ordre du jour des réunions européennes.

    Nous sommes des milliers à en avoir assez de voir les stars du « non » de gauche jouer entre eux au chat et à la souris. En ce 1er mai, nous leur disons très nettement : ça suffit !

    Raoul Marc JENNAR


    militant altermondialiste

     

    http://altermonde-levillage.nuxit.net/article.php3?id_article=5740

    Quand la télé dérape... encore une fois , mais je ne dis rien car on va dire que je fais ma victime ...

    Lorsque la Belgique descend dans la rue, comme aujourd'hui, pour protester contre le meurtre d’un jeune homme, tué par deux personnes pour un vulgaire baladeur MP3 , tous les reporters sont sur le coup. Et ils donnent la parole au peuple qui manifeste à 80 000 dans les rues de Bruxelles. Cela donne en particulier un reportage ou des Belges, totalement convaincus par des tonnes de témoins visuels que les 2 agresseurs sont maghrébins ironisent sur le politiquement correct : « on n’a même plus le droit de dire que ce sont des arabes sans être taxés de racisme, raconte un interviewé. Alors on les appelle les «suédois », tout le monde comprend ». Et de rire. Bien entendu, la chaine d’information qui a passé ce reportage en boucle, n’affirme rien, ne dit rien, elle laisse parler l’homme de la rue. La chaine d’info a sa conscience pour elle ! Et lorsque le lendemain matin, la justice arrête un jeune polonais et annonce que son complice, lui aussi polonais, est en fuite, la chaine d’information n’a rien à se reprocher. La télévision est neutre, elle ne fait que tendre son micro : ce n’est quand même pas de sa faute s’il y a un fond de racisme dans la société !

    Nucléaire iranien : « Metro » ne fait pas dans la nuance



    En gros titre de la Une de son édition française du 18 avril 2006, le quotidien gratuit Metro affiche d’emblée la couleur : l’Occident serait au bord du clash avec l’Iran. Outre la référence manifeste au « Clash des civilisations », la définition d’ « Occident » varie selon les auteurs, mais on peut déduire par le contenu de l’article qu’il s’agit des États-Unis, de l’Europe et d’Israël dont il est fait mention à la fin de l’article.
    Pour argumenter ce procès d’intention à l’encontre du gouvernement iranien concernant son programme nucléaire, le journal use de toutes les ficelles habituelles, à l’exception peut-être de la technique de diabolisation qui consiste à comparer le président Ahmadinejad à Hitler. Première ficelle, entretenir l’ambigüité entre enrichissement d’uranium - nécessaire y compris pour un usage civil et légal selon le Traité de non-prolifération - et fabrication de la bombe atomique en évoquant les soupçons occidentaux quant à la fabrication d’une « arme atomique selon le schéma basé sur le système de centrifugeuses P2 fourni par le père de la bombe pakistanaise, Abdul Qadeer Khan ». Or le système de centrifugeuses P2 permet simplement de produire plus facilement de l’uranium enrichi sans que celui-ci soit nécessairement de qualité militaire ; il s’agit simplement d’une avancée technologique qui permet de réaliser des économies dans le processus.
    Seconde ficelle, encore plus grosse : reprendre une rumeur infondée du Sunday Times de Rupert Murdoch selon laquelle l’Iran prépare 40 000 kamikazes pour répliquer à des frappes anglo-états-uniennes sur ses sites nucléaires. Or on voit mal comment l’Iran pourrait déployer cette armée de kamikazes faute de troupes à attaquer sur place. Peut-être en leur faisant massivement franchir la frontière ultra-surveillée avec l’Irak ?
    Enfin, la cerise sur ce gâteau piégé est l’habituelle référence au
    discours d’Ahmadinejad déformé par l’agence Reuters (« Israël doit être rayée de la carte ») et repris tel quel depuis par tous les médias atlantistes et sionistes malgré de nouvelles analyses très précises montrant qu’Ahmadinejad faisait référence au régime israélien et non pas au pays en lui-même. Quant à ses déclarations sur l’holocauste, ces analyses démontrent qu’il a en réalité dénoncé la création d’un mythe autour de l’holocauste utilisé à des fins politiques, et non pas qualifié l’holocauste en lui-même de mythe. Mais peu importent l’exactitude et la vérité, pour Metro comme pour bien d’autres, seules comptent les imputations souvent répétées.

    Keny Arkana !!! Je la kiffe !! La rage !!

    Alors là , je suis sous le charme !! Enfin de la musique engagée !! C'est une mini révolution qui est en route dans le monde de la musique !!! malheureusement, elle a peu de chance de passer à la télévision !! On prefere Lorie !!! Si elle est dans le hits , ils ne pourrons plus l'ignorer !!!

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    De la colonisation à l’ingérence


    Pour Ahmed Ben Bella, la libération des peuples du Sud est inachevée

    Alors que se développe en France un débat malsain sur les bienfaits de la colonisation et sur la responsabilité des Arabes dans le blocage de leurs sociétés, le président Ahmed Ben Bella rappelle quelques vérités historiques : l’illégitimité de la domination d’un peuple sur un autre -que ce soit hier en Algérie ou aujourd’hui en Palestine-, la réalité mondiale -et non pas arabe- de la colonisation et des luttes de libération nationale, l’ingérence occidentale pour renverser les gouvernements nationalistes et révolutionnaires du Sud et maintenir les séquelles de la colonisation. Il souligne qu’aujourd’hui, c’est le fondamentalisme évangélique qui exporte la violence. Acteur central de bouleversements historiques sur la scène internationale, il répond aux questions de Silvia Cattori pour le Réseau Voltaire.



    21 avril 2006
     

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    Ahmed Ben Bella

    Ahmed Ben Bella est une des hautes figures du nationalisme arabe. Il fut l’un des neufs membres du Comité révolutionnaire algérien qui donna naissance au Front de Libération Nationale (FLN). Arrêté par l’occupant français en 1952, il s’évade. Arrêté de nouveau en 1956, avec cinq autres compagnons, il est détenu à la prison de la Santé jusqu’en 1962. Après la signature des accords d’Évian, il devient le premier président élu de l’Algérie indépendante. Sur le plan intérieur, il mène une politique socialiste caractérisée par un vaste programme de réforme agraire. Sur le plan international, il fait entrer son pays à l’ONU et l’engage dans le mouvement des non-alignés. Son influence grandissante dans la lutte contre l’impérialisme conduisent de grandes puissances à favoriser son renversement par un coup d’État militaire. Il est placé en résidence surveillée de 1965 à 1980. Depuis lors, il s’est tenu à l’écart des affaires intérieures de son pays, mais continue à jouer un rôle international, notamment en tant que président de la Campagne internationale contre l’agression en Irak.

    Silvia Cattori : Quand vous n’êtes pas en voyage, résidez-vous en Suisse ?

    Ahmed Ben Bella : Non, je vis en Algérie, mais je viens souvent en Suisse. J’ai vécu ici durant dix ans, après mes démêlés avec le pouvoir des militaires algériens. En Algérie je suis assailli par les journalistes. Donc, quand j’ai besoin de prendre un peu de repos et de recul avec ce qui se passe là bas, je viens ici où j’ai gardé un petit appartement. Vous savez, j’ai quatre-vingt dix ans !

    S.C.- Vous avez l’air d’un jeune homme ! Savez-vous, M. Ben Bella, que vous avez imprimé une très belle image dans le cœur des gens partout dans le monde ?

    Ahmed Ben Bella : (Rire) J’ai eu une vie un peu spéciale, il est vrai. J’ai participé à la libération de mon pays. J’ai été l’un des organisateurs de sa lutte de libération. J’ai participé également de façon active à toutes les luttes de libération.

    S.C.Vous êtes d’origine arabo-marocaine. Quel lien gardez-vous avec vos racines rurales ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, je suis Algérien d’origine marocaine par mes parents, mais toute ma vie c’est l’Algérie. Je suis né là-bas. Je suis un fils de paysans pauvres venus très jeunes vivre en Algérie. Je n’ai vu que récemment l’endroit où ils sont nés, dans les environs de la ville de Marrakech.

    S.C.En venant à vous, j’ai l’impression d’aller à la rencontre des peuples et des causes pour lesquels vous vous êtes battu toute votre vie. C’est très émouvant de s’entretenir ici de votre combat pour créer un monde plus humain, plus juste. N’incarnez-vous pas tout cela ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, ma vie est une vie de combat ; je puis dire que cela ne s’est jamais arrêté un seul instant. Un combat que j’ai commencé à l’âge de 16 ans. J’ai 90 ans et ma motivation n’a pas changé : c’est la même ferveur qui m’anime.

    S.C.- En 1962, vous accédez aux plus hautes charges de l’Algérie indépendante. Tous les espoirs sont ouverts. De l’Algérie colonisée à sa libération, de la scène politique internationale au combat altermondialiste, vous avez payé cher le prix de votre insoumission.

    Ahmed Ben Bella : Oui j’ai payé très cher mon combat pour la justice et la liberté des peuples. Mais voilà, j’ai fait ce que j’ai ressenti comme un devoir, une obligation. Donc, pour moi le choix n’a pas été difficile. Quand je me suis engagé dans la lutte pour mon pays, j’étais très jeune. Mes horizons se sont ouverts. Je me suis très vite rendu compte que les problèmes allaient au-delà de l’Algérie, que la colonisation touchait quantité de peuples, que les trois quart des pays de la planète étaient colonisés d’une façon ou d’une autre. L’Algérie était alors, pour les Français, un département d’outre mer, c’était la France de l’autre coté de la méditerranée. La colonisation par la France en Algérie a duré longtemps : 132 ans. J’ai participé à cette lutte-là en Algérie. Tout de suite après l’indépendance, je me suis associé à tous ceux qui, dans le monde, se battaient eux aussi pour libérer leur pays. Il y a donc eu cette phase de la lutte de libération nationale à laquelle j’ai participé de façon totale. En Tunisie, au Maroc, au Vietnam, l’Algérie était devenue un peu la mère des luttes de libération ; les soutenir était donc pour nous une tâche sacrée. Quand quelqu’un venait nous demander de l’aide, c’était sacré. On ne réfléchissait même pas. On les aidait, alors même que nous n’avions que peu de moyens ; on leur offrait des armes, un peu d’argent et, le cas échéant, des hommes.

    S.C.- En 1965, ce ne sont pas les Français qui vous emprisonnent, ce sont vos frères d’armes. Que ressentez-vous, aujourd’hui, à l’égard de ceux qui vous ont brutalement barré la route ?

    Ahmed Ben Bella : Je ne ressens pas de mépris, je ne ressens pas de haine. Je pense qu’ils ont participé à quelque chose qui n’était pas très propre et qui a été très dommageable, non seulement pour le peuple algérien, mais également pour les autres peuples qui comptaient alors sur notre soutien. Mon combat pour apporter de meilleures conditions de vie aux Algériens, alors plongés dans une grande misère, et mon combat pour aider les autres peuples encore colonisés à recouvrer leur liberté, dérangeait fort certains pouvoirs. De leur point de vue j’allais trop loin. Je devais disparaître. Ceci pour dire que, si l’armée algérienne ne m’avait pas renversé, d’autres l’auraient fait. Je devais disparaître, parce que je devenais trop gênant. J’abritais pratiquement tous les mouvements de libération, y compris ceux venus d’Amérique latine.

    S.C.- Etiez-vous déjà en contact avec Fidel Castro ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, le Che était venu à Alger m’apporter le message de Fidel Castro que j’avais rencontré deux fois. Il nous demandait de soutenir les luttes qui se développaient en Amérique du Sud, car Cuba ne pouvait rien faire ; elle était sous le contrôle des États-Unis qui occupaient la baie de Guantanamo. Rien ne pouvait donc sortir de Cuba, même pas une boîte d’allumettes, sans que les États-Unis le sachent. Je n’ai pas hésité une seconde. C’est depuis l’Algérie, et avec la participation du Che, qui est resté chez nous durant six mois, que s’est créé l’État major de l’armée de libération de l’Amérique du sud. Je peux le dire maintenant : tous les combattants qui participaient à la lutte de libération en Amérique du Sud sont venus en Algérie ; c’est de là que tout ceux qui luttaient sont partis. On les a entraînés, on s’est arrangé pour que les armes arrivent chez eux, on a créé des réseaux.

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    Ahmed Ben Bella recevant Ernesto che Guevara
    Alger, 1963.

    S.C.- En quelle année Che Guevara est-il venu en Algérie ?

    Ahmed Ben Bella : Le Che est venu en 1963, peu après mon arrivée au pouvoir. Avec mon gouvernement, nous nous sommes engagés à apporter notre aide aux luttes de libération nationale. À ce moment-là, de nombreux pays étaient encore colonisés ou sortaient à peine de la colonisation. Toute l’Afrique pratiquement était dans ce cas. Nous l’avons soutenue. M. Mandela et M. Amilcar Cabral sont venus eux aussi en Algérie. C’est moi qui les ai entraînés ; ensuite ils sont repartis mener la lutte de libération chez eux. Pour d’autres mouvements, qui n’étaient pas engagés dans la lutte armée ou qui n’avaient besoin que d’un soutien politique, comme le Mali, nous les aidions sur d’autres plans.

    S.C.- Qui vous a écarté précisément en 1965 ? L’armée algérienne ou des forces extérieures ?

    Ahmed Ben Bella : Je suis certain que, indirectement, il y a eu l’intervention de puissances étrangères. Nous avons vu ailleurs les mêmes mécanismes. Partout où les luttes de libération nationale ont triomphé, une fois le pouvoir constitué, il y a eu des coups d’État militaires qui ont renversé leurs dirigeants. Cela s’est produit maintes fois. En deux ans, y a eu 22 coups d’État militaires, essentiellement en Afrique et dans le tiers-monde. Le coup d’État d’Alger, en 1965, est celui qui a ouvert la voie. L’Algérie n’a donc été que le début de quelque chose qui était en germe : c’est pourquoi je dis que c’est le système capitaliste mondial qui finalement a réagi contre nous.

    S.C.- Êtes-vous marxiste ?

    Ahmed Ben Bella : Je ne suis pas marxiste, mais je me situe résolument à gauche. Je suis arabe musulman, orienté très à gauche dans mon action, dans mes convictions. C’est pourquoi, même si je ne partage pas la doctrine marxiste, je me suis toujours trouvé aux côtés de tous les mouvements de gauche dans le monde et des pays socialistes qui, comme Cuba, la Chine, l’URSS, ont mené le combat anticolonialiste et anti-impérialiste. C’est avec eux que nous avons constitué un front de libération et apporté notre appui logistique aux armées populaires pour aider leurs pays à sortir du colonialisme et instaurer un régime intérieur national. C’était la phase de liquidation du colonialisme. Le colonialisme est une idée qui est née en Occident et qui a conduit les pays occidentaux - comme la France, l’Italie, la Belgique, la Grande Bretagne - à occuper des pays hors du continent européen. Un colonialisme dans sa forme primitive, c’est-à-dire par l’installation à demeure de pouvoirs étrangers répressifs, avec une armée, des services, des polices. Cette phase a connu des occupations coloniales cruelles qui ont duré jusqu’à 300 ans en Indonésie.

    S.C.- Après cette phase, n’étiez-vous pas actif dans le mouvement des pays non alignés ?

    Ahmed Ben Bella : Il n’y a plus de pays non alignés. Ce mouvement a été créé par des hommes de très grande qualité tels Nehru, Mao Tsé-toung, Nasser et d’autres grands noms ; à une époque surtout où il y avait le risque d’une guerre atomique. C’était l’affrontement entre l’URSS et les États-Unis. Nous étions au bord de la guerre nucléaire. Les pays non alignés ont joué un rôle important pour l’empêcher. Ce mouvement a duré un certain nombre d’années. Mais le système a fini par avoir raison de lui.

    S.C.- Par la suite, n’avez-vous pas joué un rôle important dans le développement du mouvement altermondialiste ?

    Ahmed Ben Bella : Le système mondial qui préside à tout ce dont nous avons parlé, a inventé une autre forme de domination : la « mondialisation ». « Mondialisation » est un mot très beau en soi. Un mot qui peut unir, amener la fraternité entre les peuples. Or, le mot « mondialisation » tel qu’il a été conçu, est un mot qui fait très mal. Un mot qui a amené à la mondialisation de la misère, de la mort, de la faim : 35 millions de personnes meurent de malnutrition chaque année. Oui, ce serait un très beau mot, si l’on avait mondialisé le bien, apporté le bien être pour tous. Or, c’est tout le contraire. C’est une globalisation perverse ; elle mondialise le mal, elle mondialise la mort, elle mondialise la pauvreté.

    S.C.- La mondialisation n’a-t-elle eu que des effets pervers ?

    Ahmed Ben Bella : Le seul avantage que nous en avons retiré est que nous sommes aujourd’hui mieux informés qu’hier. Nul ne peut plus ignorer le fait que ce système amène à l’extension de la faim. Des richesses ont été créées, mais ce sont des richesses factices. Ce sont des multinationales, comme General Motors et Nestlé, ce sont de grands groupes industriels qui pèsent, sur le plan monétaire, beaucoup plus que de grands pays comme l’ Égypte. Si on se base sur ses gains, General Motors, par exemple, est quatre fois plus riche que l’Égypte, qui est un pays de 70 millions d’habitants, le pays des Pharaons, un pays extraordinaire, le pays arabe le plus éduqué ! Cela vous donne une image de ce que signifie le mot « mondialisation ». Voilà pourquoi j’ai combattu ce système qui favorise des groupes qui représentent, sur le plan monétaire, beaucoup plus qu’un grand pays et génèrent tant d’inégalités. Voilà pourquoi nous devons, nous autres, favoriser une meilleure compréhension des problèmes, qui ont été compliqués à souhait, mais qui sont finalement l’expression d’une seule chose : la mise en place d’un système inhumain.

    S.C.- Malgré la volonté clairement exprimée, en 2003, par les trois quarts des peuples de la planète, les mouvements progressistes n’ont pas réussi à empêcher la guerre. N’avez-vous pas, parfois, le sentiment, que ceux qui sont à la direction des mouvements, ont manqué une marche ; ou carrément fait fausse route pour n’avoir pas su identifier les vraies motivations de l’adversaire ?

    Ahmed Ben Bella : Moi qui suis un homme du sud, je constate que quelque chose a changé dans le nord, qui est très important à relever. Ce qui a changé précisément dans cette aire dite avancée du nord, qui nous a fait la guerre, qui nous a colonisés, qui nous a fait des choses terribles, est qu’il y a aujourd’hui une opinion qui s’exprime, qu’il y a des jeunes qui disent « assez ». Ceci indique que ce système mondial pervers ne frappe plus seulement le sud mais aussi le nord. Par le passé on parlait de pauvreté, de misère uniquement dans le sud. Il y a maintenant beaucoup de misère, beaucoup de maux qui font des victimes dans le nord également. Cela est devenu manifeste : ce système mondial n’est pas fait pour servir le bien de tous, mais pour servir des sociétés multinationales.

    Donc, à l’intérieur de ce nord, que nous avons tellement combattu, il y a maintenant un mouvement, il y a toute une jeunesse qui veut agir, qui descend dans la rue, qui proteste, même si la gauche n’a pas su donner, à ces jeunes qui veulent des changements, les clés de la solution. Cela s’est toujours passé ainsi : tout mouvement commence de cette façon. Le mouvement de libération que j’ai conduit en Algérie, l’organisation que j’ai créée pour combattre l’armée française, était au départ un petit mouvement de rien du tout. Nous n’étions que quelques dizaines à travers toute l’Algérie, un territoire qui représente cinq fois la France.

    S.C.- Qu’ont-elles obtenu, ces générations de jeunes qui ont mis tant d’espoir dans Attac, par exemple, qui propose de « réformer la mondialisation » ! Mais n’eut-il a pas fallu refuser son principe même et adopter des mesures plus radicales, face à la radicalité du système dit libéral ?

    Ahmed Ben Bella : Les gens de gauche, une fois au pouvoir, ne sont pas différents de ceux des autres partis. En ce qui concerne l’Algérie, nous avons essayé de travailler avec la gauche française. Or nous n’avons pas connu de pire pouvoir que celui exercé par le parti socialiste français. La pire des choses qui nous soit arrivée ce fut avec les socialistes. Aucun pouvoir politique auparavant ne nous avait combattus aussi durement que celui du socialiste Guy Mollet. Je vous parle de faits précis. Je parle de ce que j’ai connu. J’étais à la tête du FLN quand le gouvernement de Guy Mollet - après avoir compris que la France ne pourrait se maintenir en Algérie – a contacté Gamal Abdel Nasser pour qu’il nous demande si nous étions prêts à discuter avec eux. C’est ce que j’avais toujours prévu ; qu’un jour il allait falloir s’asseoir autour d’une table et définir la meilleure façon pour l’Algérie de devenir totalement indépendante. C’était le but que nous recherchions : redevenir libres, ne plus vivre sous la férule d’un système oppressif. J’ai dit oui, que j’étais prêt à négocier, à condition que ce soit eux, les Français, qui en fassent la demande. C’était important, car c’est toujours celui qui est le plus faible qui demande à négocier. J’ai exigé que les négociations se déroulent en Égypte. Les négociations ont duré six mois. Nous sommes arrivés à une solution. Avec ce bout de papier en poche, en septembre 1956, je suis allé informer Mohammed V, le roi du Maroc. Il s’était impliqué dans cette lutte, il nous avait aidés, y compris militairement. Puis, alors que nous nous rendions en Tunisie, où nous voulions également informer les autorités, notre avion a été pris en chasse par l’aviation française. C’était le premier détournement d’avion de l’histoire. Il y avait, dans cet avion, les deux tiers des dirigeants de la révolution algérienne. Ils voulaient nous liquider tout de suite. C’est un miracle si nous avons échappé à la mort. Tout ceci pour vous dire ce que je pense des socialistes : c’était Guy Mollet qui, à peine avait-il signé un engagement, le trahissait. Je pourrais dire la même chose du gouverneur Lacoste, c’était un socialiste lui aussi. Non, les partis de gauche ne nous ont pas soutenus, au contraire. Quoi qu’il en soit, c’est la gauche qui nous intéressait et c’est avec elle que je continue de me battre. Je suis un homme de gauche.

    S.C.- Alors quand vous côtoyez les représentants de l’internationale socialiste, sur les podiums des Forums sociaux, vous arrive-t-il de vous dire qu’ils sont là pour leur prestige personnel avant tout ?

    Ahmed Ben Bella : Oui il m’arrive de penser qu’ils ne sont pas sérieux. Moi je veux vraiment le changer ce monde. Je veux que ce monde change. Pour changer les choses, nous avons besoin de gens sincères et désintéressés, avant tout.

    S.C.- Vous croyez en la nécessité d’un changement ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, depuis ma prime jeunesse je crois en cette nécessité. Je reviens sur ce que vous disiez. Ce qui personnellement m’amène à avoir une certaine confiance en l’avenir. Je veux parler de ce que j’observe ici, en Occident. Je suis convaincu que le système libéral n’a pas d’avenir. Ces jeunes, ces lycéens que j’ai vu descendre dans les rues, qui n’ont rien que leur idéal de justice ; ces jeunes qui manifestent, qui sont en quête d’autres valeurs, j’aimerais leur dire : « J’ai commencé comme cela, quand j’avais votre âge, par de petits pas. Et peu à peu c’est tout un peuple qui m’a suivi. » Quand je vais à des manifestations, je les observe, je parle avec eux, je vois que ce sont eux qui ont les cartes en mains.

    S.C.- La question se pose avec insistance : les dirigeants des mouvements anti-impérialistes n’ont-ils pas ménagé Israël, un État idéologiquement et législativement raciste qui mène depuis sa création une politique d’épuration ethnique en Palestine ? Par conséquent, ils ont mal orienté des générations de jeunes, faussé le débat, pendant qu’Israël était très actif aux côtés des États-Unis pour combattre le communisme, combattre Nasser et le nationalisme arabe, soutenir des régimes affreux ?

    Ahmed Ben Bella : Ces questions sont aujourd’hui sur la table, elles font débat. Nous ne voulons pas d’une solidarité biaisée. Nous ne voulons pas d’un État qui, comme Israël, soit l’outil préféré de ce système global cruel conduit par les États-Unis, qui pratiquent une politique qui a déjà fait tellement de mal. Pour nous, il y a double trahison. La trahison, d’abord, de ceux qui, dans le camp de la gauche, auraient dû se trouver à nos côtés, loyaux à la cause palestinienne et arabe, et qui ne l’ont pas été. La trahison, ensuite, de tous ces juifs avec qui nous nous sentons proches, avec qui nous avons des ressemblances, et avec lesquels nous vivions en parfaite harmonie. Les Arabes et les juifs sont des cousins. Nous parlons la même langue. Ils sont sémites comme nous. Eux ils parlent l’Araméen, nous parlons l’Araméen. L’Araméen comporte plusieurs branches : l’Ethiopie parle Araméen, l’Erythrée parle Araméen, les gens de confession juive parlent l’Araméen, les arabes parlent l’Araméen. C’est cela qui nous fait très mal : c’est de nous savoir trahis par ceux qui sont si près de nous, par des gens qui sont nos cousins, qui nous ressemblent et qui parlent Araméen comme nous. L’antisémitisme, nous le connaissons ; nous sommes sémites. J’ajoute à cela que, même leur prophète est notre prophète. Moïse et Jésus Christ sont des prophètes chez nous.

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    Ahmed Ben Bella et Gamal Abdel Nasser

    S.C.- Depuis la fin du multilatéralisme, l’ONU est mise sous la coupe de Washington et des néo-conservateurs. Tout pays arabe qui ne se soumet pas à leurs diktats est mis au ban des nations. Comment jugez-vous cette situation ? Comment en sortir ? Aussi, confronté a l’unilatéralisme israélien, le Hamas n’est-il pas condamné à échouer, et à renoncer à ce pourquoi son peuple se bat depuis 60 ans ?

    Ahmed Ben Bella : Je pense que le Hamas est caractéristique de ce qui se passe chez nous, de cette dimension qui maintenant prend une forte couleur religieuse, qui endosse l’Islam. Je suis un Arabe musulman, je ne voudrais pas vivre dans un pays dirigé par un intégrisme islamique. Mais je vous parle très franchement : je ne les blâme pas. Parce que ce besoin de religion a été créé par les distorsions du système capitaliste. C’est à force de nous faire du mal que, finalement, au lieu d’avoir face à eux un mouvement, oui, qui endosse l’arabité, qui endosse la culture et reste ouvert, les extrémistes, Israël et les États-Unis, se retrouvent face à cette dimension. Ce sont eux qui ont créé cette situation.

    S.C.- Vous ne voulez pas de réponse religieuse ?

    Ahmed Ben Bella : Je suis musulman, mais je ne souhaite pas que la réponse soit religieuse. Ce n’est pas le fait religieux en soi que je récuse, non, mais le fait que l’on puisse faire une lecture qui ne va pas dans le sens de la rénovation de l’Islam, que l’on puisse faire une lecture rétrograde de l’Islam ; alors que dans l’Islam nous avons l’avantage de croire aux deux religions : la religion juive et la religion chrétienne. Pour nous Mohammed n’est que le continuum de Jésus Christ et de Moïse.

    S.C.- Les musulmans n’ont-ils pas pris la tête de la résistance anticoloniale aujourd’hui ? N’y a-t-il pas lieu de reconnaître que ce ne sont pas les valeurs de l’Occident que les arabo-musulmans combattent, mais sa politique agressive ? Le Hezbollah, par exemple, qui a si mauvaise presse chez nous, n’a-t-il pas fait reculer l’impérialisme américain et israélien au Liban ? Les progressistes ne devraient-ils pas surmonter leurs préjugés à l’égard des musulmans, les considérer comme un élément dynamique dans la lutte contre l’oppression et les soutenir ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Là il y a un problème d’éducation. Il appartient à ceux qui sont à la direction des partis progressistes de répondre de façon correcte à des situations données. Or ce n’est pas le cas. Nous avons un drapeau, nous avons un hymne national, le reste ce sont les Occidentaux, toutes tendances confondues, qui le décident à notre place. Tout cela, enrobé avec de jolis mots, sous couvert de l’aide d’organismes comme la Banque mondiale et le FMI, qui ne sont rien d’autre que des instruments de torture créés par l’Occident pour continuer sa domination. Ce qui signifie que nous sommes sortis d’un système de colonialisme direct en échange de quelque chose qui parait meilleur, mais qui ne l’est pas. Toutefois, je vous le redis, j’ai cet espoir que dans ce nord qui nous a déjà fait tant de mal, sa jeunesse est en train de prendre la mesure de cette logique de domination qui crée de plus en plus de pauvreté aussi bien au nord qu’au sud. Même si ce n’est pas la même domination que celle qui s’applique au sud, c’est une situation d’indigence qu’aucun être libre ne peut accepter. Combien de gens ne sont-ils pas livrés au chômage, à la pauvreté, à la rue ? C’est cela, peut-être, qui finira par inciter les peuples du nord à changer d’optique et à s’associer de manière franche avec nous.

    S.C.- Mais nous ne voyons pas aujourd’hui grand monde, en Occident, protester contre les atrocités commises en Irak, en Palestine, en Afghanistan. N’avez-vous pas l’impression qu’il y a tellement de préjugés, savamment entretenus, vis-à-vis des arabes et des musulmans - y compris dans les organisations anti-guerre - que soutenir leur résistance, est une idée très éloignée d’eux ?

    Ahmed Ben Bella : C’est vrai, les partis de gauche que l’on attendait ne sont pas au rendez-vous ; ils se sont braqués là dessus. Dès que l’on parle de l’Islam, ils vous opposent Ben Laden. Je ne voudrais pas vivre dans sa république, mais je ne le critique pas. Quand je vois ce que Bush fait, je ne me permets pas de critiquer Ben Laden. Je vous le dis franchement : les attaques contre les tours de New York, je ne les ai pas condamnées. Je condamne Bush, je condamne le gouvernement américain, parce que je considère que Ben Laden est le fruit de leur politique. Ils ont fermé toutes les portes du dialogue aux arabo-musulmans. Ils leur ont fait croire durant des décennies que, s’ils faisaient ceci ou cela, l’Occident rendrait justice en Palestine. Or, Israël et ses alliés n’ont jamais voulu la paix chez nous. Israël n’a cessé de faire la guerre et de terroriser nos peuples. Ben Laden est indirectement la création de Bush et d’Israël. Ces deux États sèment la mort et la haine au Moyen-Orient et dans le monde : ils ne nous ont laissé aucune autre alternative que celle de la confrontation violente. Tous ces mouvements radicaux, qualifiés de « terroristes », « d’intégristes », sont nés pour répondre aux terroristes qui, à Tel Aviv et Washington, mènent des guerres de destruction des peuples arabes. Quels choix ont-ils, ces peuples qu’ils bombardent avec une telle sauvagerie ? Face aux armées modernes, ils n’ont d’autres armes que de sacrifier leur vie en se faisant exploser, voilà. Dans le Coran on appelle cela « shahâdah ». C’est une idée extraordinaire qui s’exprime dans ce mot. C’est un état de désespoir, où celui qui l’éprouve, en arrive à ne plus supporter de vivre. Il se sacrifie, non pas pour obtenir une vie meilleure pour lui-même, mais pour que les siens au moins puissent vivre mieux. C’est le plus grand sacrifice. On les appelle ici en Occident « des terroristes ». Or, je vous le dis en toute sincérité, moi je m’incline devant quelqu’un qui fait un pareil sacrifice, je vous assure.

    S.C.- Si je comprends bien, vous dites que tout ce qui met en révolte les gens au Moyen-Orient a été généré par l’Occident. Que ceux qui se battent doivent se sacrifier, souffrir pour les autres ? Que les Arabes ont fait preuve de tolérance par le passé ?

    Ahmed Ben Bella : Tout à fait. La violence qui s’exprime dans le monde arabo-musulman est le résultat de la culture de haine et de violence qu’Israël a engendré en s’imposant par la force sur les terres des Arabes. Ce sont les atrocités de cet État illégal qui contraint les plus valeureux à réagir. Je ne pense pas qu’il y ait combat plus noble que celui des Palestiniens qui résistent contre leur occupant. Quand je vois ce que ce peuple a enduré depuis plus d’un siècle, et qu’il continue de trouver la force de se battre, je suis admiratif. Aujourd’hui, ceux-là mêmes qui massacrent ce peuple, sont en train de faire passer les gens du Hamas pour des fascistes, des terroristes. Ce ne sont pas des fascistes, ce ne sont pas des terroristes, ce sont des résistants !

    S.C.- La Palestine est une nation emprisonnée. Comment en est-on arrivé, même à gauche, à parler de « terrorisme », au lieu de parler du droit de résister par les armes ? Voyez-vous des parallèles ou des différences majeures entre la colonisation de l’Algérie par la France et la colonisation de la Palestine par Israël ?

    Ahmed Ben Bella : C’est pire en Palestine. Avec l’apartheid en plus. Les Français ne pouvaient pas nous chasser hors d’un pays grand comme cinq fois la France. Ils ont bien essayé de créer au nord une zone tampon, avec le moins d’Algériens possible, mais cela n’a pas réussi. Ils n’ont pas mis en place un véritable apartheid comme les Israéliens en Palestine. L’État d’Israël a créé la plus terrible des dominations.

    S.C.- À votre avis, les Palestiniens vivront-ils moins longtemps sous occupation que les Algériens ?

    Ahmed Ben Bella : Je crois que oui. D’abord, le colonialisme est un phénomène qui est clairement établi et sanctionné par les lois internationales. Ensuite, s’il y a une question qui fait l’unanimité dans le monde arabe, c’est la Palestine. Aussi longtemps que les Palestiniens n’obtiennent pas justice, le monde arabe musulman ne pourra pas se sentir libre non plus. C’est comme une partie de leur chair qui reste captive.

    S.C.- Autrefois, la politique n’était pas plus noble, mais il y avait encore un équilibre. Depuis la fin de la bipolarité, les principes moraux les plus élémentaires ont été balayés. Partout on parle de combattre le « terrorisme », mais on ne parle guère des 800 enfants tués en Palestine par les soldats israéliens depuis 2000 ; des millions d’enfants irakiens tués ou malades qui n’ont plus droit à un développement normal. Guantanamo, Abu Ghraïb, auraient-ils été possibles si la Communauté Internationale avait eu la décence de dire non à la violence de Washington ? Quel responsable étatique a encore les mains propres dans cette prétendue guerre contre « le terrorisme » ?

    Ahmed Ben Bella : C’est énorme ce qui s’est passé à Guantanamo, à Abu Ghraïb et ailleurs. Et toute cette horreur continue de se propager et de générer de grandes souffrances. Nous apprenons que les États-Unis ont installé des prisons en Europe de l’Est pour échapper aux juridictions de leur pays et que l’Europe participe de tout cela. Il est même reproché à la Suisse d’avoir autorisé le survol de son territoire par ces avions qui transportent des prisonniers fantômes, kidnappés, soumis à des tortures.

    S.C.- Quels sont, selon vous, les moyens de contrer la stratégie mise en place par Bush et les néo-conservateurs ?

    Ahmed Ben Bella : C’est un mouvement intégriste, mais chrétien celui-là ! Le problème auquel nous faisons face aujourd’hui est celui-là : l’idéologie de Bush est le pire intégrisme que l’on puisse imaginer. Ce sont les fameux évangélistes protestants qui inspirent Bush. C’est un intégrisme terrible. Quels sont finalement les moyens que nous avons pour combattre ? Je vous ai parlé des espoirs que je mets dans la jeunesse, tout en sachant qu’elle n’a pas de vrais moyens pour combattre ce système effrayant. Je sais, il ne suffit pas de descendre dans la rue. Il faut passer à autre chose, inventer d’autres moyens d’action, mais il faut agir et non pas subir. Et quand on a le sentiment de ne pas avancer, il faut se dire que l’on passe par des phases, qu’il faut un certain temps avant d’atteindre la compréhension du grand nombre. On commence à agir avec ceux qui ont une compréhension claire, même si cela ne couvre pas la totalité des problèmes. Mais ensuite, on doit passer par-dessus les obstacles, et se dire que ce n’est ni le parti socialiste, tout socialiste qu’il se déclare, ni telle association qui va changer ce monde.

    S.C.- Pour parvenir à un rééquilibrage, la solution peut-elle venir du côté de la Chine et de la Russie ?

    Ahmed Ben Bella : Je pense qu’un espoir peut venir de la Chine. Par le passé, la Russie nous a aidés de façon extraordinaire. Mais pour l’instant, malheureusement, la Russie n’est pas dans une situation facile. Je ne mettrais pas d’espoirs en elle. Je compterais beaucoup plus sur la Chine. D’abord elle a des arguments que la Russie n’a pas. C’est un pays qui est en tête des pays en expansion. Même l’Occident va s’implanter en Chine pour vivifier son économie. D’ici 20 ans on verra la nouvelle carte politique.

    S.C.- En attendant, que dire aux peuples laissés à l’abandon, en Palestine, en Irak ?

    Ahmed Ben Bella : On n’agit jamais en pensant que c’est nous qui allons en être les bénéficiaires. On agit parce qu’il faut agir. Jamais les grandes conquêtes n’ont été le fruit d’une seule génération. On dit chez nous que celui qui mange n’est pas celui qui sert le plat. Il faut créer des réseaux de solidarité qui soutiennent sans conditions la lutte de ces peuples.

    S.C.- Que dire aussi à cette jeunesse que vous avez mentionnée, témoin de tant d’abus ?

    Ahmed Ben Bella : Il faut qu’ils aillent outre, qu’ils prennent des initiatives. S’il ne suffit plus de se réunir périodiquement à des grands rassemblements, si rien ne change, il faut passer à autre chose : inventer de nouvelles formes de luttes sans attendre.

    S.C.- Mais le temps n’est-il pas venu que les Arabes prennent la direction du mouvement anti-guerre jusqu’ici entre les mains d’Occidentaux ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, oui. Vu la gravité de la situation au Moyen-Orient, ce sont des Palestiniens ou des représentants des mouvements du monde arabe qui doivent bouger. Je pense que ce mouvement arabe, le mouvement palestinien, toutes ces forces, si elles se conjuguent et dépassent leurs différends, sont un espoir pas seulement pour les Arabes. Elles peuvent contribuer également à changer ce monde, le système mondial tel qu’il fonctionne.

    S.C.- Vous semblez optimiste !

    Ahmed Ben Bella : Oh vous savez, je ne suis pas rien qu’optimiste : je passe ma vie à agir. Je ne me contente pas de faire des discours, je consacre tout mon temps à agir par le biais de l’organisation Nord-Sud. Aussi je crois que, parfois, les forces de l’espoir viennent de là où on les attend le moins.

    S.C.- Le premier congrès constitutif de l’Alliance Populaire Arabe de Résistance s’est tenu fin mars 2006 au Caire. Les participants ont appelé les peuples à se mettre « sous la bannière de l’internationalisme pour soutenir le peuple arabe dans sa lutte contre l’agression impérialiste ». N’est-il pas le point de départ d’une campagne qui, si les partis progressistes d’Occident s’y rallient, pourrait relancer le mouvement anti-guerre et aller dans le sens de vos souhaits ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, je suis personnellement favorable à cette initiative. L’essentiel est d’avancer. On n’avance pas si l’on doute, si l’on pense que c’est fini. Si l’on campe sur des dissensions. On avance et on corrige les défauts. La vie c’est cela. Il y a aussi, dans le camp arabe, beaucoup d’obstacles à surmonter. Nous devons faire un effort pour dépasser les dissensions. En effet, nous connaissons, dans le mouvement arabe, les mêmes faiblesses que connaît le mouvement anti-impérialiste en Occident.

    S.C.- Il y a près de dix mille palestiniens emprisonnés arbitrairement dans les geôles israéliennes. Ils ne sont pas reconnus comme prisonniers politiques. Ahmed Sa’adat - kidnappé par Israël en mars 2006, à Jéricho, avec cinq compagnons - alors qu’il était sous garde américano-britannique - est depuis soumis à des tortures continues. Il a réaffirmé sa volonté de ne pas céder, en disant : « Peu importe l’endroit où je serai, je continuerai à combattre ». Vous devez vous reconnaître en cette affirmation, vous qui savez ce que cela veut dire vivre emprisonné ?

    Ahmed Ben Bella : Oui, j’ai vécu 24 ans et demi en prison. Quand les Français m’ont enfermé à la Santé, ils m’ont mis là avec les détenus que l’on guillotinait. Je voyais la guillotine depuis ma cellule. C’est terrible ce qu’Israël fait subir comme mauvais traitements aux Palestiniens. Actuellement je n’ai qu’un seul projet : c’est la Palestine. Je ferai tout mon possible pour les aider. Pour parvenir à la paix, en Palestine et dans le monde, il faut que ce système de marchands s’en aille. Parce que les problèmes sont immenses, les dégâts sont immenses. Laisser le monde entre les mains de marchands et de tueurs est un crime. C’est cela le terrorisme. Ce n’est pas Ben Laden.

    S.C.- Quand vous entendez des chefs d’État dire qu’ils font la guerre en Irak au nom de la liberté et de la démocratie, qu’avez-vous envie de leur dire ?

    Ahmed Ben Bella : Je leur dis que le droit à la vie est le premier des droits humains. Les droits de l’homme c’est le droit de vivre. Tous les philosophes chez nous parlent du droit à la vie. Sauvegarder la vie, vivre, est la première des choses auxquelles chacun aspire. Or le système mondial ne s’embarrasse pas de garantir ce droit. Il exploite, il tue. Et quand il ne peut pas tuer, il construit des prisons sauvages, abus qui prétendent apporter la démocratie. Les États-Unis se sont mis à faire, en Afghanistan et en Irak, ce qu’Israël a toujours fait contre les Palestiniens. On nous parle de démocratie israélienne, américaine. Mais quelle démocratie ont-ils apporté en détruisant toute chance de vie ?

    S.C.- Vous souffrez pour l’Irak ?

    Ahmed Ben Bella : Ah oui l’Irak pour moi…je suis allé quinze fois en Irak, vous savez. (Un silence) [1] J’ai failli être tué en Irak. C’est insupportable de voir ce que l’on a fait à l’Irak ! À ce pays qui est le berceau de la civilisation ! L’Irak, c’est là où on a commencé à cultiver la terre, c’est là où est née l’humanité, c’est là où se sont fondus les premiers principes, c’est là qu’est né l’alphabet, le premier code, est celui d’Hammourabi. Tout cela a été détruit par des dirigeants incultes, par une nation qui n’a pas plus de 250 ans d’histoire, qui était une colonie de la Grande-Bretagne. Ils ont liquidé le colonialisme anglais et ils ont instauré un colonialisme planétaire. Que sont devenus les 80 millions d’Amérindiens ? Jamais je ne retournerai en Amérique, c’est un pays de brigands.

    S.C.- Ressentez-vous comme racistes les guerres menées en Afghanistan et au Moyen-Orient ?

    Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Ce sont des guerres menées contre l’Islam, contre la civilisation arabe. Cela saute aux yeux. Sur les pays qui sont hors la loi, selon Bush, un seul n’est pas arabo-musulman, la Corée du Nord. Les autres, la Syrie, l’Irak, le Soudan, l’Iran sont tous musulmans. Les croisades visaient soi-disant à récupérer le tombeau de Jésus Christ. Parfois, pour taquiner les Occidentaux, je leur dis : Jésus Christ, quelle langue parlait-il ? Il parlait ma langue, pas la vôtre, il parlait l’Araméen comme moi ! Quand vous lisez la bible, Jésus Christ dit : "Eli, Eli, Lama sabakta-ni" [2] Et nous disons en Algérie : "Ilahi limada sabakta-ni". Ce sont exactement les mêmes paroles qu’a prononcées Jésus. Jésus parlait comme moi. L’Islam tire beaucoup de choses de l’Évangile ou bien de la Bible, qu’il est venu compléter.

    A force de voir ces abus, j’explose. On nous a fait tellement de mal. On nous a atteints dans notre dignité. Sans parler de ce petit peuple en Palestine. Combien de Palestiniens sont obligés de vivre sous la férule la plus abjecte ? Notre réaction n’est pas du racisme, Je vous assure. Nous en avons plus qu’assez. L’Occident nous a fait beaucoup de mal. N’est-ce pas en Occident que se sont produits les pires crimes contre l’humanité ? Le fascisme, où est-il né ? Le nazisme, où est-il né ? Le stalinisme, où est-il né ? La fameuse inquisition, qui a duré 400 ans, où s’est-elle déployée ? Franchement il faut beaucoup, beaucoup d’abnégation pour se dire chaque jour qui passe, je ne veux pas haïr l’Occident.

    S.C.- Ne faut-il pas incriminer les tenants du « choc des civilisations », les pro-israéliens, comme les principaux instigateurs de la haine anti-arabe, anti-islam, qui se répand de façon inquiétante contre vos peuples ?

    Ahmed Ben Bella : Tout à fait. Le Lobby israélien aux États-Unis est quelque chose de terrible. Jusqu’ici il était interdit d’en parler sans se voir accusé d’antisémitisme. Récemment, plusieurs études sont venues attester par des exemples inattaquables le poids du lobby israélien dans les options politiques et militaires prises contre nous [3]. Plus personne aujourd’hui peut nier l’importance, voire le danger, de ce lobby qui pénètre toutes les sphères stratégiques. Je suis donc très concerné par cet aspect des choses qui rend encore plus difficile le règlement de la question palestinienne.

    Je vais vous dire, alors que l’Islam a connu beaucoup de misères, jamais l’Islam n’a fait du mal à d’autres pays. Dans l’histoire, l’Islam a montré une tolérance qui n’existe nulle part ailleurs, alors qu’Israël a réussi à s’implanter par la force dans un espace et dans un lieu qui était habité par les Palestiniens - l’un des peuples arabes les plus évolués - et à y créer, en les dépossédant de leur terre, un État raciste. Aussi longtemps qu’Israël refusera de reconnaître le droit des Palestiniens à exister et revenir sur leur terre, il n’y aura pas de paix dans le monde.


    Entretien réalisé par Silvia Cattori pour le Réseau Voltaire.


    [1] En 1990-91, le président Ahmed Ben Bella conduisit une médiation entre la France et l’Irak pour tenter d’empêcher la guerre du Golfe. Les négociateurs français étaient Edgard Pisani et Marc Boureau d’Argonne, administrateur du Réseau Voltaire. Lire « Le double jeu de François Mitterrand », Voltaire, 3 novembre 2003.

    [2] « Eli, Eli, Lama sabakta-ni » paroles prétées à Jésus dans Les Évangiles quelque temps avant sa mort. Traduction : « Père, Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

    [3] M. Ben Bella se réfère ici à l’essai publié par la London Review of Books, intitulé « Le Lobby israélien et la politique étrangère des États-Unis » (The Israel Lobby and US Foreign Policy), co-rédigé par le Professeur John Mearsheimer, de l’Université de Chicago et le Professeur Stephan Walt, le doyen de la Kennedy School of Governement de l’Université d’Harvard. Une version française devrait normalement être publiée prochainement sur Voltairenet.org.

     

    http://www.voltairenet.org/article138102.html

    Azouz Begag ! Ce n'est pas un "gag" du 1er d'avril ! !

     Azouz Begag en flagrant délit d’inégalité des chances.
     
    Par Olivier BERTRAND
    jeudi 30 mars 2006
    Lyon de notre correspondant

    Sans les images, la scène serait difficile à croire. Vendredi, alors qu’il participait à un colloque à la préfecture du Rhône, Azouz Begag, ministre délégué à la Promotion de l’égalité des chances, s’est livré à un curieux dérapage sur un jeune demandeur d’emploi, membre d’une association. Le garçon l’avait interpellé devant des journalistes. Alors, une fois les médias repartis, le ministre l’a soumis à la question, et la caméra de l’association a tout enregistré. Au départ, le ministre répondait à des journalistes après une rencontre sur l’égalité des chances. Il défendait le CPE, disait que « les étudiants qui investissent la Sorbonne devraient se souvenir des émeutes » de l’automne dernier (lire aussi pages 2 à 7). Le chômage, ajoutait-il, « atteint 50, 60 % chez les jeunes des quartiers qui se sont manifestés violemment ». Il promettait de « défoncer les cloisons, les plafonds de verre de cette société », lorsqu’un jeune homme l’a interrompu.

    « Votre CV ». Mansour, 27 ans, chômeur, prépare pour une association, Camérage, un documentaire sur les « parcours de vie » d’habitants de barres qui seront détruites. Il pensait au départ interroger le ministre sur le sujet, mais les propos d’Azouz Begag le faisant réagir, il le coupe : « J’ai deux bacs + 5, je m’appelle Mansour Benaouda et je cherche du travail depuis trois ans. Qu’est-ce que vous avez à me dire ? » Azouz Begag prend alors les journalistes à témoins. « J’adore. Filmez-le ! Moi, je ne parle pas dans le vide. » Comme le ministre répète le nom de famille de Mansour en le prononçant à l’arabe, le jeune homme lui dit : « On peut le dire en français. » Puis il détaille ses diplômes, passés à l’Ecole normale supérieure et à Lyon-II. Azouz Begag lui explique que le gouvernement va s’engager dans un plan de retour à l’emploi « pour 6 000 jeunes des quartiers ». Mais Mansour rétorque qu’il n’habite pas un « quartier », et qu’il veut devenir « concepteur-rédacteur dans la publicité ou la communication ». Azouz Begag lui dit : « Nous sommes là pour vous aider. Donnez-moi votre CV. » Mansour répond : « Ça s’appelle du piston. » Alors, le ministre rétorque : « Ça s’appelle réinscrire sur le marché du travail des jeunes qui ont des compétences. Pourquoi je vous pistonnerais ? Vous n’êtes pas mon frère. » La conférence de presse est alors écourtée, et le ministre rejoint le cocktail dans un salon de la préfecture.

    Les journalistes s’en vont, mais Mansour continue de filmer. Soudain, Azouz Begag l’avise et vient vers lui, suivi de plusieurs personnes. « Alors, est-ce que vous pouvez nous dire qui vous êtes, jeune homme, finalement ? » Mansour commence à répondre, mais le ministre le coupe. « Attendez, nous aussi on va vous filmer. » Il s’adresse à un homme qui le suit : « Prends la caméra, filme. » L’homme s’exécute, prend la caméra des mains de Mansour. « Allez, dites-nous qui vous êtes. On va essayer de dérouler ce qui se passe », reprend le ministre, pendant que Cécile, membre de Camérage, tente de reprendre la caméra. Begag, autoritaire, s’interpose : « Non, non. S’il vous plaît ! Vous laissez. C’est lui qui va filmer. »

    Subventionnés. Mansour ne s’énerve pas, répond aux questions, puis l’homme qui filme lui demande, en le tutoyant d’emblée : « Et tu travailles ou pas ? » Il répond qu’il cherche de travail. Alors l’homme lui jette : « T’as une belle caméra pour quelqu’un qui ne travaille pas. » Et le ministre Azouz Begag, en souriant, reprend la phrase : « Vous avez une belle caméra. C’est votre caméra ça ? » Mansour explique que l’appareil appartient à l’association, qu’ils sont subventionnés. Azouz Begag demande alors à Mansour le nom de son association, et celui qui filme ajoute : « De gauche ou de droite ? » Mansour répond : « Mais c’est ça le piège. Vous faites une division des êtres humains par des idées de droite et de gauche. Ça ne veut plus rien dire. Monsieur Georges Frêche, par exemple, a l’étiquette du Parti socialiste. On ne peut pas dire qu’il soit vraiment de gauche. » Begag le coupe : « Répondez à la question, c’est tout. »

    Un proche du ministre demande ensuite à Mansour s’il joue la comédie. Alors, le jeune homme répond, effaré : « Mais vous vous rendez compte ? Vous êtes en train de prendre une situation réelle, une situation de crise pour moi, pour une comédie ? » L’homme qui le filme dit : « Moi, je veux juste te poser une question. Tout à l’heure, tu as dit que tu cherchais du boulot. En fait, tu t’en fous d’avoir du boulot. Tu voulais juste tester s’il tient parole, le ministre ? » Mansour lui répond : « Je ne m’en fous pas d’avoir un boulot. J’ai envie d’être comme tout le monde. » Quelqu’un lui lance : « Tu devrais passer un CAP son et lumière. » Et Azouz Begag conclut, en le tutoyant, cette fois : « T’as pas l’air très clair, hein ? » La caméra s’abaisse et l’image s’arrête.

    Manipulation. Cinq jours après les faits, le cabinet se montre embarrassé. Azouz Begag indique qu’il a réagi ainsi car il pensait à une manipulation. Il affirme qu’il ne connaissait pas l’homme qui a filmé à sa demande, même s’il le tutoyait. « Ma première démarche, insiste-t-il, a été de sortir de la galère le garçon qui m’interpellait. Je suis sympa, je lui demande de m’envoyer un CV pour le transmettre aux entreprises, et je le retrouve dix minutes plus tard en train de me filmer, de me voler des images en douce. J’ai senti une manipulation profonde. Puis on s’est rendu compte avec la préfecture que c’était une association financée. »

    Vendredi, l’attachée de presse du ministre, un conseiller technique puis le chef de cabinet ont appelé à tour de rôle l’association pour expliquer qu’il s’agissait d’une méprise, et s’excuser. Mais les membres de Camérage ont quand même décidé de raconter ce qui leur est arrivé. Mansour a même envoyé un CV au ministère, hier matin. « Ce n’est pas une solution, dit-il, mais je ne voulais pas qu’ils disent que je me fous du travail. » En attendant d’en trouver, il a décidé, avec les membres de l’association, de réaliser un petit documentaire sur leur rencontre avec le ministre.

    -http://www.liberation.fr/page.php?A...

    Ca, ça me fait autant"peur" que les violences...ce n'est pas le cas pour tout le monde visiblement... Qui est venu le premier entre la poule et l'oeuf ??

    Un Français sur 3 se déclare raciste
    Le 23/03/2006 à 6 h 00 - par Linda Zenati


    Le rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) révèle une inquiétante montée du racisme en France.

    Alors qu’il y a un mois seulement, le ministre de l’Intérieur se félicitait de la baisse de 22 % des actes et menaces racistes en 2005 par rapport à 2004. Le récent rapport de la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH) pour l’année 2005 donne à voir une réalité bien plus sombre. Selon un sondage réalisé en novembre dernier, une personne interrogée sur trois répond que « personnellement, elle dirait d’elle-même qu’elle est raciste » ! Et ils sont 63 % estimé que « certains comportements peuvent justifier des réactions racistes ». Ce sondage, réalisé par l’institut CSA sur un échantillon de 1 011 personnes interrogées en face à face, démontre une banalisation du racisme. Ainsi, ils ne sont que 32 % à se dire prêts à signaler un comportement raciste à la police.

    Tout l’intérêt de ce sondage réside dans la prise en compte du « sentiment » raciste et pas seulement des actes. En effet, considérer qu’un groupe ethnique n’est pas le bienvenue en France n’est pas forcément suivi d’un meurtre ou même d’une insulte. D’où la limite des chiffres tirés uniquement de part les sources judiciaires…

    Car les victimes de ce racisme au quotidien ne portent pas toujours plainte. Les clients qui préfèrent changer de caisse au supermarché pour éviter la caissière noire, les regards lourds de sens et les remarques désobligeantes : rien de tout cela n’apparaît dans les statistiques officielles. Si toutes ces vexations faisaient l’objet d’un rapport de police, nul doute que les chiffres évoqués par Nicolas Sarkozy monteraient en flèche ! Ainsi, Michel Forst, secrétaire général de la CNCDH nuance les résultats officiels : « depuis 1993, nous sommes dans une tendance en forte augmentation. Le nombre de violences et menaces racistes est globalement passé d’environ 200 annuellement à un millier aujourd’hui ». Donc, si les chiffres pour l’année 2005 sont en baisse par rapport à 2004, ils restent très élevés…

    Comme à chaque période de crise socio-économique, les étrangers et les immigrés sont les premiers à trinquer. Ainsi, parmi les justifications apportées par les auteurs de ces considérations xénophobes, figurent en ligne de mire l’angoisse économique et le chômage : une majorité de Français (56 %, soit 18 % de plus qu’en 2004) estime que sur notre territoire, « le nombre d’étrangers est trop important ». Dans un même ordre d’idée, on constate un recul de 11 % de ceux qui considèrent que les « travailleurs immigrés sont en France chez eux puisqu’ils contribuent à l’économie française ». L’emploi apparaît nettement comme le principal domaine dans lequel le nombre d’immigrés pose problème : 66 % de ceux qui jugent le nombre d’immigrés excessif l’expliquent en référence au taux de chômage en France. Pour Michel Tubiana, vice-président de la Ligue des Droits de l’Homme, cette progression est impulsée par les hommes politiques : « c’est la conséquence directe des discours gouvernementaux qui multiplient les propos provocateurs à l’égard des étrangers », affirme-t-il en faisant référence aux sorties de Nicolas Sarkozy sur les « racailles » et à la façon dont la question de la polygamie est apparue comme un facteur explicatif de la crise des banlieues.

    L’Autre est, plus que jamais, érigé en cause principale de tous les malheurs de la France. Un constat alarmant qui n’est pas sans lien avec la faiblesse de nos hommes politiques devant les grands défis actuels.


    http://www.marianne-en-ligne.fr/exclusif/virtual/socit/e-docs/00/00/5D/35/document_web.phtml